SCÈNE m
: li^.u. — Devant les poiles d'Il;i
LE GOUVERNEUR el gUELQOES BocRCEOls sont sur les remparts; au bas sont les Tuoopes am- GLAISES. Arrivent LE ROI HENRI et sa Suite.
LE ROI BENRI.
Quelle est la résolution adoptée par le gouverneur de la ville? voilà le dernier pourparler que nous accorderons ; songez donc à vous rendre ;\ noire merci, ou, si vous êtes jaloux de provoquer votre destruction, attendez-vous à ce qu'il y a de pire; car, je vous le jure, foi de soldat, et c'est le titre que je suis le plus fier de porter, si je recommence à battre vos murailles, je ne quitterai pas Ilarlleur que je ne l'aie laissée ensevelie sous ses cendres. Tout accès à la clémence sera fermé; et le soldat acharné, au coeur impitoyable, libre de se livrer à ses appétits sanguinaires, se^déchaineraavec une conscience aussi large que l'enfer, moissonnant comme l'herbe des prairies^vos vierges fraîches écloses et vos enfaus en Heur. Alors, que m'importe, à moi, si la guerre impie, couronnée de flammes, comme le prmce des démons, et le visage noirci, accomplit toutes les Iiorrcurs compagnes du pillage et de la dévastation? Ouc m'importe, lorsque c'est vous-mêmes qui en êtes la cause, si vos chastes vierges tombent sous la main du viol effréné et brutal? quel frein peut retenir la licence perverse^une fois qu'elle a pris son redoutable élan? C'est en vain que nous voudrions commander au soldat acharné au pillage; autant vaudrait ordonner au Léviathan do se rendre au rivage. Ainsi , bourgeois d'Uarlleur, prenez pitié de votre ville et de ses liabiians, pendant que mes soldats sont encore soumis a mes ordres; pendant que le vent frais et tempéré de la raison chasse devant lui les infects et contagieux nuages du carnage homicide, du pillage et du crime : sinon , attendez-vous â voir tout-à-l'heure le soldat aveugle et altéré de sang souiller de sa main sacrilège la chevelure de vos filles cplurées , vos pères saisis par leur barbe argentée , et leurs têtes vénérables brisées contre les murailles; vos enfans empalés nus sur le 1er des lances, pendant que leurs mères éplorées (.-branleront les airs de hurlcmens confus , comme autrefois les femmes de Judée poursuivaient de leurs clameurs les bourreaux d'Uurode dans leur tâche homicide. Qu'en dites-vous 7 Voulez-vous nous rendre et éviter ces maux? ou, par une coupable résistance, provoquer votre destruction?
LE GOUVEnNEUB.
Ce jour met un terme à notre espoir. Le dauphin, â qui nous avons fait demander du secours, nous fait répondre qu'il n'a point encore réuni
pcs troupes suffisantes pour faire lever un siège si formidable; c'est pourquoi, grand roi, nous livrons notre ville et nos vies à votre merci; nos portes vous sont ouvertes ; disposez de nous et de ce qui nous appartient ; car nous ne pouvons nous défendre plus long-temps.
LE ROI HENRI
Ouvrez vos portes. — Mon oncle Exeter, entrez dans Harfleur, restez-y, et vous y fortifiez puissamment contre les Français : usez de clémence envers tous. Quant à nous, cher oncle, vu l'approche de l'hiver et les maladies qui régnent dans notre armée, nous nous retirerons à Calais. Cette nuit, nous serons votre hiite à Harfleur; demain nous nous mettrons en marche.
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