‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 146 sur 633 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

Le champ de bataille.

Bruit de trompettes. Escarmouches. Arrivent UN SOLDAT FRANÇAIS, PISTOLET, erLEPAGE.

PISTOLET

Reods-toi, coquin.

LE SOLDAT

Je pense quevous êtes un gentilhomme de bonne qualité' t

PISTOLET

Qualité I que veux-tu dire 7 Es-tu gentilhomme? quel est ton nom? réponds.

LE SOLDAT

0 Seigneur Dieu t

PISTOLET

Il n'y a pas de Seigneur Dieu qui tienne, tu meurs par la lame de celte épée que voilà, si tu ne me donnes une excellente rançon.

LE SOLDAT

0 miséricorde! ayez pitié de moil

PISTOLET

Tout cela est inutile ; il me faut des écus, ou je t'arrache par la gorge ton diaphragme sanglant.

LE SOLDAT

Est-il possible d'échapper à la force de ton bras vaillant T

PISTOLET

Quoi donc, impudent satyre, tu n'as pas un sou vaillant 7

LE SOLDAT

Ohl pardonne>-moi.

* Dans le texte , Piâtolet parle anglais, le suidai parle français ; on conçoit la difficulté de rendre le dialogue vraisemblable, avec une langue unique. {Note du traduc- «ur.)

PISTOLET

Quemechantes-tuli7 neme comprends-tu pas?

Écoule un peu ici, page; demande en français à ce manant quel est son nom.

LE PAGE, au soldat.

Écoutez ; comment vous nommez-vous 7

LE SOLDAT

Monsieur Le Fer.

LE PAGE

Il dit qu'il se nomme monsieur Le Fer.

Monsieur Le Fer I je le ferrerai d'importance. Dis-lui de se préparer, car je vais lui couper la gorge.

LE SOLDAT, ati Page,

Que dit-il, monsieur?

LE PAGE

Il m'ordonne de vous dire de vous tenir prêt; car il va à l'instant même vous couper la gorge.

PISTOLET

Oui, maraud, je vais te couper la gorge ; il faut que tu me donnes des écus, des écus de bon aloi, ou cette épée que voilà va te mettre eu pièces.

LE SOLDAT

Ohl je TOUS supplie, pour l'amour de Dieu, de me pardonner! Je suis gentilhomme de bonne maison; laissez-moi la vie, et je vous donnerai deux cents écus.

PISTOLET

Qu'est-ce qu'il dit ?

LE PAGE

Il vous prie de lui laisser la vie; il est gentilhomme de bonne maison , et pour sa rançon il vous donnera deux cents écus.

PISTOLET

Dis-lui , — que ma fureur s'apaisera, et que je prendrai ses écus.

LE SOLDAT, au Page.

Mon petit monsieur, que dit-il?

LE PAGE

Encore qu'il soit contraire à son serment de faire grâce à aucun prisonnier, néanmoins, en retour des écus que vous lui avez promis, il consent à vous donner la liberté.

LE SOLDAT

Je vous fais à genoux mille remercîmens, et m'estime heureux d'être tombé dans les mains d'un chevalier qui est, je pense, le plus brave, le plus vaillant et le plus distingué seigneur J'.\ngleterre.

PISTOLET

Explique-moi ce qu'il dit, page, LE page:

Il vous fait à genoux mille remeicimens, et s'estime heuieux d'être tombé entre les mains d'un homme qu'il considère comme le plus brave, le plus vaillant et le plus distingué seigneur d'Angleterre.

PISTOLET

Par la sangbleul je veux me montrer clément. Suis-moi, maraud.

Pistolet t'iloigne.

MAGASIN THEATRAL ETRANGER

LE PAGE, au Soldat, Suivez le grand capitaine.

Le Soldat s'éloigne.

LE PAGE, seul, continuant.

Je n'ai jamais entendu une voix si pleine sortir d'un cœur aussi vide, mais le proverbe a raison : — vase vide est sonore. Bardolplje et Nym avaient dix fois plus de courage que ce diable hurleur de la vieille comédie", à qui chacun donne impunément sur les ongles à coups de latte; et tous deux sont pendus, et il en adviendrait autant à celui-ci, s'il osait commettre un vol tant soit peu hardi. 11 faut que j'aille rejoindre les valets qui sont avec les bagages. Les Français feraient sur nous un beau butin, s'ils le savaient ; car il n'y a que de la valetaille pour garder le camp.

Il s'éloigne.

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