SCENE VIII
Devant la lente du roi Henri.
Airivem GOWER et 'WILLIAMS.
WILLIAMS
•le 6>ge, capitaine, que c'est pour vous faire cksvalier.
Arrive FLUELLEN.
FLCELLEN.
Avec la grice de Dieu, et sous son bon plai'ir, capitaine, veuillez, je vousprie, vous rendresur-Icchamp auprès du roi : peut-être se prépare-t-il pour vous plus de bien que vous ne vous y attendez.
WILLIAMS
Connaissez-vous ce gant?
FLUELLEN
Si je connais ce gant 7 je sais que c'est un gant.
WILLIAMS
Je le sais; et voilà comme je le salue.
Il le frappe. FLUELLEN.
Par la sambleu, voilà bien le plus fieffé traître que possède l'univers, la France, ou l'Angleterre! GOWER, à Williams.
Qu'y a-t-ilî que prétends-tu, misérableT
WILLIAMS
Croyez-vous donc que je veuille me parjurer?
FLUELLEN
Écartez-vous, capitaine Gover; croyez-moi , je vais payer ce traître comme il le mérite.
WILLIAMS
Je ne suis pas un traître.
FLUELLEN
Tu en as menti par la gorge. — {A Gotver.) Je vous ordonne, au nom de sa majesté , de l'arrêter : c'est un ami du duc d'Alençon.
Arrivent WARWICK et GLOSTER.
WARWICK
Eh bien ! qu'y a-t-il donc ? de qui s'agit-il ?
FLUELLEN
Mylord de Warwick, grâce à Dieu, il vient de se découvrir une trahison , voyez-vous , la plus pernicieuse qui se puisse désirer. Voici sa majesté.
Arrivent LE ROI HENRI et EXETER
LE ROI HENRI
Eh bien 1 qu'y a-t-il donc?
FLUELLEN
Sire, voici un scélérat, un traître, qui a osé porter la main sur le gant que votre majesté a arraché du casque d'Alençon.
WILLIAMS
Sire, ce gantest à moi ; voicil'aulre; et l'homme à qui je l'ai donné eu échange du sien, a promis de le porter à sou chapeau ; et moi, s'il le faisait, j'ai promis de le frapper. Je viens de rencontrer cet homme avec mon gant à son chapeau, et j'ai tenu ma promesse.
MAGASIN THEATRAL ETRANGER
FLUELI.EN.
Votre majesté l'entend; sous le bon plaisir de votre vaillante majesté, vous voyez quel misérable nK-raud vous avez là. J'espère que votre majesté, m'appuyant de son témoignage, attestera et certilicra consciencieusement que c'est bien là le gant d'Alençon que votre majesté m'a remis.
LE nOI BENRI.
P Soldat, dcmne-moi le gant que tu portes à ton
cliapean ; liens, voilà le pareil. [Il lui yirfsenlenn ijunl.) C'est moi que tu as promis de frapper, et tu m'as adressé les propos les plus insultans.
FLDELLEN.
Plaise à votre majesté que son cou en réponde, s'il y a encore des lois martiales dans le monde.
LE BOI HENRI
Quelle satisfaction peux-tu m'offrir pour réparer Ion offense?
WILLIAMS
Toute ofl'cnse, sire, doit être intentionnelle : je n'ai jamais eu l'intention d'offenser votre majesté.
LE ROI UENRl.
C'est moi-même , en personne , que tu as injurié.
WH-LUBS.
Votre majesté n'a point paru devant moi sous son véritable caractère; j'en atteste la nuit qu'il faisait, les vélemens que vous portiez , votre bumlile apparence. Ce que votre majesté a souffert sous ce déguisement, veuillez l'attribuer à vous-même, non à moi. Si vous aviez été ce que je vous croyais, il n'y aurait pas eu d'offense ; je supplie donc votre majesté de vouloir bien me pardonner.
LE EOI HENRI.
51on oncle Exeter, remplissez d'écus ce gant que voilà, et donnez-le à cet homme. —Prendsle, camarade, et porte-le à ton chapeau, comme une marque d'honneur, jusqu'à ce que je te le redemande. — Donnez-lui les écus. — Capitaine, U faut vous réconcilier avec lui.
FLDELLEN.
Par la lumière du jour, ce gaillard a du cœur au \ciilie. Tiens, voilà douze pences pour toi, et, ji' fin plie, évite le train, le bruit et les querelles; je l'assure que tu ne t'en trouveras pas plus mal.
WILLIAMS
Je ne veux pas de votre argent.
FLDELLEN.
Je te l'offre de bon cœur. Crois-moi , cela te servira à faire raccommoder tes souliers. Allons, pourquoi l'aire le honteux? les souliers ne sont déjà pas en si bon état : le schelling est bon, je t'assure-, ou bien, attends, je le changerai.
Arrive UiN HÉRAUT D'ARMES ANGL.4IS.
LEROl UENRl.
Eh bien, héraut d'armes, a-t-on fait le relevé des morts?
LE oÉr.ADT d'armes, lui Temellant un papier.
Voici l'état des Français qui ont péri. LE ROI HENRI, à Exeter.
Quels personnages importans ont été fails prisonniers?
EXETER
Charles, duc d'Orléans, neveu du roi; Jean, duc de Bourbon , et le seigneur de Boucicaut; quinze cents seigneurs , barons, chevaliers, gCDlilshommes, sans compter les soldats.
LE ROI UENRl, purcouraiit le papier qu'on lui a romis.
L'étal que voici porte à dix mille le nombre des Français qui ont péri dans la bataille. Sur ce nombre, il y a vingi-six princes et nobles portant banniéic, huit mille quatre cents chevaliers, gentilshommes et autres guerriers de distinction, parmi lesquels beaucoup n'élaient faitschevaliersque d'hier; en sorle que sur les dix mille hommes que l'ennemi a perdus, il n'y a que seize cents soldats ; tous les autres sont des princes, des barons, des seigneurs, des chevaliers, des gentilshommes, de» hommes de naissance et de qualité. Parmi les nobles qui ont êié tués sont Charles d'Albrei, grand connétable de France; Jacques de ChàtiU Ion, amiral de France; le capitaine des arbalétriers; le seigneur de Rambures; le bravo sire Gu;.hjrd,uauphin,grand-maitredeFrance;Jean, duc d'Alençou; Antoine, duc de Brabant, frère du duc de Bourgogne; et Edouard, duc de Bar. Parmi les comtes, Grandpré, Roussi, Faucoubeig, Foix, Beaumoni, Marie, Vaudemont et Lestrellcs. Voilà, j'espère, une liste de-moits illustres 1 —Où est l'étiitdes Anglais qui ont péri? {Le héraut d'armes lui prtsenie un autre papier. ) Edouard duc d'York; le comte de Snffolk ; sir Richard Ketley; David Gam, écuyer; point d'autres personnages notables; et, parmi les soldais, vingt-cùiq en tout. 0 Dieu puissant, ici ton bras est visible; ce n'est pas a nous, mais à ton bras seul que nous devous tout rapporter. En l'absence de tout slratagcme,cn rase campagne, et dans un combat loyal, a-l-on jamais vu une perte si énorme d'un côté, si minime de l'aulrc? Prends en tout l'honneur, grand Dieu; il l'appartient tout enlier!
EXETER
C'est miraculeux.
LE ROI HENRI
Rendons-nous processionnellL'mcnt au village; et qu'il soil publié dans notre armée qu'il y a peine de mort contre quiconque se vantera de cette victoire et enlèvera à Dieu une gloire qui est à lui seul.
r^ElNRI V.
FLUELLEK.
Eut-il permis, sire, de dire le nombre des morts?
LE ROI HENRI
Oui, capitaine, mais a condition de reconnaître que Dieu a combattu pour nous.
FLOELLEN.
Oui, en eontcience, il nous a été fort utile.
LE ROI BEMRI.
Que tous les rites de la religion soient accomplis; qu'il soit chanté un ISon nobis et un Te Dnum; que les morts soient inhumés avec respect; puis nous partirons pour Calais,de là pour l'Angleterre, qui n'aura jamais vu revenir de France de plus fortunés mortels.
Ils $'(;'loigDeDt.
riH BD QoiiTuiins xam.
VWVV*W»VVVVVVVVWVVM»VVVV«MlVliï»WVVV»VV»*>A/VVVVVVVV>»VV»VIA*VVVV*V\AVIAV^^