‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 158 sur 633 · E\ET1.K · texte numérisé non relu

E\ET1.K

Si les larmes manquaient à ce convoi funèbre, il suffirait de ces nouvelles pour eu faire couler des flots.

BEDFOItD.

C'est moi qu'elles intéressent ; je suis régent de France. — Qu'on me donne mon armure, je vais combattre pour conserver la France aux Anglais I Arrière ces vétemens d'un deuil pusillanime. C'est a>ec du sang el non avec des larmes que je veux que les Français pleurent leurs désastres un moment interrompus.

Eiure UN AUTRE MESSAGEK.

DEUXIEME SIESSAGEK.

Mylords, lisez ces lettres, qui nevous annoncent que des malheurs. La France toute entière, à l'exception de quelques villes de peu d'importance, a secoué le joug des Anglais : le dauphin Charles a été couronné roi à Utims; le bâtard d'Orléans s'est joint à lui ; René, duc d'Anjou, a embrassé son parti; le duc d'Alençoo s'est range sous ses étendards.

EXGTER.

Le dauphin couronné roi I tous vont se réunir à lui! Où fuir? où cacher notre honte?

GLOSTEK.

Nous ne fuirons pas; nous marcherons droit A l'ennemi. Bedrord, si tu hésites, j'irai combattre pour toi.

BEDFOtlD,

Gloster, pourquoi doutes-tu de mon empressement? Dans ma pensée j'ai déjà rassemblé une armée, et la France est déjà domptée.

Entre UN TROISIÈME MESSAGER.

THOISIÈUE UESSAGEn.

Mes gracieux lords, pour ajouter encore à votre deuil et aux larmes dont vous arrosez le cercueil du roi Henri, j'ai l'ordre de vous instruire d'un combat malheureux livré entre le vaillant lord Talbot et les Français.

vincnESTER.

Un combat dans lequel Talbot a triomphé, n'est-ce pas ?

THOISIEMr. UESSVCF.R.

Oh! non! mais dans lequel Talbot a été vaincu. Je vais vous eu raconter les détails. Le dix août dernier, revenant du siège d'Orléans, avec ^ix mille hommes de troupes au plus, ce guerrier redoutable a été entouré et attaqué par vin^trlrois mille Français II n'a pas eu le temps de ranger son monde en bataille; il n'avait point de lances pour planter devant ses archeis; il a fallu y suppléer par des pieux pointus arrachés des haies, et plantés en terre à la bâte, pour arrêter le choc de la cavalerie. Le combat a duré plus de trois heures. Talbot y a montré une valeur plus qu'humaine; son épée et sa lance ont fait des prodiges; il envoyait les ennemis par centaines aux enfers; nul n'osait l'attendre de pied ferme; ici, là, partout, il promenait sa fureur; les Français s'écriaient que c'était le diable en personne qui avait pris les armes contre eux; l'armée entière le contemplait, étonnée, immobile. Ses soldats, electrisés par son courage intrépide, s'élançaient dans la mêlée aux cris de ! Talbot I Talbot! et il aurait remporté une victoire complète sans ht lâcheté de sir John Fastolfe, qui, placé à l'avanigardc avec ordre de couvrir cl d'appuyer le corps de bataille, s'est mis â fuir lâchement sans avoir frappé un seul coup. Une déroule et un massacre général s'en sont suivis; car l'ennemi nous entourait de toulos parts. Un misérable Wallon, pour se faire bien venir du dauphin, a frappé par derrière d'un coup de lance ce même Talbot, que la France entière, avec toutes ses forces réunies, n'eût pas osé regarder en face.

DEDFOBD.

Talboi est tué? Que ne suis-je lue luoi-méme,

au lieu de rester ici oisif, dans la pompe et la

mollesse, pendant qu'un tel général, abandonné

sans secours, est livré à ses lâches ennemis?

thoisiéme uessagek.

Oh I non; il vit; mais il est prisonnier, aio>i que lord Scales et lord Hungerfoid; les autres sont pour la plupart ou massacrés ou |iris. bedfoud.

Ce sera moi, moi seul qui paierai .sa rançon. .le précipiterai le dauphin de son trône; sa couronne sera la rançon de mon ami: j'échangerai quatre de leurs seigneurs contre un des nôtres. Adieu, messieurs. Je vais où mon devoir m'appelle. Je vous promets, dans peu, d'allumer en France des feux de joie pour célébrer lu fête de notre grand saint George. J'emmènerai avec moi dix mille soldats dont les sanglans exploits feront trembler l'Europe entière.

TBOlSliUE UeSS.lGEB.

Vous en avez besoin; car Orléans est assiégé; l'armée anglaise s'affaiblit de jour en jour; le comte de Salisbury demande des renforts; et c'est avec peine qu'il empèclieses soldats de se mutiner à l'aspectdeleurpetit nombre devant une si grande multitude d'ennemis.

EXETEB.

N)lords, rappelez-vous le serment quevousavez

MAGASIN THEATRAL ETRANGER

l'ait à Henri d'éL-rascr le dauphin, ou (le le ramener sous voire joug.

UEDFUllD.

Je me le rappelle; et je prends coiiijo pour aller faire mes préparatifs.

GLOSTEII.

Je vais me rendre 4 la tour en diligence, pour y inspecter l'ariillerie et les munitions; de là j'irai l'aire proclamer roi le jeune Henri.

Il son.

EXETEI'..

En ma qualité de gouverneur spécial du jeune roi, je vais à Eltham, où il fait sa résidence; là je prendrai pour sa sûreté les mesures les plus efficaces,

11 son.

WINCHESIEB, Setd.

Chacun ici a son poste et ses fonctions', ci; m'a oublié, il ne reste rien pour moi. Mais je ne demeurerai pas long-temps sans emploi; je me propose de faire quiiter au roi le séjour d'Ëltbam, et de prendre en main le gouvernail de l'état.

Page 1