‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 159 sur 633 · L.1 Fnincc. — Utv.ii.l O · texte numérisé non relu

L.1 Fnincc. — Utv.ii.l O

Arrivent CHAULES, à la ictc de ses lyoïipe ALENÇON, UF.NÉ et Autuks.

Sur la terre, comme au ciel, la inarclie véritable de Mars est inconnue jusqu'à ce jour. Naguèreencore il brillait sur les Anglais; maintenant nous sommes vainqueurs, et c'est à nous qu'il sourit. Quelles sont les villes de quelque importance que nous ne possédons pas? Nous sommes rci tranquillement campés prés d'Orléans. Les Anglais alfamés, ressemblant à de pâles spectres, nous attaquent mullement; et c'est à peine si dans tiD mois ils nous assiègent une heure.

AI,Ef<ÇU?l.

Ils n'ont point ici leur soupe et leur bœuf gras ; il faut les nourrir comme des mulets, et leur atlarher à la bouche le sac qui contient leur pitance, si l'on ne veut qu'ils aient l'air piteux comme des souris qui se noient.

KENÈ.

Obligeons-les à lever le siège. Pourquoi restonsnous ici les btas croisés? Talbot, l'objet de notre terreur, est prisonnier. 11 ne reste plus que cet écervelé de Salisbuiy ; il peut exhaler sa bile en fureurs vaines : il n'a, pour faire la guerre, ni soldats, ni argent.

CII,\ltLLS.

Sonne?, sonnez la clKirgc, l'ornions sur cu\ Il

j va de l'honneur des Français, trop longtemps vaincus. Je pardonne ma mort à qui me tuera, s'd me voit fuir ou reculer d'un pas.

Ils'éluigiic

La charge xotine ; le combat s'engage; puis ot entend sonner la retraite , ci l'on voit rcveni CHARLES, ALENÇON, RENÉ el Autkes.

CUARLES.

A-t-on jamais rien vu de pareil 7 Quels soldats ai-je donc? des misérables, des poltrons, des lâches I — Jamais je n'aurais fui, s'ils ne m'avaient laissé au milieu de nos ennemis.

nENE.

Salisbury tue en désespéré. Il combat comme un homme las de vivre. Les antres lords, en vrais lions affamés, s'élancent sur nous comme sur une proie.

ALENÇON

Froissard, un de nos compatriotes, rapporte que sous le règne d'Edouard 111 l'Angleterre ne produisait que des Olivier et des Roland*. Cela est plus vrai que jamais en ce moment; car elle n'envoie pour nous combattre que des Samson et des Goliath. Un contre dix I des misérables qui n'ont que la peau et les os I Qui jamais eût pu croire qu'ils auraient tant de courage et d'audace?

CHAtlLES.

Laissons là cette ville ; ce sont des forcenés, et la laim ne fera qu'ajouter à leur acharnement. Je les connais de vieille date: plutôt que d'abandiinner le siège, ils démoliront les remparts avec leurs dents.

r.EXÉ.

On dirait que leurs bras sont mus par quelque ressort, pour frapper dans un moment donne, comme la batterie d'une horloge; c'est le sinl moyen d'expliquer leur persistance. Je suis d'avis que nojs les laissions là.

AIENÇON.

Et moi aus.-,i.

Arrive LE BATARD D'ORLÉANS.

LE DATAUD.

Ou est le dauphin? J'ai des nouvelles à lui apprendre.

cnAI\LES.

Dàtard d'Orléans, vous êtes le très-bien venu.

LE UAlAltD.

Vous me paraissez tristes ; votre visage est paie. Est-ce le dernier échec qui en est cause? Rassurez-vous, je vous annonce des renforts. J'amène avec moi une jeune fille qui, dans une vision que le ciel lui a envoyée, a recula tnisiion

■ C.i'lcbrcs \<tc»\ de (;h,ni-lcni.ngiic. (^0(1; du trttiuO-

HENRI VI

de faire lever ce siège fasi.idieux et de chasser les Anglais hors des frontières de France. Elle est iDspiréc d'un esprit prophétique que n'ont point égalé les neuf Sibylles' de l'ancienne Rome. Klle évoque le passé, et lit dans l'avenir. Voulez-vous que je la fasse paraître devant vous? Crojez-en nies paroles ; je vous parle avec une certitude infaillible.

CHARLES

Faites-la venir.

Le Bataiid s'éloigne.

CHAULES, conlinuani.

Mais d'abord, pour mettre sa science i l'épreuve, René, prenez ma place, et représentez le Dauphin. — Inlerrogez-la lièrenient; que vos regard» soient sévèns. — Nous connaîtrons par là jusqu'où va son savoir-faire.

ArrUent LA PLCELLE, LE BATARD D'ORLÉANS et AoTREs.

BESÉ.

Belle pucelle, est-ce toi qui promets d'accomplir ces prodiges?

LA PCCELLE.

René, est-ce toi qui t'imagines me mettre en défaut? Où est le Dauphin? — Allons, montre-toi. ( Le Dauphin s'avance. ) Je te connais sans l'avoir jamais vu. Que ton étonnemenl cesse ; rien ne m'est caché. Je désire avoir avec toi un entrelien particulier. — Écartez-vous un peu, messeigneurs, et laissez-nous seuls un instant.

nenÉ.

Voilà un début des plus hardis.

Ils se retireot tous à quelque distance. LA PCCELLE.

Dauphin, je suis la 611e d'un berger, et nulle leçon jamais n'instruisit ma jeunesse. Il a plu au riel et à Notre-Dame de jeter les yeux sur leur humble servante. Un jour, exposant mon teint aux brûlantes ardeurs du soleil, je gardais mes tendres agneaux; la mère de Dieu daigna m'apparaitrc; et, dans une vision pleine de majesté, elle m'ordonna de quitter mon humble condition, et de mettre un terme aux malheurs de mon pays. Elle me promit son aide et un succès certain : elle se révéla à moi dans toute sa gloire. Auparavant j'étais noire et basanée; c'est elle qui, me pénétrant des rayons de sa pure lumière, m'a donné la beauté que tu me vois. Fais-moi toutes les questions que tu voudras -, j'y répondrai sans préparation. Si tu l'oses, éprouve mon courage les armes à la main, et tu verras que je suis supc-

■ Il veut dire les neuf livres Je la sihj Ile. Celle méprise esl fort naturelle dans un guerrier de ce lemps-la, (iVofe du traducteur.

rieure à mon sexe. Sois assuré que la fortune te sourira, si tu permets que je sois la compagne de tes travaux guerriers.

CHARLES

La fierté de. ton langage m'étonne. Voilà la seule épreuve à laquelle je mettrai ta valeur : tu le mesureras avec moi en combat singulier ; si tu as l'avantage, je crois à la vérité de tes paroles ; autrement, je te refuse ma confiance.

LA PCCELLE.

Je suis prête; voilà mon glaive à la lame affilée, ornée de chaque côté de cinq fleurs de lis. C'est dans le cimetière de Sainte-Catherine, en Touraine, que je l'ai choisi parmi un amas de vieilles armes.

CHARLES

Viens donc, au nom de Dieu ; je ne crains pas une femme.

LA PCCELLE.

Et -moi, tant que je vivrai, je ne fuirai jamais devant un homme.

CHARLES

Arrête; retiens ton bras; lu es une amazone, et tu combats avec le glaive de Déborah.

LA PCCELLE.

La mère de Dieu me prête son secours; sans elle, je serais bien faible.

CHARLES

Qui que ce soit qui te prête son secours, il faut que tu me prêtes le tien. Je brûle pour toi d'un désir impatient; tu as subjugué à la fois et mon bras et mon cœur. Excellente Pucelle, si c'est là ton nom, permets que je sois ton serviteur, et non ton souverain ; c'est le Dauphin de France qui t'en prie.

LA PCCELLE.

Je ne dois point subir le pouvoir de l'amour; car ma mission sainte me vient d'en-haut. Quand j'aurai chassé de France tous tes ennemis, alors je songerai à ma récompense.

CHARLES

En attendant, jette un gracieux regard sur ton humble esclave.

RESÉ, à AlençoTi.

Mylord, il me semble que l'entretien se prolonge beaucoup.

ALENÇON

Sans doute qu'il confesse cette femme à fond; sans quoi, la conversation ne serait pas aussi longue.

REKÉ.

Troublerons-nous leur conférence, puisqu'elle dure outre mesure?

ALENÇOIt.

Il est possible qu'il porte ses intentions plus loin que notre bonhomie ne le soupçonne. Ce sont de rusées tentatrices que ces femmes, avec leur langue enchanteresse!

RE^É et SES Cuhpag.noms s'avanceni.

MAGASIN THEATRAL ETRANGLIl.

RENÉ

Monseigneur, où êles-vous T Que résolvez-vous 7 abamloniicrons-noMs Orléans, oui ou non?

LA PIJCEI.I.E

Non, vous dis-je, hommes timides el 5.ins foi! Combattez jusqu'au dernier soupir, je serai voire bouclier,

Cn&ItLES.

Ce qu'elle dit, je le confirme. Nous combattrons jusqu'au bout.

LA PUCELLE

Je suis prédestinée à être le iléau des Anglais. Je vous promets de faire lever le siège dès celle nuit A dater du moment où je prends part à cette guerre, attendez- vous à voir luire des jours plus lieureux*. La gloire est comme un cercle dans l'onde, qui va toujours s'elargissant, jusqu'à ce qu'à force de s'étendre, il flnis^e par disparaître. A la mort de Henri, les Anglais ont vu s'évanouir le cercle de leurs prospérités, el leur gloire est éclipsée. Je suis inaintenanl cette barque fière et superbe qui portait César et sa fortune.

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