‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 163 sur 633 · LE MAITRE CANONNIER · texte numérisé non relu

LE MAITRE CANONNIER

A présent, tu ne le manqueras pas; écoule-moi bien: Maître canonnier, piéposé à la défense de cette ville, il fautque je me recommande par quelque service important. Les espions du prince m'unt appris que les Anglais, bien reiraiiclics dans les faubourgs, pénètrent par une grille de fer secrèlc dans la tour que tu vois là-bas, pour delà dominer la ville, et reconnaître les points d'atlaque les plus avantageux, soit pour leur artillerie, soit pour un assaut; afin.de remédier à cet inconvénient, j'ai pointé contre cette tour une pièce de canon, et depuis trois jours, je vrille et les guette. Veille à ton tour, car je ne puis rester ii i plus long-temps; si tu vois paiailrc quelqu'un, viens m'en avertir; tu me trouveras cbez le gouverneur.

11 s'éloisnc.

Mon père, croyez-moi, soyez sans inquiétude si je les vois, je n'irai pas vous déranger.

Sur la plaie-forme d'une tourelle, on voit paraître LES LORDS SALISBURY e(T.ALBOT, SIR WIL- LIAM GLiVNSDALE, SIR THOMAS GARGRWE, et Autres.

SALISBURY

Talbot, ma vie, ma joie, te voilà donc de retour 1 Comment t'ont-ils traité pendant que tu étais prisonnier? et par quels moyens as-tu recouvré ta liberté? Causons, je te prie, sur la plate-forme de celte tourelle.

TALROT.

Le duc de Bedford avait parmi ses prisonniers un vaillant genlilliommc, nommé Pothon de Xainirailles; c'est contre lui que j'ai été échangé: on avait voulu, par mépris, me troquer contre un liomme d'armes d'une qualité bien inférieure; je n'y ai pas voulu consentir, et j'ai demandé qu'on me donnât la moit plutôt que de m'estimer à si bas prix; enfin, je me suis vu racheté comme je le désirais. Mais mon cœur saigne au souvenir de la trahison de Fastoll'e! je le luerais de mes propres mains, si je le tenais maintenant en ma puissance.

SALISDURY.

Mais tu ne me dis pas comment on t'a traité.

TALCOT.

On m'a prodigué l'insulte, l'outrage et l'injure; ils m'ont exposé sur la place publique, et m'ont offert en spectacle à tout le peuple. « Voilà, disaient-ils, la terreur des Français , l'épouvantail dont on efi'raie nos enfans. n Alors, je me suis dégagé avec violence des mains des gard. s qui me conduiraient, et arrachant les pavés de

MAGASIN TFiEATRAL ETRANGER

tcin', je me suis mis à les lancer aux spectateur» de mon opprobre. A mon aspect irrité, tout le monde s'est enfui; nul n'osait in'approcher, dans la crainte d'une mort immédiate. Us ne méjugeaient pas en sûreté derrière des murs d'airain; mon nom leur inspirait une terreur si grande, | qu'ils me croyaient capable de briser des barre» i d'acii-r, et de broyer des colonnes de diamant. On \ me donna donc une garde de fusiliers d'éliie, qui ■ ne cessaient de se promener auprès de moi, avec ordre, si je bougeais de mon lit, de me tirer une balle au cœur.

SALtSBURV.

Je soulTre au récit des tourmens que tii as endurés; mais nous serons su fiisa m ment vengés. C'est maintenant à Orléans l'heure du souper; d'ici, à travers cette grille, je pui» compter les forces des Français, et suivre des yeux leurs travaux de défense ; regardons, celte vue te fera plaisir. — Sir Thomas Gaigrave, — et vous, sir William Glansdale, veuillez nous donner votre opinion positive, et nous dire sur quel point vous croyez utile de diriger le feu de nos batteries.

GARGItAVE.

Je pense que c'est à la porte du nord ; car j'y aperçois |du>ieuis guerriers de distinction.

GLAMSDALE.

Et moi, ici, au parapet du pont.

TALBOT

Autant que je puis en juger, il faut allamercette ville, ou l'affaiblir par une succession d'attaques partielles.

Od

ntend un .oup ille. Salisburyc

aaon, parti Thomas Ga

mparts de la : tunlbL'iit.

Mon Dieu, aye cheursl

SALISDURY.

pitié de nous, misérables pé-

Mon Dieu, ayez pitié de moi, malheureux que jesuisi

TALBOT

Quel soudain et falal coup du sort vient traverser nos projets ! — Parle, Salisbury, si tu peux parler encore. Comment te trouves-tu, modèle des giieiriers? l'uu de tes yeux et un côté de ta joue enlevésl — Tourelle maudite! abominable main qui a causé celte terrible catastrophe I Dans \ treize batailles Sali^bury fut vainqueur; ce fut à son école qu'Henri V appiit le mélierde la guerre. Jusqu'au ileriiier sou de la trompette, au dernier ruulemeul du tambour, sou glaive ne cessait de frapper sur le champ de bataille. — Respires-tu encore, Salisbury t Bien que la voix te manque, l'œil qui te reste regarde le ciel en implorant sa miséricorde. Le soleil avec un œil unique embrasse l'univers! — Ciel, ne sois miscricordicuXi pour personne, si Salisbury n'éprouve pas ta merci ! — Emportez d'ici son corps ; je vous aiderai à l'ensevelir. — Sir Thomas Gargravc, as-tu enrorc un reste de vie? parle à Talbot; d. moins, lève le»

HIÎNRI VI.

y^uï vers lui. — Salisbury, consoIc-toi, lu ne mourras pas, tacl que, — il me fait signe de la main , et me sourit comme pour me dire : Quand je serai mort, souviens-toi de me venger sur les Français.» Plantagenet, je te le pro- Is; nouveau Néron, je jouerai du luth en contemplant l'iocendie de leurs villes ; je veux que mon nom fasse le désespoir de la France. [te tonnerre gronde, puis on entend un bruit de irompeiles.) Qu'enlcnds-je? quel tumulte règne dans les cieusT Pourquoi ce bruit de trompettes?

irrite UN MESSAGER.

LE HESSAGED.

Slylord, mylord, les Français ont réuni leurs forces. LeDaupbin, secondé d'une certaine Jeanne la l'ucelle, une prophétesse nouvellement parue, arrive à la tête d'une armée nombreuse, pour faire lever le siège.

Salisbury pousse un sourd gémissement.

TALBOT

Entendez-vous gémir Salisbury mourant? 11 iouffre de ne pouvoir être vengé. Français, je serai Jour vous un autre Salisbury : pucelle ou non pucelle, dauphin ou requin, je briserai vos crânes sous le sabot démon cheval, etje ferai jaillir votre cervelle sanglante. Portez Salisbury dans sa tente ; et nous verrons ensuite ce que les Français oseroot entreprendre.

Ils s'êloigneot, emportant les deux morts.

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DeVaDt l'unedes portes d'Orléans.

Brtiildv Irompeiles. Escarmouches.TJiLliOT poursuit LE D.VUPHIN, et le chasse devant lui; puis lient JE.iNNE LA PUCELLE , chassant les Anglais devant elle; ensuite revient TALBOT.

TALBOT

Où est ma valeur, mon courage, ma force? Nos Anglais se retirent; je ne puis les arrêter : une femme guerrière les chasse devant elle.

TALBOT

Ciel, permettras-tu à l'enfer de prévaloir ainsi t Dussë-je, daosun dernier effort, briser un vaisseau de ma poitrine, et me disloquer une épaule, il faut que je châtie celle femme insolente.

LA PCCELLE.

Talbot, adieu ; ton heure n'est pas encore venue ; il faut que j'aille de ce pas ravitailler Orléans. Atteins-moi, si tu peux ; je me ris de ta force. Va ranimer tes soldats abattus par la faim; va aider Salisbury â faire son testament. Cette victoire est à nous ; beaucoup d'autres nous attendent encore.

La Pccelle entre dans Orléans, suivie de ses soldats.

La tête me tourne comme la roue d'un poiitr ; je ne sais ni où je suis, ni ce que je fais. Une sorcière, non par la force, mais par la terreur, comme un autre Annibal*, met nos troupes en fuite, et triomphe sans peine. Ainsi l'on voit les abeilles, devant la fumée, les colombes, devant une odeur infecte, déserter la ruche elle colombier. Us nous qualifient de dogues anglais à cause de noire acharnement ; et voilà que maintenant, semblables à de petits chiens, nous fuyons avec des cris plaintifs. {Bruit de trompettes. ) Compatriotes, écoutez: ou recommencez le combat, ou arrachez les lions des armes d'Angleterre ; renoncez au soi paternel ; remplacez les lions par des brebis. Les brebis fuient avec moins d'effroi devanl le loup, le cheval ou le bœuf devant le léopard, que vous devant ces misérables par vous tant de fois vaincus. ( Bruit de trompettes, youvelle escarmouche. ) Il n'en sera point ainsi. — Pieiircz-vous dans vos retranchemens : vous êtes tous complices de la mort de Salisbury ; car nul de vous n'a voulu cumbailre pour le venger. La Pucelle est enuée dans Oilcans, malgré nous et tout ce que nous avons pu faire. Oh! que ne puis je mourir avec Salisbury! Accablé de honte, je u'oserai jamais relever la tête. Bruit de trompettes. La retraite sonne.

Talbot s'éloigne avec SiS troupes.

Arrive LA PUCELLE.

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