II I
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TALBOT
Opprobre sur le duc do Bourgogne et sur toi,
lâche chevalier; j'ai juré, la première fois que^ je te rencontrerais, d'arracher la jarretière de ta jambe déshonorée, [il lui arrache sa jarretière) comme je fais en ce moment, parce que tu étais indigne d'être admis à cette haute distinction. — Pardonnez-moi, siie, et vous tous, nobles lords. — A la bataille de Patay, alors que je n'avais avec moi que six mille hommes, et que les Français étaient presque dix contre un, avant qu'on ea vint aux mains, avant qu'un seul coup eût été porté, ce misérable, ce chevalier félon s'est enfui; dans cette affaire, nous avons perdu douze cents hommes; moi-même, ainsi que plusieurs autres gentilshommes, nous avons été surpris et faits prisonniers. Jugez maintenant, mylords, si j'ai eu tort de faire ce que j'ai fait; dites si de pareils lâches sont faits pour porter les insignes de la chevalerie.
CLOSTER
A dire vrai, cetteconduite estinfâme; elle déshonorerait l'homme le plus vulgaire, à plus forte raison, un chevalier, un officier, un chef.
TALBOT
Mylords, dans les premiers temps où cet ordic fut institué, les chevaliers de la Jarretière étaient de noble naissance, vaillans et vertueux, pleins d'un mâle courage; c'étaient des hommes qui s'étaient signalés à la guerre, ne craignant pas la mort, supportant d'un cœur ferme la mauvaise fortune, et inébranlables dans les extrémités les plus critiques. Celui donc qui n'a pas ces qualités usurpe le nom sacré de chevalier, prolane cet ordre honorable, et si j'étais jugé digne d'être son juge, je le dégraderais, je l'assimilerais au manant né sur la glèbe qui se vanterait de sortir d'un sang illustre.
HENRI VI
LE ROI HENHI.
Opprobre de ton pays I tu viens (l'cnlendie ton arrêt : sors donc d'ici, toi qui fus chevalier; nous te bannissons de notre présence, sous peine de mort.
Fastolfe ■^orl.
LE ROI HENRI, continuant.
Maintenant, mylord protecteur, vojez la lettre que nous adresse notre oncle le duc de Bourgogne.
CLOSTER, lisant la suscriplion.
Que signifie sa seigneurie, qu'elle a changé son ïtyle 7 L'adresse ne porte que ces mois : Au Roi. A-l-il oubli4 que ce roi est son souverain? ou cette suscriptioo impolie aunonce-t-elle quelque changement dans ses dispositions à notre égard? Lisons: — {Il lit.) "Cédant à des motifs spéciaux, » ému des malheurs de mon pays et des plaintes K douloureuses de ceux qui portent le poids de » votre oppression, je me suis séparé de votre fac- » tion funeste, et me suis réuni à Charles, le roi » légitime de la France I » 0 monstrueuse trahison! Se peut-il que l'alliance, l'amitié, les sermens, soient violés avec une mauvaise foi aussi insigne 7
LE ROI HENRI
Est-ce que mon oncle le duc de Bourgogne se révolte?
CLOSTER
Oui, sire, cl il est devenu votre ennemi.
LE ROI HENRI
Ebt-ce li tout ce que sa lettre contient de désagréable ?
CLOSTER
C'est tout, sire; sa lettre ne contient pas autre chose .
LE ROI HENRI
En ce cas, lord Talbot ira lui parler, et châtiera sa perfidie. — Qu'en dites-vous, mylord? cela vous convient-il î
TALBOT
Si cela me convient, sire? oui; si vous no m'aviez prévenu, j'allais vous demander de me charger de cette tâche.
LE ROI HENRI
Rassemblez donc vos troupes, et marchez sur-lecharap contre lui; qu'il voie que nous ne sommes pas gens a endurer sa trahison et qu'on ne se joue pas impunément de ses amis.
TALBOT
J'y vais, sire; et je souhaite ardemment que vous puissiez bientût voir vos ennemis confondus.
Il sort.
Entrent VERNON et BASSET.
VERNON, tin genou en terre.
Gracieux souverain, accordez-moi le combat.
BASSET, dans la même altitude.
Sire, j'implore la même faveur.
VORK, montrant Vernon.
Cet homme est de ma maison: veuillez l'entendre, noble prince.
SOMERSET, montrant Basset.
Celui-ci est de la mienne: sire, soyez-lui favorable.
LE ROI HENRI
Un peu de patience, mylords, et laissez-les parler. — (.4 Vertion et à Basset.) Dites, messieurs, quel motif vous anime? Pourquoi et avec qui demandez-vous le combat.
VEUNOS.
Avec lui, sire ; car il m'a outragé.
BASSET
Et moi avec lui; car il m'a outragé.
LE ROI HENRI
Quel est l'outrage dont vous vous plaignez tous deux? Faites-le-moi connaître, et ensuite je vous répondrai.
BASSET
Pendant la traversée d'Angleterre en France, cet homme que vous voyez s'est mis à me railler avec une insultante amertume au sujet de la rose que je porte; il a prétendu que la couleur sanguine de ses feuilles représentait le rouge qui était monté au visage de mon maître un jour qu'il s'était opiniâtre à plaider le fuux dans certaine question légale débattueentre leducd'York ctlui; il ajouta encore d'autres reproches offensans; et c'est pour en avoir raison, ainsi que pour défendre l'honneur de mon maître attaqué par lui. que je réclame le bénéfice de la loi des armes.
VERNON
Et c'est aussi ce que je demande, sire; car, bien qu'il cherche adroitement à colorer son insulte, sachez, sire, que j'ai été provoqué par lui; c'est lui qui le premier s'est formalisé de la rose que je porte, soutenant que sa pâleur était un indice de la pusillanimité de mon maître.
YORK
Somerset, ne meltrez-vous point un terme à cette malveillance?
SOMERSET
Mylord d'York , votre aniniosité cachée se fait jour, quelque adresse que vous mctlicz à la dissimuler.
LE ROI HENRI
Bon Dieu 1 à quelle frénésie sont en proie ces hommes au cerveau malade! Se peut-il que pour des motifs aussi légers, aussi frivoles, surgissent des rivalités factieuses? Mes chers cousins, vous, York, et vous, Somerset, calmez-vous, je vous prie, et vivez en paix.
YORK
Que ce différend soit d'abord vidé parles armes; ensuite votre majesté nous commandera la paix.
SOMERSET
La querelle ne concerne que nous seuls; permettez qu'elle soit vidée entre nous.
YORK
Vuili mon gage; acceptez-le, Somerset.
MAGASIN THEATRAL ETRANGER
VERNON, n York.
Que la querelle reste où elle a commencé.
BASSET, à Somerset.
Consentez-y, mon honorable lord.
GLOSTEB.
Qu'il y consente ! Soyez maudits avec vos querelles et votre effronté bavardage 1 Vassaux présomptueux 1 n'avez-vous pas de honte devenir par vos violentes et indécentes clameurs importuner le roi et nous? — Et vous, mylords, vous avez grand tort, selon moi.d'encourager leurs coupables dispositions , et encore plus, de prendre occasion de leurs propos pour faire naître une querelle entre vous. Croyez- moi, adoptez une marche plus raisonnable.
EXETEB.
Ceci afflige sa majesté. Mylords, soyez amis.
LB ROI HENRI
Approchez, vous qui demandez le combat. Je vous ordonne, sous peine d'encourir notre déplaisir, d'oublier totalement cette querelle et !e motif qui l'a suscitée. — Et vous, mylords, rappelez-vous où nous sommes; nous sommes au milieu d'une nation inconstante et mobile. Si les Français aperçoivent parmi vous la moindre dissension, s'ils voient que vous êtes divisés, doutez-vous que leur mécontentement ne se transforme bientôt en désobéissance formelle et en rébellion î Et puis, quelle lionte pour vous, quand les princes étrangers apprendront que pour une bagatelle, un motif des plus futiles, les pairs du roi Henri et les principaux de sa noblesse se sont mutuellement détruits, et ont perdu le royaume de France! Oh 1 songez à la conquête de mon père et a ma tendre jeunesse, et ne perdons pas pour si peu ce qui a coûté tant de sang 1 Permettez que dans ce différend je sois votre arbitre. Si je porte cette rose ( il dilache une rose rouge d'un vase qui sert d'ornement à la salle, et l'attache fur sa poitrine), je ne vois pas pour quel motif on me soupçonnerait d'incliner vers Somerset plutôt que vers York. Tous deux sont mes parens, et tous deux me sont chers. C'est comme si on me reprochait déporter une couronne, parce que le roi d'Ecosse en porte une. Mais vos propres lumières vous en diront plus sur ce point que je ne pourrais vous en apprendre. Nous sommes venus ici en paix; continuons à vivre en paix et à nous aimer. Cousin d'York, nous vous nommons régent de nos possessions en France; vous, mon cher lord de Somerset, joignez votre cavalerie à son infanterie; en sujets loyaux, dignes fils de vos pères, coopérez ensemble avec joie, et déchargez votre colère sur vos ennemis. Nous mémo, le lord prolecteur et le reste de notre cour, après un court séjour, nous retournerons à Calais, puis en Angleterre, où j'espère qu'avant peu vus victoires m'enverront Charles, Alençon, et toute celle bande de traîtres.
Fanfare. Le Roi Henri, Gloskr, Somerset, l'ÉvÊQCE DE Winchester, Suffolk et Basset sortent.
W4RW1CK.
Mylord d'York, ne Irouvez-vous pas que le rn vient de nous donner un fort joli échantillon de son talent d'orateur?
YORK
C'est vrai; mais une chose me déplaît, c'est de lui voir porter les insignes de Somerset.
WARWICK
Bah I c'est pure fantaisie. Ne lui en voulez pas; j'en suis sur, le cher prince n'a pas songé à mal.
TORK
Si je le croyais , — mais laissons cela ; d'autres affaires maintenant nous réclament.
York. Warwicr et Vernon sortent.
EXETER, seul.
Tu as bien fait, Richard, de l'arrêter tout court; car si les ressenlimensde ton cœur avaieiil éclaté au grand jour, on y aurait découvert, je le crains, plus de haine vindicative, plus de violence acharnée qu'il n'est possible de se.l'im»giner. Quoi qu'il en soit, l'esprit le plus borné ne saurait voir ces discordes qui divisent la noblesse, j la manière dont les seigneurs de la cour s'épai^ 1 lent les uns les autres, cette protection factien|| 1 qu'ils donnent à leurs favoris, sans y reconnalB| le présage de quelque événement funeste. C'eS un malheur quand le sceptre est aux mains d'an enfant; mais c'en est un plus grand quand U jalousie engendre des dissensions cruelles; aloH vient la ruine, alors commence la confusion. Il sort.