‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 185 sur 633 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

Une aulrc partie Ju rlump de bataille.

Bruit de Irompelles ; escarmovches. Arrive "ÏAL- UOT blessi, soutenu par un de ses Seuviteurs.

TALBOT

Où est ma seconde vie? — C'en est fait de la mienne! Ah! où c»t le jeune Talbot? où est le vaillant John? Mourir prisonnier! N'importe; la valeur du jeune Talbot elVacc à mes yeux l'horreur d'une telle mort. Lorsqu'il m'a vu faiblir et mes genoux fléchir, il a brandi sou glaive san-

glant au-dessus de ma tête, et aiors, semblablAi un lion affamé, il s'est signalé par les plus ter- | ribles exploits; mais quand mou redoulal '■ ,: fenseur s'est vu seul, protégeant ma .1 heure et libre d'ennemis, alors, les yeux j^„: par la fureur, et saisi d'une subite rage, il %'(■ élancé d'auprès de moi au milieu des rangt tr. nemis; et c'e»t dans cette mer de sang que iptii nis a noyé son indomptable courage; c'est U|ik mon jeune, mon vaillant rejeton est mort dans» gloire.

Arrivent DES SOLDATS, portant le corps de i TALBOT.

LE SERVITEUR

Voyez , mylord ; voilà votre fils qu'ils apportent.

TALBOT

0 mort! hideux bouffon qui nous regardéiifkc un rire insultant, bientôt nous serons afl||kchis de ta tyrannie insolente; et unis parles liens éternels, les deux Talbot, en dépit de toi, fendant d'un vol léger les flots d'azur de l'emp;rée, échapperont à la puissance du trépas. -^(i son fils.) 0 toi, dont le corps est couvert delHrtelles blessures, parle à Ion père avant de rendre l'ame; brave la mort en m'adressant la pat»l« , malgré elle. Suppose que c'est un Français eïtoo ennemi. — Pauvre enfant ! on dirait qu'il sotlit | Il semble me dire : « Si la mort avait élé l> Français, la mort serait morte aujourd'hifl. ■ Allons, déposez-le dans les bras de son père. Je ne puis soutenir plus long-temps le poids dans calamités. Soldats, adieu! J'ai obtenu ce ()rt|t demandais ; maintenant, qu'au jeune TalbotitO vieux bras servent de sépulture.

Il meuH.

Bruit de trompettes. Les Soluats et le Siw s'éloignent, laissant les deux cadavres. Ai CHARLES, ALENÇOX, LE DUC DE BODR80 GNE, LE BATARD, LA PUCELLE, et OM I»

TiON DES Troupes françaises. ''

CUAKLES.

Si Vork et Somerset avaient envoyé du reDfci nous aurions eu une journée bien sanglante.

LE BATARD

Avec quelle rage le fil* de Talbot, ce )••> lionceau, abreuvait de sang IVançais sa cbéù épée!

LA fUCELLE.

Je me suis trouvée face â face avec lui, <•<}'' ai dit: o Jeune homme, vierge encore, sois vain par une vierge. >i Mais lui, d'un Icm plein de lif et de hauteur, il m'a répondu : u le jeune r>ll> n'est pas fait pour se mesurer avec une coul' sauc. » A ces mots, s'vlaiiçaiit au milieu des I»

Èi

taillons français, il m'a dédaigneusement quittée comme un adversaire indigne de lui.

LE Dl'C DE BUUnCOGNE.

Certes, il aurait fait un bravo chevalier: voyezle ici gisaul. enseveli dans les bras de celui qui releva ti sa sanglante école.

LE BATARD

Mutilons les cadavres, brisons les os de ces lioinracs qui furent de leur vivant la gloire de lAnglctcrtc, la terreur de la France.

cuAnLCs,

Ohl non ; gardez-vous-en bien. N'insultons pas, sprfcs leur mort, ceux que nous avons fuisvivans.

ànive SIR WILLIAM LUCY, accompagné d'une escorte; un Uébaut fi\ani;aI3 leprecède.

Uéraut d'armes, conduis-moi A la tente du dauphin; que je saclic à qui est reste l'avantage lie celte journée.

CUARLES.

De '|uel message de soumission es-tu chargé?

LUCY

De soumission, Dauphin 7 C'est un mot français Junt nous autres guerriers anglais nous ne connaiisons pas le sens. Je viens savoir quels prisonmers tu as faits, et reconnaître nos morts.

CUAIVLES.

Tu parles do prisonniers? L'enfer est leur prison. Mais dis-moi qui tu cherches,

lUCY.

Oii est le grand Alcidc des combats, le vaillant loid Talbol, comte de Shrev/sbury, créé, pour ses Betvcillcux fr.ils d'armes, comte de Washford, Waieiford et Valence, lord Talbot de Goodrig et Urchiiiricld, lord Strange de Blackmère.lord Ver- Jun (l'Alton, lord Cromwell de Wngfield, lord

Furnival de Sheffleld, le trois fois victorieux lord de Falconbridge, chevalier de l'ordre illustre de Saint-George, de Saint-Michel et de la Toisond'Or, grand maréchal des armées d'Henri "VI dans le royaume de France?

LA PDCELLE.

Voilà, ma foi, un style bien sot et bien ampoulé. Le Turc, qui a cinquante-deux royaumes, n'écrit pas, à beaucoup près, en style aussi ennuyeux. — Celui que tu décores de tous ces litrès, cadavic impur, est ici gisant à nos pieds, mcï.

Il est donc tué ce Talbot, fléau des Français, Némésis vengeresse, terreur de ce royaume ? Oh ! que les prunelles de mes yeux ne sont-elles changées en balles I Je vous les lancerais au visage I Ohl que ne puis-je rendre la vie à ces morts t c'en serait assez pour jeter l'épouvante dans le royaume de France. Si vous aviez ici seulement son image, elle frapperait d'effroi le plus fier d'entre vous. Donnez -moi leurs corps ; que je les emporte et leur donne une sépulture digne d'eux.

LA rUCELLE.

On prendrait cet écervelé pour l'ombre de Talbot, tant sou ton est fier et impérieux. Au nom du ciel, qu'il emporte ces cadavres ; ils ne serviraient ici qu'à infecter l'air.

CHAItLES.

Va, tu peux enlever ces corps.

LOCY.

Je vais les enlever; mais il naîtra de leurs cendres un phénix, un héros qui fera trembler la

France.

CHARLES

Fais-en ce que tu voudras, pourvu que tu nous en débarrasses. Maintenant que nous sommes en veine de victoire, marchons sur Paris. Tout va fléchir devant nous, à présent que le redoutable Talbot n'est plus.

Ils s'eloigaent.

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