‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 190 sur 633 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

Londres. — Un appanemcnl du pal.iis.

Arrive LE ROI HENRI s'entrenant avec SUFFOLK; GLOSTER et EXETER les suivent.

LE ROI HENRI

Noble comte, le portrait enchanteur que vous m'avez fait de la belle Marguerite a excité mon étonncment. Ses vertus, rehaussées encoiepar les dons de la beauté extérieure, ont allumé dans mon cœur une passion réelle et durable. De même que par une tempête, les vents poussent un navirecontre la marée; deméme, au récit de sou mérite, je me sens entraîné malgré moi; et je ferai naufrage, eu j'arriverai au port de son amour.

SUFFOLK

Eh bien, si:e, le peu que je vous en ai dit n'est que la préface des louanges qu'elle mérite. Les hautes perfections de cette princesse charmante, si j'avais le talent de les décrire, formeraient un volume dont la lecture enchanteresse raviverait l'imagination la plus insensible. Mais il y a plus: à ces perfections divines, à cette profusiou de

qualités ravissantes, elle joiot une modestie incomparable; elle n'a d'autre ambition que de vous obéir en tout ce qui n'est pas contraire à la vertu et à la chasteté, que d'aimer et honorer Henri comme son époux.

LE ROt HENBI.

Jamais le roi Henri n'aura la présomption de l'entendre autrement: ainsi, mylord protecteur, consentez à ce que Marguerite soit la reine d'Angleterre.

GLOSTER.

Ce serait consentir à flatter l'iniquité. Vous savez, sire, que votre majesté est fiancée à une autre princesse, pleine de mérite. Comment ferezvous pour voua soustraire à cet engagement sans entacher votre caractère?

SUFFOI.K.

Comme un gouvernant se dégage d'un serment illégal, ou comme un homme qui, dans un tournoi, ayant promis de rompre une lance, abandonne la lice, en voyant l'infériorilé de son adversaire. La fille d'un comte obscur n'est point un parti sortable, et un pareil engagement peut être rompu sans crime.

GLOSTER.

Et qu'est de plus Marguerite, je vous prie? son père n'est pas plus qu'un comte, malgré les litres fastueux dont il se décore.

SCFFOLK.

Pardonnez-moi, mylord : son père est roi ; il est roi de Naples et de Jérusalem , et il jouitcn France d'une si grande autorité, que son alliance affermira la paix et maintiendra les Français dans l'obéissance.

GLOSTER.

Il en est de même du comte d'Armagnac, qui est proche parent de Charles.

EXETER

En outre, son opulence promet une dot libérale, tandis que René est plus prêt à recevoir qu'à donner.

SUFFOLK

Une dot, mylords? Ne déshonorez pas à ce point votre roi, ne le faites point si pauvre, si abject et si bas, qu'il lui faille se marier par intérêt, et non par amour. Henri est en état d'enrichir sa femme, et n'a pas besoin que sa femme l'enrichisse. Laissez de vils paysans marchander une femme comme on marchande au marché un bœuf, un mouton ou un cheval. Le mariage est une chose trop importante pour qu'en cette matière on s'en rapporte à d'autres qu'à soi-même: le roi doit prendre pour compagne de son litnuptial, non celle i|u i nous convient, tnais celle qui lui plait davantage ; et, puisqu'il préfère la fille de René, c'est une raison péremploire, pour que

dans notre opinion elle soit préférée , car qu'est-ce qu'un mariage forcé, sinon un enfer, une vie de discorde et de querelles permanentes, tandis qu'une union d'un caractère opposé donne le bonheur, et offre une image de la paix des cieux. A Henri, à un roi, quelle femme convient mieux que Marguerite, que la fille d'un roiî Avec sa beauté sans égale et sa haute naissance, tout autre qu'un monarque serait indigne d'elle; son courage et son intrépidité, qui font d'elle une femme supérieure à son sexe, promettent de donner au roi une vaillante lignée. Henri, fils d'un héros, devra engendrer des héros, si l'amour l'unit à une femme d'une ame aussi haute que l'est Marguerite. Picndez-vous donc, mylords, et concluez avec moi, que Marguerite, et Marguerite seule, sera notre reine.

LE ROt HENRI.

J'ignore si c'est l'impression que m'a faite votre récit, mon noble lord de SuffolU.ou le résultat de ma tendre jeunesse qui n'a jamais éprouvé le sentiment de l'amour; mais ce qu'il y a de certain, c'est que je sens dans mon cœur des combats si douloureux, une si violente alternative d'espérances et de craintes, que je ne puis supporter le travail de ma pensée. Allez donc vous embarquer, mylord; rendez-vous en France; arrêtez les conventions; obtenez de la princesse Marguerite qu'elle traverse l'Océan, et vienne en Angleterre se faire couronnercomme reine et comme l'épouse fidèle et sacrée de Henri. Pour défrayer vos dépenses, vous lèverez un décime sur le peuple. Partez, vous dis-je; jusqu'à votre retour, je vais être agité de mille influiétudes. — Et vous, mon cher oncle, bannissez tout mécontentement : si vous me jugez d'après ce que vous avez été, non d'après ce que vous êtes. J'ai la certitude que vous excuserez la soudaineté de ma résolution.— Maintenant, conduisez-moi dans un lieu, oCi seul et sans témoin, je puisse librement ruminer ma peine et mes ennuis.

Il son.

GLOSTER.

Oui, ses peinescommencent,pour ne plus cesser, je le crains.

OLOSTER et ExETER iorlent.

SUFFOLK, seul.

SufToIk a triomphé; et maintenant il part pour la France, comme autrefois le jeune P&ris pour la Grèce. Je compte obtenir le mé'me succès en amour; mais j'espère être plus heureux que ce Troyen. Marguerite sera reine, et gouvernera le roi; moi, je gouvernerai la reine, le rei et le royaume.

Il son.

l'IN U'IIF.NRI VI. (Prcn

i partie.)

UtRIMCnlE DE H<oe v< SONDET-DUm^,

: S'int-Lguii, 49, au Maraii.

PERSOyy.-tGES.

HENRI VI, roi d'Angleterre.

IIOMFBOY, duc de Glosler, son oncle.

LE CARDINAL DE BEAUFOBT, evêquc

^r, grand oncle du roi.

RICHARD PLANTAGENET, duc d'York EDOUARD PLANTAGENET, , RICHARD PLANTAGENET, »

LE DUC DE SOMERSET, \ LE DUC DE SUFFOLK , j LE DUC DE BUCKINGHAM LORD CLIFFORD, Lt Jedse CLIFFORD, son (îU LE COMTE DE SALISBURY, , LECOMTE DE WARWICK, ' LORD SCALES, gouverneur de la loui LORD S.AY.

SIR HOMFROY ST.AFFORD et son I SIR TOn>' STANLEY.

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