‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 189 sur 633 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

Le corop du J"c d'York, en Anjou.

Arrivent YORK, WARWICK et d'aitkes LORDS.

Qu'on amène celte sorcière condamnée au bùcber.

Des gardes amèneni LA PLXELLE ; UN VIEUX BERGER l'accompagne.

Ah! ma lille, voilà qui porte au cœur de ton père le coup de la mort. Je te cherchais de contrée en contrée; faut-il que je ne t"aie retrouvée que pour être témoin de ta mort cruelle et prématurée ! Jeanne, ma fille, ma chère enfant, je veux mourir avec toi.

LA PUCELLE

Malheureux vieillard I créature ignoble et vile 1 je suis issue d'un plus noble sang. Tu n'es ni mon père, ni mon parent.

LE BEnCEB.

Comment ! — Ne la croyez pas, mylords; je suis son père; toute la paroisse le sait; sa mère est encore vivante et peut cerliBer qu'elle est le premier fruit de notre mariage.

WABwicK, à (o Pucclle.

Malheureuse ! peux-tu bien renier ta famille !

VORK.

On peut juger par-là de la vie qu'elle a menée, une vie de crime et.de bassesse; elle finit comme elle a vécu.

LE BEBGEK.

Fi donc, Jeanne 1 peux-tu bien pousser l'entêtement à ce point I Dieu sait que tu es un fragment de ma chair. J'ai pour toi versé bien des larmes; ne me renie pas, ma fille, je t'en conjure.

LA rCCELLE.

Paysan, arrière! — Vous avezsuborné cet homme dans le but de ravaler ma noble origine.

LE BERGEB.

Il est vrai que j'ai donné un noble au prêtre, le jour où j'ai été marié à ta mère. Mets-toi à genoux, et reçois ma bénédiction, ma chère fille! Tu refuses? Eh bien, maudite soit l'heure où tu es née ! je voudrais que le lait que tu as bu h la mamelle de ta mère eût été pour toi un poison! Je regrette que, lorsque tu gardais aux champs mes

agneaux, quelque loup affamé ne t'ait pas dévorée! Tu renies ton père, misérable! Oh! brûlezla, brûlez-la; la potence est pour elle un supplice trop doux.

Il s'éloigne.

YORK

Qu'on l'emmène! elle a trop long-temps vécu, pour donner en spectacle au monde son contagieux exemple.

LA PCCELLE.

Laissez-moi auparavant vous faire connaître celle que vous condamnez. Je ne suis point la fille d'un berger; je suis issue de la race des rois. Vertueuse et sainte , élue par le ciel, inspirée par sa grâce pour accomplir sur la terre des actes surnaturels, je n'ai jamais eu commerce avec les esprits impurs. Mais vous, corrompus par la débauche, couverts d'un sang innocent, souillés d'innombrables vices , parce que Yous n'avez pas la grâce que d'autres possèdent, vous jugez impossible d'opérer des miracles autrement que par le secours des démons. Désabusez-vous : Jeanned'Arc est vierge depuis son enfance ; sa pensée est restée chaste et pure; et la voix de son sang virginal que votre cruauté va répandre, montera jusqu'aux cieux et demandera vengeance.

TOBK.

Allons; — qu'on la conduise au supplice.

Les gardes emménenf La Pocelle*.

Arrivent LE CARDINAL BEAUFORT [et sa Suite.

LE CABDIKAL.

Lord régent, je salue votre excellence et vous remets des lettres du roi. Car sachez, mylords, que les étatsde la chrétienté, émus de compassion i l'aspect de ces sanglans démêlés, ont implore avec instance une paix générale entre notre nation et l'ambitieuse France. Le dauphin etsa suite sont à deux pas d'ici, et viennent conférer avec vous sur cette matière.

TOBK.

Est-ce donc là le résultat de tous nos travaux? Après avoir vu périr tant de pairs, tant d'officiers, de gentilshommes et de soldats qui ont trouvé la mort dans cette querelle et qui ont sacrifié leur

• Nous ne croyons pas devoir donner la £n de ccllt scène qui n'est qu'une de'goûtanle diatribe contre l'bëroînc courageuse, qu'aur.iient dû proléger son sexe et son noble dévouement i sa patrie. Qu'il suffise de savoir que dans celle scène, dont ccrlainemenl Sliakspcarc n'est pas l'auteur, et qui appartient sans doute au dramaturge dont le travail a servi de base à sa pi'ecc, Jeanne d'Arc déclare qu'elle estcnccinle, et s'accuse d'avoir eu des relations coupables avec le Dauphin , Alençon et Bené. Nous respectons trop nos lecteurs pour leur donner de si dégoùtans détails. C'est la seule suppression .que nous ayons faite dans tout le llié.ilie de Sliakspoare. Nom pensons qu'on nous approuvera. (Note du traducitur.)

HENRI VI

vie dans l'intérêt de leur patrie, finirons-nous par conclure une paix lâche ethontcuseîN'avons-nous pas déjà perdu par la trahison et la fraude la plupart des villes que nos glorieux pères avaient conquises?— 0 Warwick, Warwickt je prévois avec douleur la perte complète de tout le royaume de France.

WARWlCK.

Calmez-vous, York : si nous signons la paix, ce sera à des conditions si étroites et si rigoureuses que les Français n'y gajgneront pas grand'chose.

Arrivent CHARLES et sa Suite, ALENÇON; LE BATARD, KENÉ et Autkes.

CHARLES

Lords d'Angleterre, puisqu'il est convenu qu'une paix durable sera pioclamée en France, nous venons savoir de vous quelles doivent élrel es conditions de cette paix.

Parlez, Winchester: car à la vue de nos mortels ennemis, la bouillante colère me sufl'oque, et intercepte le passage à ma voix indignée.

WINCHESTER

Charles, et vous tous, voici les clauses du traité: Le roi Henri, mu par un sentiment de pure compassion et d'humanité, consent à délivrer votre pays du fléau de la guerre, et à vous laisser respirer au sein d'une paix féconde, à la condition que vous vous reconnaîtrez les vassaux fidèles de sa couronne, et que vous, Charles, vous lui paierez tribut, lui rendrez foi et hommage, et gouvernerez souslui en qualité de vice-roi, en jouissant ' néanmoins de toutes les prérogatives attachées i la dignité royale.

ALEMÇON.

Veut-on qu'il ne soit plus que l'ombre de luimême, qu'il porte une couronne sans avoir plus de puissance et d'autorité réelle qu'un simple particulierl Cette proposition est absurde et déraisonnable.

CHARLES

On sait que je possède déjà plus de la moitié du territoire de la France, et que j'y suis reconnu pour le souverain légitime. Veut-on que, pour obtenir la partie encore inconquise, j'abdique mes prérogatives au point de ne régner sur le tout qu'en qualité de vice-roi? Non, monsieur l'ambassadeur, j'aime mieux garder ce que j'ai que d'en convoiter davantage, en renonçant pour jamais à la chance d'obtenir le tout.

YORK

Présomptueux Charles, lu as, par de secrètes brigues, intercédé pour obtenir la paix; et aujourd'hui qu'il s'agit d'en arrêter les bases, tu te prévaux de ta condition présente pour rejeter celle que nous t'offrons ! De deux choses, l'une : accepte le titre que tu usurpes en reconnaissant le tenir de notre roi, et non de ton droit propre, ou attendsloi.i le voix liaïassé par nous de guerres cictuelles.

RENÉ, (1 Charles.

Monseigneur, vous avez tort de chicaner sur les clauses de ce traité. Cette occasion une fois perdue, il y a dix à parier contre un qu'il ne s'en représentera plus une semblable.

ALENÇOM, bus à Charles.

S'il faut vous dire vrai, la politique vous ."ait un devoir d'épargner à vos sujets les massacres et le carnage inhumain que cette guerre enfante chaque jour; acceptez donc ce traité, quitte à l'enfreindre quand il vous plaira.

WARWICK

Qu'en dites-vous, Charles? Acceptez-vous nos conditions?

CHARLES

Je les accepte; je demande seulement que vous ne conserviez aucune prétention sur nos villes de guerre.

YORK

Fais donc serment d'allégeance à sa majesté; jure de ne jamais désobéir, ni toi ni ta noblesse, et de n'être jamais rebelle à la couronne d'Angleterre.

Cliarlcs et les siens lèvent la main en signe J'asscnLiment.

YORK, continuant.

A présent, licenciez votre armée quand il vous

plaira; appendez vos étendards, imposez silence

à vos tambours; car nous concluons ici une paix

solennelle.

Ils s'éloignent.

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