‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 194 sur 633 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

Méfn* tille- — Un appartemenL dans la restdeace du du de Glo&ler.

Etiirent GLOSTER el LA DUCHESSE.

Puurquoi mou scigneurpeDcbe-l-il la tétecomme un épi surchargé des dons de Cérès? pourquoi froncc-t-il le sourcil, comme si les faveurs de la tur(une n'excitaient que sa colère? pourquoi tes \eux sont-ils baissés rers la terre, occupés à fixer un objet qui semble échapper à la TUe troublée? Que vois-lu donc? est-ce le diadème de Henri, ichàssé dans tous les honneurs du monde? S'il 1 est ainsi, regarde et rampe, jusqu'à ce que lun front ait ceint la couronne. Étends la main, lâche d'atteindre au métal radieux. — Eh quoi! as-tu le bras trop court? j'y ajouterai le mien, et quand nos deux mains réunies auront soulevé diadème, tous deux nous relèverons fièrement la téie »ers le ciel, et désormais nos veux ne s'abaisseront plus si bas que d'accorder un seul regard à ta terre.

CLOSTEB,

Éléonore, ma chère Éléonore, si ton époux t'est cher, bannis le ver rongeur des pensées ambitieuses. Si jamais il m'arrive de concevoir une pensée hostile 4 mon neveu, à mon roi, le verlueux Henri, puisse ce moment être le dernier de ma vie mortelle I Mon rêve de la nuit dernière me trouble et m'attriste.

LA DCCBESSE.

Qu'a rêvé mon époux 7 dis-le-moi, et je te dirai i mon tour mon rêve charmant de ce matin.

Il m'a semblé que ce bâton, insigne de mon autorité, était brisé en deux, j'ai oublié par qui; mais je crois me souvenir que c'était par le cardinal; sur chacun des deux fragmens était fixée une tête, celle d'Edmond, duc de Somerset, et celle de William de la Poole, duc de Suffolk. Voilà mon rêve; Dieu sait ce qu'il présage.

LA DIjCUESSE.

Ce rêve annonce que quiconque rompra un •eul rameau du pouvoir de Gloster, paiera de sa tête son audace. Maintenant, moncherduc, écoute ce que j'ai rêvé. II m'a semblé que j'étais majestueusement assise dansl'église cathédrale de Westminster, sur le siège où les rois et les reines sont couronnés. Henri el la princesse Marguerite se «ont prosternés devant moi, et ont déposé sur mon front le diadème.

GLOSTEr,.

Éléonore, tu m'obliges à me fâcher tout de bon Femme présomptueuse, coupable Éléonore, n'es- •u pas la seconde femme du royaume, l'épouse

chérie di> protecteur? N'as-tu pas à la disposition tous les plaisirs du monde, ai'.-dela même de tout ce que tu peux désirer? Et cependant tu médites des pensées de trahison, pour précipiter ton époux et toi du faite des honneurs au dernier degré de l'opprobre! Laisse-moi; je ne veux plus t'entendrc.

LA DL'CHEsSE.

Eh quoi! mylord, tant de colère contre Éléonore pour un rêve qu'elle vous raconte! Désormais je garderai mes rêves pour moi, afin de ne pas m'attirer de réprimandes.

CLOSTEK.

Calme-toi; je ne suis plus fâché.

Entre UN MESSAGER.

LE UESSAGER.

Mylord protecteur, la volonté de sa majesté est que Yousvousprêpariez à partir pour Saint-Albaus, où le roi et la reine se proposent de chasser au faucon.

GLOSTER.

J'v tais. — Éléonore, veux-tu venir avec nous?

LA DCCBESSE.

Oui, mjlord, je vais vous suivre.

Gloster el LE Messagek sorienl.

LA DCCBESSE, Seule, continuai)!.

Il faut bien que je suive; je ne puis prendre le pas sur les autres, tant que Gloster conservera ces idées abjectes et servilcs. Si j'étais homme, duc et premier prince du sang, je me débarrasserais des gt-ns qui me font i.b-laile el j'aplanirais ma voie en abattant leurs lélcs ; toute femme que je suis, je ne serai pas la dernière a jouer mon rôle dans le drame de la fortune. Ah ! te voili, sir John*; ne crains rien, mon ami; nous sommes seuls ; il n'y a ici que loi et moi.

acME.

Jésus garde votre royale majesté!

LA DCCBESSE.

Que dis-tu, majesté? je ne suis que duchesse.

UCUE.

Il est vrai; mais par la grice de Dieu et les conseils de Hume, vous aurci bientôt un titre plus grand.

LA DCCBESSE.

Que dis-tu, mon ami? As-tu déjà conféré avec Marguerite Jourdain, celle habile sorcière, et avec le magicien Roger Bolingbroke? Consentent-ils à me servir?

• Le litre de sir, qui ne se donne aujourd'hui qu'aux baronnets, se donnait autrefois, en Angleterre, aux memlires du cierge'. {Note du Iraducteiir.)

Magasin théâtral étranger.

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