‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 20 sur 633 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

Uimc ville. — Uin- salle du i.al-i

Elurent LE ROI JEAN el sa Suite; PANDOLPHE, tenant dans sts mains une couronne.

LE r.OI J-EAM.

Ainsi, j'ai résigne dans vos mains mon glorieux diadème.

PASDOLPUE, lui rendant sa couronne.

Reprenez-le de ma main, en reconnaissant que vous tenez du pape voire grandeur cl votre aulorilé souveraine.

LE ROI JEAN

Tenez maintenant voire parole sainte ; allez au-devant des Français, et au nom du pape, usez de loul votre pouvoir |iour arrêter leur marche, avant que l'incendie ne te propage. Slcs piovia'

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ces mécontentes se révoltent ; le peuple, secouant le joug de l'obéissance, jure amour et fidélité à un sang étranger, à une royauté exotique. Vous seul pouvez arrêter ce débordement de désaffection. Hâtez-vous donc ; car la situation est tellement malade, qu'un prompt remède doitétre administré, si l'on ne veut que le mal devienne incurable, et que la mort s'eusuive.

PANDOLPHE

C'est mon souffle qui a soulevé cette tempête, alors que vous désobéissiez au pape; mais puisque TOtre cœur est humblement converti, ma parole calmera cet orage guerrier et ramènera le beau temps sur celte terre inquiète et troublée. Rappelez-vous-le bien; aujourd'hui même, jour de l'Ascension, après avoir reçu votre serment d'obéissance au pape, je vais commander aux Français de déposer les armes.

LE r.OI JEAN.

Est-ce aujourd'hui le jour do l'Ascension? le prophète n'a-t-ilpas prédit que ce jour-li même, avant midi, j'aurais déposé ma couronne? C'est effectivement ce que j'ai fait, non contraint et forcé, comme je le supposais, mais volontairement, grâce au ciel.

Enlie LE BATARD.

LE BATAIID.

Le comté de Kent tout entier a fait sa soumission ; le château de Douvres seul tient encore. Londres a reçu comme un liôie chéri le dauphin et son armée. Vos nobles refusent de vous entendre, et sont allés offrir leurs services à l'ennemi; et la plus grande confusion règne parmi le petit nombre de vos amis qui vous ont conservé leur Hdélité douteuse.

LE ROI JEAN

Eh quoi! mes nobles ont refusé de revenir à moi, après avoir appris qu'Arthur était vivant î

LE BATAIID.

Us l'ont trouvé mon, précipité dans la rue, cassette vide où n'est pins le joyau de la vie, dérobé par quelque main coupable.

LE EOl JE»N.

Ce scélérat d'Hubert m'avait dit qu'il était vivant.

LE BATAI. D.

M le croyait sans doute. Mais pourquoi cet abattement? pourquoi cet air triste et morne? Que la grandeur de vos actes égale celle de vos pensées. Que les regards du monde ne lisent pas la crainte et l'irrésolution dans les yeux d'un rui. Que voire activité soit du niveau des (irconslon-

ces. Opposez le feu au feu ; menacez qui vous menace, et bravez les terreurs dont on veut vous effrayer; alors vos inférieurs, qui calquent leur conduite sur celle des grands, vont grandira votre exemple et s'armer d'une intrépide résolution. Partez, et brillez comme le dieu de la guerre quand il se prépare à marcher au combat. Mou trez de l'audace et une généreuse assurance. Eh quoi! l'on viendrait attaquer le lion jusque dans sa tanière? et là, on prétendrait l'effrayer, le faire trembler? Oh ! qu'il n'en soit pas ainsi I Partez, volez au-devant du danger, et mesurezvous avec lui avant qu'il ne soit à vos portes.

LE ROI JEAN

Je viens de quitter le légat du pape. J'ai fait ma paix avec lui, et il m'a promis de congédier l'armée que commande le dauphin.

LE BATARD

0 pacte déshonorant! Sera-t-il dit qu'attaqués sur notre propre territoire nous n'opposerons aux envahisseurs que des paroles de paix, de l.iches compromis, des négociations, des pourparlers, des trêves? Eh quoi! un jeune homme imberbe, un muguet de cour viendra nous braver jusque chez nous; il foulera, plein d'orgueil, notre sol belliqueux; il fera flotter dans l'air ses insolens étendards, et il ne trouvera aucune résistance? Sire, courons aux armes: peut-être que le cardinal ne pourra faire votre paix ; ou s'il y réussit, que du moins il soit dit que nous étions préparés à nous défendre.

LE SOI JEAN

Ordonne ce que tu jugeras convenable; je t'abandonne pour le moment la direction des affaires.

LE BATARD

Du courage donc, et partons. J'ai la certitude que nous sommes en état de faire face à des ennemis plus redoutables.

Ils sortent.

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