‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 204 sur 633 · PREMIER APPRENTI · texte numérisé non relu

PREMIER APPRENTI

Tiens, Pierre, je bois à toi ; va, n'aie pas peur.

DECXIÈUE APPRENTI.

Du courage, Pierre ; et ne crains pas ton maître : soutiens l'honneur des apprentis.

PIERRE

Je vous rends grâce à tous : buvez, cl priez pour' moi, je vous prie, car je crois bien que j'ai bu ma dernière rasade. — Tiens, Robin, si je meurs, je te donne mon tablier; toi, Guillaume, lu auras mon marteau ; et toi, Toni, tiens, prends tout l'ar-'

' D'apris les lois du duel, les clievalicrs seuls eon taient avec l'e'péc cl la lance ; les manans devaient conM batlre avec un Laton d'ébcae, h rcxtrcmitc duquel c'tait fixl un sac de suLlc. (A'oïc tlit tmdiictcitr.)

" Surlc devin doux fait dans UD village de ce Doni| aui cuvirops de Lisbunnc. {Note du IraJiicIcnr)

HENRI Vi.

gent que j'ai. 0 mon Dieu, assiste-moi I je ne icodrai jamais i bout de mou maitre ; il est trop xercC-.

SALISBUHY.

Allons, cessez de boire, et baltcz-vous. — Toi, quel est ton nom?

PIEIxr.E.

Pierre.

SALISDUBY.

Pierre! et ton nom de famille î Poucet.

SALISBCHY.

Eh bien, Poucet I pousse-moi à ton maître des bottes solides.

UORNER.

Messieurs, je suis venu ici, comme qui dirait, l'instigation de mon apprenti, pour prouver qu'il est un gueux , et que je suis un honnête homme. El pour ce qui regarde le duc d'York , que je raeure si je lui ai jamais voulu aucun mal , non plus qu'au roi ou à la reine 1 En con^cquenco, Pierre, je vais t'asséner un coup terrible comme celui que Devis de Southampton asséna au géant Ascapart.

YûRiî.

Qu'on se dépêche; — ce drôle commence à avoir la langue épaisse. Trompettes, donnez le signal aux coaibattans.

Les trompettes sonnent ; le comLait commence ; ilii premier coup, Pierre étend son mallre à terre.

Arrête, Pierre, arrête I je confesse, je confesse ma trahison.

Il meurt.

YORK, montrant Pierre.

Qu'on lui enlève son arme. — L'ami , lemcrcic Dieu et le vin qu'avait bu ton maitre.

PIERRE

Grand Dieu! ai-je donc terrassé mon ennemi en présence de cette assemblée? O Pierre, le bon droit a triomphé.

LE noi UENRI.

Allez ; qu'on emporte d'ici le corps de ce traître; sa mort nous prouve qu'il était coupable ; et Dieu dans sa justice nous a révélé la sincérité et l'innocence de ce pauvre diable que l'autre espérait immoler injustement. Viens, mon ami, viens recevoir ta récompense.

Ils sortent.

SCKJNE IV.

Même ville. — Une rue.

arrivent en habits de deuil GLOSl'ER et rnJsiEtiRj DE SES Serviteurs.

GLOSTER.

Ainsi parfois un nuage voile !a splendeur du plus beau jour ; ainsi aprco l'été vient invariablement l'hiver stérile avec ses rigoureux frimas et sa piquante froidure. Les douleurs et les joies se succèdent comme les saisons. — Amis , quelle heure est-il?

u.N serviteur.

Dix heures, œylord.

GLOSTER.

C'est l'heure qui m'a été indiquée pour attendre au passage mon épouse condamnée. Les cailloux du chemin doivent blesser ses pieds dclicals. Chère Éléonore, que ta fierté doit souffrir, lorsqu'il te faut subir les insolens regards et les rires moqueurs d'une foule abjecte qui aujourd'hui insulte à ta honte, elle qui naguère suivait roues de ton char triomphal! Mais, la voilà qui s'approche ; préparons mes yeux humides de pleurs à contempler ses misères.

irrite LA DUCHESSE DE GLOSTER, nu-pieds, couverte d'un linceul blanc, tenant à la main une torclie allumée, et ponant un Écriteau sur son dos ; SIR JOHN STANLEY, VS SCUÉRlfF et DES GARDES l'accompagnent.

LE SERVITEUR

Si votre seigneurie le permet, nous allons l'arracher aux mains du scbérilT.

GLOSTER.

Ne bougez pas, si vous tenez à la vie; laissez -la passer.

LA DUCHESSE

viens-tu, Gloster, pour être témoin de ma honte publique? MainteLant, toi aussi, tu fais pénitence avec moi. Vois comme ils te regardent; vois la multitude insensée te montrer du doigt en secouant la tête, et tous les yeux se fixer sur toi ! Ah! Gloster, dérobe-toi à tous ces regards haineux; et, renfermé chez toi, va pleurer mon opprobre et maudire mes cniiemi; elle? liens.

MAGASIN THEATRAL ETRANGER

GLOSTER. I

Résigne-toi, ma cliére Éléonore ; oublie celte j douloureuse épreuve.

LA DUCHESSE

Ah I Gloster, apprends-tnoi à m'oublier moimême; tant que je me rappelle que je suis ta j légitime épouse, et que toi, tu es prince, le protecteur de ce rojaume, il nie semble que je ne devrais pas être ainsi conduite , enveloppée dans l'opprobre, avec un éirileau sur mon dos, et sui- | vie par une lâche populace qui s'applaudit de voir | couler mes larmes et d'entendre mes profonds gémissemens; les cailloux cruels blessent mes pieds endoloris; et quand je tressaille, la foule malveillante se met à rire, et m'avertit de prendre garde où je pose mes pas. Ah I Homfroy, puis-je supporter tant d'opprobre? crois-tu que je veuille jamais revoir le monde, ou estimer heureux ceux qui jouissent de la lumière du soleil î Non, les ténèbres seront ma lumière, et mes jours des nuits; le souvenir de ma splendeur passée sera mon enfer. Je me dirai quelquefois : « Je suis la femme du duc Homfroy ; et lui, il est prince; il gouverne le pays; et cependant, tout prince qu'il était, il est resté spectateur immobile, tandis que moi, sa malheureuse épouse, j'étais montrée au doigt par la populace la plus vile.» Mais résigne-toi , et ne rougis pas de ma honte ; que rien ne t'émeuve jusqu'au moment où tu verras la hache de la mon se lever sur sa tête, ce qui ne se fera pas attendre; car Suffolk, à qui tout obéit, ligué avec celle qui le hait et nous bail tous, et York, ei l'impie Ce.iufort, ce poniife imposteur, ont tendu leurs lacs autour de toi, et lu chercherais vainement à leur échapper. Mais ne crains rien, jusqu'à ce que tu sois pris au piège, et ne cherche jamais à te précautionner contre tes ennemis.

GLOSTER.

Ahl ne parle point ainsi, Éléonore; tu t'abuses. Il faut que je sois coupable, avant qu'on puisse me condamner; et quand j'aurais vingt fois plus d'ennemis, et que chacun d'eux aurait vingt fois plus de puissance, ils ne peuvent rien contre moi, tant que je resterai loyal, fidèle et sans reproche. Voudrais- lu donc que je t'arrachasse à cet opprobre? Je n'eiïacerais pas ta honte, cl je me mettrais en péril , en violant la loi. La résignation, Éléonore, est le seul parti que lu aies à prendre. Que ton amc se résigne, je t'en conjure : ces quelques jours de scandale seront hienlôt oubliés.

Arriue UN UÉKAIT DAUMES.

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