RI VI
le spectre du duc Horafroy était i ses côtés; d'autres fois il appelle le roi, et croyant lui parler, révèle tout bas à son oreiller les secrets de son amc surchargée. On m'envoie auprès de sa majesté pour lui dire qu'en ce moment même il la demande à grands cris.
LA KEINE MARGUERITE
Allez porter au roi ce douloureux message. De Vaux sort.
tA REINE, cond'nimiîf.
Hélasl qu'est-ce que ce monde? Quelles nouvelles! Mais quoi! j'irais m'affliger pour un vieillard qui perd tout au plus une heure de vie, et "oublierais l'exil de Suffolk, ce trésor de mon ame I Ahl Suffolk, je ne veux pleurer que pour toi; pour toi, je veux lutter de larmes avec le vent du midi : les siennes féconderont la terre, les miennes ma douleur. Maintenant, pars. Le roi, tu le sais, va venir : si l'on te trouve auprès de moi , tu es mort.
SUFFOtK.
Si je pars, je ne saurais vivre; mourir sous tes yeux, ce serait m'endormir délicieusement dans tes bras. Ici, j'exhalerais mon ame dans les airs, aussi paisiblement que le petit enfant qui meurt en pressant de ses lèvres la mamelle de sa mère ; mais loin de loi, mon agonie seraitcelledu désespoir; j e te demanderais à grands cris pour me fermer les yeux, pour imprimer tes lèvres sur ma bouche mourante; alors, ou tu rappellerais mon ame fugitive, ou tu l'aspirerais dans ton sein, et ce serait pour elle le plus doux Elysée. Mourir auprès de toi, ce ne serait pas mourir; mais la mort loin de toi serait le plus affreux des supplices.
tA REINE UARGUER1TE.
Ëloigne-toi ! Bien que notre séparation soit un corrosif douloureux, c'est un remède appliqué à une blessure mortelle. En France, cher Suffolk. Donne-moi de tes nouvelles. Où que tu sois sur ce globe, j'aurai une Iris* qui saura te découvrir.
SUFFOLK
Je pars.
lA REINE MARGUERITE.
Prends et emporte avec toi mon cœur.
SUFFOLK
Jamais joyau plus précieux ne fut enfermé dans une cassette plus lugubre. Nous nous séparons comme les deux moitiés d'une barque qui se brise. Je tombe dans l'abîme de ce c6té.
LA REINE MARGUERITE
Et moi de celui-ci.
Ils sortent par tlcux portes oppose'cs.
' Iris ctiit la messagère Je Junon. (iVofe du Iradiicifur.)
k^W*WVWVl*V\*V\*VV\VV*\\\ VVIVV\^\VV\\W»VWVWW\(\VV*
tondr.