SCENE II
Arrivent GEORGE BEVIS et JOHN HOLLAND.
GEORGE
Allons, procure-toi une épée, fût-elle de bois; voilà deux jours que nos gens sont sur pied.
JOHN
Ils n'en ont que plus besoin de dormir.
GEORGE
Tu sauras que Jack Cade, le drapier, se propo^ de remettre à neuf le manteau de l'état, de le retourner, et de lui donner un nouveau poil.
JOHN
Il en a grand besoin; car il montre terriblçr ment la corde. Parbleu, il n'y a plus eu de bonheur en Angleterre depuis qu'il y a eu des gem comme il faut. 1
GEORGE. 9
0 malheureux siècle I la vertu n'est plus con» dérée dans les artisans.
lOBN. u
La noblesse regarde comme au-dessous d'elB de porter le tablier de cuir. 1
GEORGE. T
Il y a plus, c'est que les conseillers du roi solj de fort mauvais ouvriers.
JOBN.
C'est vrai; et cependant il est écrit, tcavaffl selon ta vocation ; ce qui veut dire, que les magj^ trats soient des ouvriers; donc c'est nous qui i vrions être les magistrats.
GEORGE
C'est juste; car la meilleure preuve d'un espS habile, c'est une main calleuse.
JOBN.
Je les vois I je les vois t je reconnais le fils^* Best, le tanneur de AVingham.
GEORGE
Il aura le cuir de nos ennemis pour en faire ,| la peau de chien.
lOBN.
Et Richard le boucher.
GEORGE. ■
Ohl en ce cas, nous allons assommer la tyr^n nie comme un bœuf, et égorger l'iniquité comnii un veau.
lOBM.
Et Smith le tisserand.
GEORGE
Alors, la trame <Je leur vie^ touche a sa fin,
HENRI VI
lOBN.
Viens, viens; allons nous joiadrc à eux.
Bruit de tambours. Arrivent CADE, le boucher RI- CHARD, le tisserand SMITU , suivis d'une foule de peuple.
CADE
Nous, John Cade, ainsi nommé de noire père putatif, —
r.iCHARD, à par;.
Ou plutôt pour avoir volé une caque ' de harengs.
CADE
Car nos ennemis tomberont " devant nous; ayant reçu du ciel la mission Je jeter bas les rois et les princes, nous ordonnons qu'on fasse silence. r.icHAr.D.
Silence!
CADE
Mon père était un Mortimer.
RICHARD, à part.
C'était un honnête homme, et un excellent maçon.
CADE
Ma mère une Plantagenet.
BicnAED, à part.
Je l'ai parfaitement connue; elle était sagefemme.
CADE
Ma femme descendait des Lacjs.
RicHAnD, n part.
En effet, elle était fille d'un colporteur, et vendait beaucoup de lacets.
suiTO, à part.
Mais depuis quelque temps, n'étant plus en état de voyager avec sa balle, elle fait la lessive dans son \illage.
Ainsi, vous voyez que je suis d'une honorable maison.
niCHARD, à part.
Uien de plus honorable qu'une maison en plein air, avec le ciel pour abri ; c'est là qu'il est né , sous une haie; car son père n'a jamais eu d'autre domicile que la prison.
CADE
Je suis vaillant.
SHITD, R part.
Cela va sans dire; ceux qui n'ont rien sontvaillans.
" Cade est un vieui mot ansl>>s qui sigaiGc baril. (iVo(e du traducteur.)
" Il fait allusion à son nom de Cade, du mot latin Cado, cadere , tomber. Peut-être poussc-t-il un peu loin, pour son rôle, la science des elymologies. (^o(c du Imducteur.")
CADE
Je suis dur à la peine.
KicuARD, (i part.
Je n'en doute pas; je l'ai vu fouetter trois jours de marché consécutifs.
CADE
Je ne crains ni le fer ni le feu.
saiTB, à part.
Il ne doit pas craindre le fer; car il porte un habit à l'épreuve, et qui n'a rien à craindre. RICHARD, à part, lime semble pourtant qu'il doit craindre le feu; car il a eu ta main marquée d'un fer chaud pour avoir volé du bétail.
CADE
Soyez donc vaillans , car votre général est vaillant, et il est résolu d'effectuer des réformes radicales dans le pays. Je veux que désormais en Angleterre sept petits pains d'un sou soient vendus pour un sou ; la pinte aura trois demi-setiers, et ce sera un crime de félonie que de boire de la petite bière : tout le royaume sera possédé en commun; je ferai paître mon palefroi dans Cheapside"; et quand je serai roi, car je le serai , —
TOUS
Dieu conserve votre majesté!
CADE
Je vous remercie, braves gens. U n'y aura plus d'argent : tout le monde boira et mangera à mes frais, et tous mes sujets porteront la même livrée, afin qu'ils vivent en frères, et m'honorent comme leur seigneur et maître.
RICHARD
Que la première chose que nous ferons soit de tuer tous les gens de loi.
CADE
C'est bien mon intention. N'est-il pas déplorable que de la peau d'un innocent agneau on fasse du parchemin , et que ce parchemin, sur lequel on aura griffonné quelque chose, suffise pour consommer la ruine d'un homme? Il y en a qui disent que l'abeille pique, et moi je dis que c'est la cire de l'abeille. Pour mon compte, je n'ai jamais qu'une seule fois en ma vie attaché un sceau à un acte, et depuis cette époque je ne me suis plus appartenu. Eh bien I qu'ya-t-il? Quel est cet homme?
Arrive une troupe de gens du peuple, conduisant la MAITRE D'ÉCOLE de Chatam.
SUITH.
C'est le maître d'école de Château : il sait écrire, et compter.
CADE
Quelle abomination 1
SMITB.
Nous l'avons surpris écrivant des modèles po les enfans.
• Une Jesiucsprincipalei deU cilede Londres (iV«(« d„ lindmleur.)
MAGASIN TflEATRAL ÉTRANGER.
En voilà un scélérat !
SMlTn.
Il a dans sa poche un livre dans lequel il y a des étires rouges.
CADE
C'est, à coup sûr, un sorcier.
KICBAnO.
Il sait faire des contrats et écrire par abréviation.
CADE
J'en suis fâché pour lui : il m'a l'air d'un honnête homme, sur ma parole. A moins que je ne le trouve coupable, il ne mourra pas. Approche, mon ami, je veux l'interroger. Quel est ton nom 7
LE MAITRE d'école.
Emmanuel.
BICBAI\D.
Il a coutume de l'écrire au bas des lettres. — Tes affaires vont mal.
CADE
Qu'on me laisse lui parler. Est-ce que tu écris ton nom? ou bien as-tu ta marque particulière, comme doit l'avoir tout homme honnête et loyal 7