‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 228 sur 633 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

Lis plaines silue'es entre Darlfort cl Blacklicalli.

D'un côté est le camp du roi; de l'aulre arrive \011K ; le tambour bat, tes enseignes sont de- {jtoyées ; ses troupes sont à quelque distance.

York est enfin de retour; il a quitté l'Irlande; il vient revendiquer ses droits et arracher la couronne de ta tète du l'aibte Uenri. Cloches, sonnez à triple carillon! feux de joie, brûlez clairs et brillans, pour annoncer le roi légitime de l'Angleterre. Abl majesté sacrée, qui ne t'achèterait pas à tout priil Que ceux-là obéissent qui ne savent pas commander '. celle main ne saurait manier autre chose qu'un sceptre d'or. Pour donner à mes paroles le ion et l'action convenables, il faut que j'aie à la main un sceptre ou une êpée. Si Dieu me prèle vie, je perlerai un sceptre avec lequel je ferai voler eu l'air les fleurs de lis de France.

Arrire BUCKINGHAM.

YORK, continuant.

Qi[i s'avance vei s moi? c'est Buckingham. Viendiait-il s'opposer à ma marche V C'est le roi qui l'envoie sans doute. Dissimulons.

DUCKINGHAU.

York, si lu te présentes en ami, c'est eu ami aussi que je te salue.

YOKk.

Ilomfroy de Buckingham, j'accepte ton salul. H'apportes-tu un message, ou est-ce de ton propre mouvement que tu viens?

BL'CKINGHAU.

Je viens de la part de Henri, notre auguste inaiire, pour connaître les motifsde ces armemens PU pleine pau, et le demander pourquoi toi, sujet comme moi, infidèle 4 tes sermens et à tes de- \(iirs de sujet, lu as levé sans sa per:nissiou des troupes aussi nombreuses, et oses les conduire ('ails un rayon si rapproché de la cour. YORK, àpart.

Je puisa peine parler, tant mi colère est grande. Oh I je me sens capable de soulever des rocs, de comballre la pierre, tant je suia indigné de ce langage servile! Je pourrais, comme Ajax, CiU de Télamon, décharger ma fureur sur des bœufs et des moutons ! Je suis beaucoup mieux né que (c

roi; je ressemble plus à un roi que lui; j'ai ji pensées plus royales ; mais il me faut montrer un visage serein , jusqu'à ce qu'Henri suit plus faibte et moi plus fort. — (Haut.) 0 Buckingham, par donne-moi, je te prie, d'être resté si long-iei sans te répandre; une mélancolie profonde abi sorbait ma pensée. Le but que je me suis proposé e^ conduisant ici cette armée, c'est d'éloigner de il personne du roi l'orgueilleux Somerset, traitie | sa majesté et à l'état.

BtCKlNGHAH.

C'est de ta part un acte de présomption bie grande. Mais si tes armemens n'ont pas d'ault objet, le roi a fait droit à ta demande; le duc Somerset est à la Tour.

YORK

Sur ton honneur, est-il prisonnier?

BUCKINSSAM.

Sur mon honneur, il est prisonnier.

YORK

En ce cas, Buckingham, je vais licencier mes troupes. — [Faisant quelques pas vers son urmét.) Soldats, je vous rends grâces de vos services; dispersez-vous; venez me retrouver demain aux pré» de Saint-Georges; là vous recevrez votre solde, et tout ce que vous demanderez vous sera atfcordé. — (A Buckingham.) Diles à mon souveraii», au vertueux Henri, que je mets i sa disposiiioft l'alné de mes fils, — que dis-je, tous mes HIs, comme gages de ma fidélité et de mon affeolion, sans plus de répugnance que je n'en ai A vivrs. Terres, biens, chevaux, armures, tout ce que jf possède, qu'il en dispose, pourvu que Somcrsâ meure.

Dl!CKl:<GBAM.

York, je loue cette affectueuse soumission ; al* Ions tous deux à la lente du roi.

11 luidunue U'kr>s. > Anivent LE UOl IIE.XKl t< s* Suite.

LE ROI HENRI

Buckingham, York n'a donc aucun dessein du

nous nuire, que je le vois marcher ainsi avec Uji

dans une attitude amicale?

YORK

En toute humilité et soumission, York se pr4« seule à votre majesté.

LE ROI HENRI

Dans quelle intention as-tu amené ces troupeal

HENRI VI

Pour chasser d'ici le irailre Somersel, et pour coDibaUre Cade, cet infâme rebelle qui, ainsi que je viens de l'apprendre, a vu échouer ses projets.

Arrive IDEN, portant la tête de Cade.

S'il est permis à un homme aussi étranger aux usages des cours, d'une condition aussi obscure, de paraître en la présence d'un roi, permettez que je présente à votre majesté la tête de Cade, que j'ai tué les armes à la main.

LE nOI HENItl.

La léte de Cadel — Grand Dieul que tu es jiulel — Maintenant qu'il est mort, que je voie son risage, lui qui, vivant, m'a causé tant d'inquiétudes. Dis-moi, mon ami, est-ce loi qui l'as

!UéT

IDEN.

Oui, sire.

LE BOl HENRI.

Comment te nommes-tu? et quelle est ta coadilioD 7

IDEN.

Je me nomme Alexandre Iden; je suis un pauvre écujcr de Kent, dévoué à son roi.

EUC&INGBAU.

Avec la permission de votre majesté, il conviendrait, je crois, de le créer chevalier, eu récompense d'un si important service.

LE nOI HENRI.

Iden, mets un genou en terre ; (Iden fléchit le ^enoii.) maintenant, relève-toi chevalier. (Il se relève.) Je te donne mille marcs pour récompense, et leux qu'à dater de ce jour tu sois attaché à Dotie personne.

IDEN.

Puisse Iden se rendre digne d'une faveur si grande, et rester toujours fidèle à son souverain!

LE ROI EE^RI

Vois,Buckingham I Somerset vient avec la reine; la lui dire de se soustraire en toute hâte aux regards du duc.

irriveni LA REINE MARGUERITE et SOMERSET.

LA REINE HARGUERITE.

Pour raille York, il ne cachera pas sa tète; mais il le regardera face à face et sans crainte.

ÏORK.

Quoi donc? Somerset en liberté ! Eh bieni York, donne l'essor à les pensées long-temps compriiiêes, et que ta bouche soit l'interprète de ton tŒur. Endurerai-je la vue de Somersel? Koidé- Icyat, pourquoi as-tu violé avec moi ta parole, loi qui sais que je ne pais endurer un outrage ? 'aitoit de l'appeler roi ; non, tu n'es pas un roi , 'a n'es pas fait pour gouverner des peuples, toi

qui n'oses ni ne peux maîtriser un traître. Ta tête n'est pas formée pour une couronne ; ta main est faite pour tenir le biton du pèlerin, et non un sceptre auguste et redoutable. C'est 1 moi à ceindre mon front de ce cercle d'or, moi dontle sourire et la menace, comme la lance d'Achille, peuvent blesser et guérir tour à tour. Voilà une main capable de porter le sceptre et d'imposer des lois fortes et respectées. Fais-moi place : par le ciel, tu ne régneras plus sur celui que le ciel créa pour régner sur toi.

SOMERSET

0 traître infâme!— York, je t'arrête pour crime de haute trahison au premier chef, envers le roi et la couronne. Obéis, traître audacieux; demande grâce à genoux.

YORK

Tu veux que je m'agenouille? {Montrant du doigt son armie.) Permets d'abord que je demande à ces hommes s'ilssont gens i souffrir que je ploie le genou devant un homme. — {à l'un de ses officiers.) Va chercher mes fils pour qu'ils soient ma caution.

L'OfficiER s'iloigne.

YORK, continuant .

Je sais que plutôt que de me laisser aller en prison, ils mettront leurs épées en gage pour me racheter.

LA REINE UARGBERITE.

Allez chercher Clifford; qu'il vienne nous dire s'il entend que les fils bâtards d'York servent de caution au trailre leur père.

BucKiNGHAM s'éloigne.

YORK

Napolitaine au sang impur, rebut de Napics , sanglant Qéa'i de l'Angleterre, les fils d'Yurk, tes supérieurs en naissance, seront la caution de leur père; malheur à ceux qui la refuseront!

Arrivent, d'un côté, EDOUARD et RICHARD PLAN- TAGENET, à la télé de leurs troupes; de l' autre, CLIFFORD et SON FILS, o la tête des leurs.

YORE, continuant.

Tenez, les voilà qui viennent; je réponds qu'ils ne me démentiront pas.

LA REINE UABGDERITE.

Et voici Clifford qui arrive pour refuser leur caution.

CLIFFORD

Santé et heureux jours à mon seigneur le roi !

Il met un genou en Uirc.

YORE.

Je te remercie, Clifford. Eh bien I quelles nouvelles? Pourquoi ce regard irrité que lu nous lances? Nous sommes ton souverain, Cliffurd ; fléchis de nouveau le genou ; nous te pardonnons la méprise.

CLIFFORD

Voici mon roi, York; ie ne me méprends point. C'estt'abuserétraLgemenl que de le croire. Qu'on

MAGASIN THEATRAL ETRANGER

le conduise à BedIamM Est-ce qu'il est devenu fou î

LE nOI HEKM.

Oui, ClilTord; une folle et ambitieuse frénésie le porte à se poser l'adversaire de son roi.

CLIFFORD

C'est un traître : qu'on le mène à la Tour, et que sa tête séditieuse soit tranchée.

On lui a signifié son arrestation; mais il refuse d'obéir : ses fils, dit-il, lui serviront de caution.

YORK

Le voulez-vous, mes fils?

EDOUARD

Oui, mon noble père, si notre parole suffit.

RICHARD

Et ce que notre parole ne pourrait faire, nos cpées le feront.

CLIFFORD

Quoi donc 7 Quelle nichée de traîtres avons-nous donc ici?

YORK

Regarde dans un miroir, et tu y verras l'image d'un traître. Je suis ton roi, et toi, tu es un imposteur et un rebelle. Qu'on aille chercher mes deux ours vaillans, afin qu'ils soient de la partie, et que le seul bruit de leur chaîne frappe d'épouvante ces dogues hideux autant que lâches. Dites à Salisbury et à Warwick de venir me trouver.

Bruit de tambours. idci-ii/entWARWICK et SALIS- BURY, à la tête de leurs troupes.

CLIFFORD

Sont-ce là tes ours"? Si tu oses les amenerdans la lice, nous les harcèlerons jusqu'à ce que mort s'ensuive, et avec leur chaîne nous garrotterons leur gardien.

J'ai vu souvent des dogues présomptueux mordre l'ours par derrière; mais lorsqu'ils se trouvaient sous sa patte redoutable, aussitôt ils mettaient la queue entre les jambes, et jetaient les hauts cris. Vous en ferez tout autant, si jamais il vous arrive de vous mesurer avec lord Warwick.

CLIFFORD

Arrière, amas de laideur et de rage, masse indigeste et hideuse, dont l'ame est aussi difforme que le corps I

YORK

Tout-à-l'heure nous te frotterons de la belle m.inière.

CLIFFORD

Prenez garde de vous endommager les doigts à cet exercice.

' Hôpital des fous. (Note dit traducteur.')

" Les Ne'vil , comtes de Warwick , avaient sur leur

c'cu un ours rampant cnclialn^- à un rameau dépouille.

iNate du traducteur.)

LE ROI BEKRI

Quoi donc, Warwick, tes genoux ne savcnt-ilg plus fléchir ? — Vieux Salisbury, honte à les cheveux blancs, guide insensé d'un fils sans cervelle! ^- Eh quoi I tu veux sur ton lit de mort jouer le rôle d'un scélérat, et vieillard en lunettes, te chercher desdouleurs? Où est donc lafoi? Où estlaloyauté? Si elles sont bannies de ta tête glacée, où trouveront-elles un refuge sur la terre? Veux-tu creuser le sol pour y trouver la guerre, et souiller de sang ta vieillesse vénérable? Comment, à ton ige, manques-tu d'expérience? ou si tu en as, pourquoi en fais-tu un si mauvais usage? Quelle honte! Rentre dans le devoir, et fléchis le genou devant moi, loi qui fléchis déjà sous le fardeau de l'âge.

SALISBURY

Mylord, j'ai attentivement examiné les titres de cet illustre duc ; et, dans ma conscience, je le ri garde comme le légitime héritier du trône d'Ani gicterre.

LE ROI HENRI

Ne m'as-tu pas juré fidélité?

SALISBURY

Oui.

LE ROI HENRI

Peux-tu le dégager avec le ciel d'un tel ser ment ? rt

SALISBURY

C'est un grand crime de faire un serment cou-, pable, mais c'est un crime plus grand de le le nir. Quel serment solennel peut obliger un homme à commettre un meurtre ou un vol; à violer la chasteté d'une vierge pure et sans tache ; à frustrer l'orphelin de son patrimoine; à dépouiller la veuve de ses droits légitimes? Lui suffirait-il, pour excuser ces actes, de dire qu'il s'y était engagé sous la foi du serment?

LA REINE MARGUERITE

La trahison n'a pas besoin d'être étayéc du sophisme. '

LE ROI HENRI. 'I

Qu'on aille dire à Buckingham de s'armer. 'j

Appelle à ton aide Buckingham cl tous les amin qui le restent; ma résolution est prise; je veux lnj mort ou la royauté.

CLIFFORD

Je te garantis la première, si mon rêve de 11 nuit dernière s'accomplit.

WARWICK

Tu ferais mieux d'aller au lit cl de rêver en core que de venir affronter la tempête du champ> de bataille. "'

CLIFFORD. '

,Ic suis homme à soutenir de plus terrible»" orages que tu ne pourras en soulever aujourd'hui : c'est ce que mon épée se propose d'écrire sur ton casque, si je puis le reconnaître à l'emblême de ta maison,

WARWICK

J'en jure par les .irmoiries de mon pcro, je^^ porterai aujourd'hui sur mon casque l'antique

HENRI VI

emblt^me ilcs Nùvil, l'ours rampant enchaîné à rameau dépouillù; et pareil au cèdre de la montagne qui conserve son feuillage en dépit des autans, je le porterai si haut et si lier, que tu n'en pourras soutenir la vue.

CLIFFOno.

J'arracherai ton ours de dessus ton casque, et en dépit de son gardien , je le foulerai sous mes pieds avec mépris.

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