IDEM
Tant qu'il y aura une Angleterre au monde, il ne sera pas ditqu' Alexandre Iden, écuyer de Kent, s'est mesuré avec un pauvre diable affamé. Regarde-moi fixement ; vois si tes yeux feront baisser les miens; membre contre membre, tu es loin de me valoir; ta main n'est qu'un doigt, comparée à mon poignet; ta jambe est â la mienne ce qu'est une badine à un gourdin ; et si je lève le bras en l'air pour te frapper, ta fosse est déjà creusée en terre; quant à te tenir tête dans un combat de paroles, que cette épée supplée à ma langue.
CADE
Par ma valeur, voilà le plus ferme champion que j'aie entendu de ma vie. — (A son épée.) Acier, si ton fil s'émousse, si avant de dormir dans le fourreau, tu ne découpes pas en tranches l'échiné de ce grand butor, puisses-tu être changé en clou. [Us combattent ; Code tombe.) Ohl je suis morti La faim, la faim seule m'a tué ; quand dix mille diables viendraient m'attaquer, qu'on me donne seulement les dix repas que j'ai perdus, et je les défie tous. Jardin, flétris-toi ; et sois désormais un lieu de sépulture pour tous les habitans de cette maison, puisqu'ici l'ame indomptée de Cade s'est envolée.
IDEN.
Est-ce donc Cade que j'ai tué, Cade, ce traître infâme? 0 mon épée, cet exploit te sanctifie à mes yeux; quand je serai mort, tu seras suspendue sur ma tombe ; je ne veux point effacer le sang dont ta lame est rougie; tu le garderas comme un glorieux écusson, emblème de l'honneur que ton maitre vient d'acquérir.
CADE
Iden, adieu, et sois fier de ta victoire. Dis de ma part au pays de Kent qu'il a perdu le meilleur de ses fils ; recommande à tous les hommes d'être des lâches; car moi, qui n'ai jamais eu peur de personne, je suis vaincu par la faim et non par la valeur.
11 meurt.
IDEN.
Tu me fais injure*, le ciel m'en est témoin. Meurs, infernal scélérat, la malédiction de celle qui te porta dans ses flancs; de même que j'enfonce mon épée dans ton corps, que ne puis-je précipiter ton ame en enfer I Je vais te trainer par les talons sur un fumier qui te servira de sépulture; là, je couperai ta tète odieuse et la porterai en triomphe au roi, laissant ton corps servir de pâture aux corbeaux.
Il s'éloigne avec ses domestiques, traînant après lui le cadavre.
' En me supposant sur ton compte 1 avantageuse. (Note du traducteur.)
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MAGASIN THEATRAL ETRANGER