‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 244 sur 633 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

Uq champ de bataille entre Towlon et Saxton, dans lYorkshire.

Bruit de irompeltes. Escarmouches. Arrive WAR- WICK.

WARWICK

ilccablâ de fatigue , comme celui qui a disput

le prix de la course, je vais m'étendre ici un moment pour reprendre tiale-ne : car les coups reçus et rendus ont épuisé mes forces, et il faut que je prenne un instant de repos.

EDOUARD arrive en courant.

EDOUARD

Souris-moi, ciel propice! ou frappe-moi. mort impitoyable! car ma fortune s'assombcit, et le soleil d'Edouard est éclipsé.

Arrive GEORGE.

WARWICK

Eh bien! mylord , que nous annoncez-vous t Quel espoir nous reste?

GEORGE

Je n'ai â vous annoncer que des revers; notre espoir a fait place à un affreux désespoir. Nos rangs sont rompus, et la destruction nous poursuit. Quel conseil donnez-vous? Où fuironsnous T

ÉDOCARD.

La fuite est inutile; ceux qui nous poursuivent ont des ailes; et dans l'épuisement où nous sommes, nous ne pouvons leur échapper.

Arrive RICHARD.

RICHARD

AhtWarwick! pourquoi as-tu qui ttéle combat? la terre altérée a bu le sangde ton frère; lalame de Clifford l'a percé de sa pointe acérée; dans l'agonie de la mort, sa voix, pareille au son lointain d'une harmonie lugubre, sa voix criait : aWarwick, vengemoi! mon frère, venge ma mort!» Et sous les pieds de leurs chevaux, dont les fanons trempaient dans son sang fumant encore, le noble gentilhomme a rendu l'ame.

WARWICK

Allons, que la terre s'enivre de notre sang; je vais tuer mon cheval , car )e ne veux pas fuir. Pourquoi restons-nous ici à pleurer nos dés,^^tles, comme des femmes timides, pendant que l'ennemi promène au loin sa rage? Pourquoi demeuronsnous spectateurs immobiles, comme si c'était une tragédie jouée pour notre amusement par des personnages fictifs? Je jure ici, à genoux, devant Dieu, de ne plus prendre de repos, de ne plus m'arrêter, que la mort n'ait femié mes yeux, ou que la fortune ne m'ait accordé une ample vengeance.

EDOUARD

0 Warwickl je m'agenouille avec toi, et dans ce i-jrmcnt mon ame s'associe à la tienne. — Av.mt que mon genou se détache de la terre, dont il presse la froide surface, je tends vers toi mes mains, mes yeux, mon cœur, Dieu qui fais et dé-

MAGASIN THEATRAL ETRANGER

fais les rois ; te suppliant, si c'est ta volonté que ce corps devienne la proie de mes ennemis, d'ouvrir pour moi les portes radieuses du ciel, et d'accueillir avec bonté mon ame pécheresse. — Maintenant, mylords, adieu, jusqu'au revoir, que ce soit au ciel ou sur la terre !

BICnAKD.

Mon frère, donne-moi ta main ; — et toi, mon cher Warwick, laisse-moi te presser dans mes bras fatigués. Moi qui n'ai jamais pleuré, je pleure maintenant en voyant l'hiver détruire ainsi l'espoir de notre printemps.

WAKWICK.

Partons, partons I Encore une fois, adieu, mylords.

CEORGE.

Allonsensemble rejoindre nos troupes; donnons la permission de fuir à ceux qui refuseront de rester; quant à ceux qui ne voudront pas nous quitter, appelons-les nos plus feimes appuis; promettons-leur, si nous triomphons, les récompenses que dans les jeux olympiques on décernait aux vainqueurs. Cela peut rappeler le courage dans leurs cœurs chancelans; car il y a encore espoir de vivre et de vaincre. Ne différons plus; partons résolument.

Ils s'éloignent.

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