‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 247 sur 633 · CI.IFFOBD · texte numérisé non relu

CI.IFFOBD

le flambeau de mesjours touche à sa fin; c'est ici qu'il va s'éteindre, lui qui, tant qu'il a duré, a éclairé les pas du roi Henri. O Lancastre, je déplore la cliute bien plus que la séparation de nom corps d'avec mon ame. L'affection et la crainte que j'inspirais t'avaient rattaché un grand nombre d'amis. Maintenantque je succombe, ces liens énergiques vont se détendre. Affaiblissant Henri de toute la force qu'il donne à son rival, le peuple accourt en foule grossir les rangs de l'orgueilleux York. Ainsi puUul'nt les mouches dans les chaleurs de l'éié. Est-ce que les moucherons ne volent pas toujours vers le soleil? et qui brille aujourd'hui, sinon les ennemis de Henri? 0 Pbcbusl si tu n'avais permis que Phaéton conduisît tes fougueux coursiers, ton char brûlant n'eût point embrasé la terre. Et toi, Henri, si tu avais gouverné comme doit gouverner un roi, comme avaient fait ton père et ton aïeul, si tun'avaispas laisséprendre pied à la maison d'York, on ne verrait pas maintenant pulluler son parti comme les insectes en été. Moi, et des milliers d'autres dans ce malheureux royaume, nos veuves ne seraient pas condamnées à pleurer notre mon; et toi, tu aurais jusqu'à ce jour régné en paix. Car n'est-ce pas sous un ciel doux que croissent de préférence les plantes malfaisantes? et qui enhardit les brigands, sinon un excès d'indulgence? Mais mes plaintes sont inutiles, et mes blessures incurables; tous les chemins sont fermés à la fuite. L'ennemi est impitoyable, et il sera sans pitié, car je n'en ai point mérité de sa part. L'air a pénétré dans mes blessures mortelles, et le sang que j'ai répandu me fait défaillir. Venez, York, Richard, Warwick, venez tous; j'ai poignardé votre père, poignardez-moi.

il s'évanouit.

On entend sonner la retraite. jÉiriienl EDOUARD, GEOKGE, RICHARD, MONÏAIGU , WARWICK, et DES Soldats,

tDOUAKD.

Respirons maintenant, mylords; notre bonne fortune nous permet de prendre du répit, et d'6claircir par le sourire delà paix le front menaçant ait la guene. Quelque» troupes soutà la poursuite

de la reine sanguinaire qui conduisai. l'impassible Henri, tout roi qu'il était, comme une voile enflée par un vent frais fait avancer un navin- » travers les flots écunicux. Mais pensez-vous ipji: Clifford ait fui avec eux?

WARWICK

Non, il est impossible qu'il échappe; car voim frère Richard, qu'il me permette de le dire r.n m présence, l'a marqué pour le tombeau; et ui qu'il soit, il est sûrement mort.

GiilToril exhale ud sourd ge'missement el meurt.

ÉDOCARD.

Quel est celui dont l'ame prend son congé douloureux?

BICBAItD.

C'est un gémissement lugubre comme celui qui marque le passage de la vie à la mort.

EDOUARD

Vois qui c'est, et maintenant que la bataille esl finie, ami ou ennemi, qu'on le traite avec humanité.

BiCBARD, aprùs s'être baissi pour reconnaiire le cadavre.

Révoque cet ordre de clémence; car c'est Clifford, qui, non content, en donnant la mort à Rolland, de couper la branche au moment où elle déployait son naissant feuillage, a porté sa cognée meurtrière à la racine d'où était sortie cette tige charmante, et égorgé notre illustre père, le duc d'York.

WARWlCK.

Qu'on enlève des portes d'York la tête de votre père, que Clifford y avait placée, et qu'on lui substitue celle-ci ; il faut lui rendre mesure pour mesure.

ÈDODABD.

Amenez devant nous ce hibou fatal à notre maison.dontla voix sinistre ne présagea que des malheurs à nous et aux nôtres. A présent la mort va étouffer ses accens fatals et lugubres, et sa vjix funèbre ne se fera plus entendre.

WARWlCK.

Je pense qu'il a perdu toute espèce de sentiment. Réponds, Clifford; connais-tu celui qui te parle ? Les ombres de la mort ont voilé le flambeau de sa vie; il ne nous voit ni ne nous entend. Des soldats apportent le corps de Clifford. RtCDARD.

Oh! plût à Dieu qu'il fût encore vivant I Qui sait? il nous entend peut-être; c'est une feinte pour se soustraire aux sarcasmes amers qu'il a prodigués à notre père au moment de sa mort.

GEORGE

Si tu le crois, irrite-le par des paroles blesi.; santés.

RICHARD

Clifford, deiDande grâce pour ne pas l'obtenir.

EDOUARD

Clifford, Tepeu»-toi iautiUmeni,

HENRI Vf.

WiRWICK.

Clifford, cherche des excuses pour justifier tes torts,

GEORGE

Pendant que nous chercherons des tournoens pour t'en punir.

RICHARD

Tu aimais York, et je suis son fils.

ÉDOCIRD.

Tu as eu pitié de Rutland; j'aurai pitié de toi.

GEORGE

Où est le général Marguerite, pour te défendre aainicnant?

WIRWICE,

Ils se moquent de toi, Clifford ; jure comme tu en avais l'habitude.

RICHARD

Quoil pas un jurement! il faut que les choses aillent bien mal pour que CliSord n'ait pas uneim* précation au service de ses amis. A ce signe-là, je reconnais qu'il est bien mort. Sur mon ame, si par le sacrifice de ma main droite je pouvais lui racheter deux heures de vie qui me permettraient de le railler à mon aise, ma main gauche la couperait sur-le-champ ; et je le forcerais à en boire le sang jusqu'à en étouffer, le scélérat dont le sang d'York et de Rutland n'a pu étancher la soif inextinguible.

VfARWICK.

Oui, mais il est mort ; qu'on tranche la tête du traiire, et qu'on la mette â la place de celle de votre père. — {A Edouard.) A présent, marchons en triomphe sur Londres, pour vous y faire cou- j

rouner roi d'Angleterre. De là, Warwick, fendant les mers, se rendra en France, afin d'y demander pour vous la main de la princesse Bona; ainsi vous unirez les deux pays par un étroit lien ; ayant la France pour alliée, vous ne craindrez plus vos ennemis dispersés qui espèrenl,se releverencore. Bien qu'ils ne puissent plus vous faire grand mal, attendez-vous néanmoins à être importuné encore de leur bourdonnement. Je veux d'aboi d vous voir couronner ; puis, si vous l'approuvez, je passerai la mer, et j'irai en Bretagne conclure ce ma riage.

ËDOCARD.

Fais ce que tu jugeras convenable, cher War« wick; car tu es le plus ferme appui de mon trône, et je n'entreprendrai jamais rien sans ton conseil et ton consentement. Ricbard, je le créerai duc de Gloster, — toi, George, duc de Clarence. — Quant â Warwick, il pourra, comme nous-méme, faire et défaire à son gré.

RICBACD.

Laissez-moi être duc de Clarence, et que George soit duc de Gloster; le duché de Gloster porte malheur*.

WIRWICK.

Bah! c'est un enfantillage; Richard, sois duc de Gloster. Maintenant, allons à Londres nous mettre en possession de ces honneurs.

Ils s'éloi§Gent.

* Il fait atlusioD, sans doute, à la fîa traoiquedeTliomas deWoodstock, et de Homfroi, ducs de Ôlosl^r, voir les deux pr<:mière3 parties d'Henri VI. (Note du ti-adnO' teur.)

riN DC DEUXIEUE ACTE.

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