‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 26 sur 633 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

Les jardins Je l'abbaye de Swinstead.

Arrivcnl LE PRINCE HENRI , SALISBURY et BIGOT.

Il est trop tard ; toute la masse du sang est atteinte, et si l'on juge par l'incohérence de ses discours de l'éiat de son cerveau, cette fragile demeure de l'ame, au dire de quelques-uns, tout annonce la fin prochaine de sa vie mortelle.

Arrive PEMBUOKE

PËUBROKE.

Le roi parle encore; il croit que l'air extérieur calmerait les feux brùlans du fatal poison (|i]i le dévore.

UENUI.

Qu'on le fasse porter ici dans le jardin.

BiCÛT s'i'loupic.

Il est plus calme que lorsque vous l'avez qniiié; tout-à-l'heure encore il chantait.

0 symptômes trompeurs! les maux portés à l'extrême finissent par n'être plus semis. La mort, après avoir agi sur les parties extérieures, les laisse insensibles; et son siège est maintenant dans l'intelligence, qu'elle tourmente et torture par une muliilude de fantaisies bizarres qui, se pressant en foule dans ce dernier refuge, s'y perdent et s'y égarent. Il est étrange qu'on chante aux approches de la mort. — Je suis le fils de ce cygne royal, dont la voix faible et plaintive chante son hymne de mort, et, dans une mourante harmonie, berce le corps et l'ame prêts àdormir de l'élernel sommeil.

SALISBURY

Prenez courage, prince; car vous êtes destiné k mettre l'ordre dans le chaos que va vous léguer votre père.

Revient BIGOT, avec LE ROI JEAN qu'on porte dans utt fauteuil.

LE ROI JEAN

Ah! maintenant mon ame a de l'espace! les fenêtres et les portes ne lui suffisaient pas. Tous les feux de la canicule sont dans mon sein; tous mes viscères consumés tombent en cendres. Je suis comme une figure dessinée à la plume sur un parchemin ; je me crispe el me raccornis à la chaleur de ce brasier.

UENRI.

Comment se trouve votre majesté?

LE ROI JEAN

Fort mal! — empoisonné, mon, condamné, perdu; — et nul de vous n'ordonnera à l'hiver de rafraîchir ma gorge de ses doigts glacés, ne détournera le cours des fleuves de mon royaume, pour faire couler leurs flots à travers mon sein embrasé; nul ne demandera au nord d'ordonner à ses vents d'effleurer de leur souffle mes lèvres desséchées et de me soulager de leur froidure. — Je ne vous demande pas grand' chose; je ne vous demande que de la fraîcheur; et ce peu, vous êtes assez avares, assez ingrats pour me le refuser.

HENRI

Oh! s'il y avait d.ins nirs larmes une vertu qui pùl vous soulager I

LE r.ul JlvAN.

Le sel qu'elles conlieniienl est i liaud. — L'enfer est dans mon sein ; \ii le poison, établi comme un démon impitoyable, tyrannise mon sang irrévo-

c-abU'Uicnt coiulainnc.

34 MAGASIN THEATPvAI. liTRANGEIl

An-tve LE CATAr.I».

Page 1