‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 268 sur 633 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

Le ehamp de bataille de Temksbury.

Bruit de trompettes. Escarmouches ; puis on entend sonner la retraite. Arrivent LE ROI EDOUARD, CLARENCE, GLOSTER, n la tête de leurs troupes, et amenant LA REINE MARGUERITE, OX- FORD et SOMERSET, prisonniers.

LE ROI EDOUARD

Nous voilà enfin au terme de ces tumullucux discords. Qu'Oxford soit sur-le-champ conduit au cli.Mcau de Ham '. Quant à Somerset, qu'on tranche sa tête coupable. Qu'on les emmène; je ne veux pas les entendre.

OXFOnD.

Pour ce qui fil de moi, je ne t'importunerai pas de mes paroles.

SOMERSET

Ni moi non plus; je me résigne à mon sort. Des Gardes emmènent Oxford et Souerset.

LA REINE MARGUERITE

Nous nous quittons avec tristesse dans cette vie de douleurs, pour nous rejoindre avec joie dans la bienheureuse Jérusalem.

LE ROI EDOUARD

A-t-on fait publier que celui qui trouvera Edouard recevra une forte récompense et que le jeune prince aura la vie sauve T

GLOSTER.

On l'a fait; et, tenez, voilà le jeune prince qui s'avance.

^i-ritie LE PRINCE EDOUARD, conduit par des Soldats.

Le roi Edouard

assied, Cla place l se!

cAtés.

; et Gloster prenoent

* Cliâlcau de Picarili( demi plus tari!, a reçu le du traducteur.)

qui,

rois siècles et i les X . (Noie

LE ROI i'^OUARD.

Amenez ici ce galant; je veux l'entendre. Eh quoil une épine si jeune peut-elle déjà piquer? Edouard, quelle justification peux-lu offrir pour avoir porté les armes contre moi, et soulevé mei sujets, et pour tous les embarras que tu m'as causés?

LE PRINCE Edouard.

Parle en sujet, arrogant, ambitieux York! Suppose qu'en ce moment c'est la voix de mon pi-re que tu entends; cède-moi ton siège, et à la place où je suis , agenouille - toi , pendant que je te ferai les mêmes questions, traître, que tu as l'audace de m'adresser.

LA REINE MARGUERITE

Ahl que ton père n'a-t-il eu ta résolution!

GLOSTER.

Tu porterais encore le cotillon, et tu n'aurail§li

pas usurpé les culottes de Lancastre.

LE PRINCE Edouard.

Qu'Ésope garde ses contes pour les veilléea

d'hiver; ses grosbiers apologues ne sont pas de

mise en ce lieu.

clostsr.

Par le ciel, enfant mutin, je te punirai de cette iqsolence.

la REINE MARGUERITE.

Oui, sans doute; car tu naquis pour le cbiti« ment des hommes.

GLOSTER.

Pour Dieu, qu'on nous délivre de cette captive impudente.

LE PRINCE EDOUARD

Qu'on nous délivre plutôt de ce bossu insoIeaU

HENRI VI

Le r.OI ÉDODARD.

Silence, présomptueux enfant, ou je saurai enchaîner la langue.

CLARKSCE.

Enfant indiscipliné, tu te conduis bien mal. LE pr.iNce ÉDouAr.D.

Je connais mon devoir; c'est vous tous qui méconnaissez le vôtre. Impudique Edouard, — et toi, parjure Georges, — et toi, djlïorme Richard, je vous le dis à tous, je suis votre supérieur, vous n'êtes que des traîtres, — (a£doiiard) et toi, (u usurpes les droits de mon père et les miens.

LE ROI ÊDOIIARD.

Tiens, voilà pour toi, image de cette insolente.

11 lut doDoe un coup de poignard.

GLOSTER.

Tu te débats contre la mort? Tiens, voilà pour 6nir ton agonie.

Gloster lui donne un second coup de poignard.

CLARENCE

Et voilà pour m'avoir traité de parjure. Clarcnce luidoDoe an troisième coup de poignard. L* REINE UARGCERITE.

Ohl tuez-moi aussi!

C'est ce que je vais faire.

Il l'eve le tras pour la frapper.

LE ROI EDOUARD

Arrête, Richard, arrête; nous n'en avons déjà que trop fait.

ClOSTER.

Pourquoi la laisser vivre ? Pour qu'elle aille remplir l'univers de ses clameurs?

La reine Marguerite s'évanouit.

LE ROI EDOUARD

Ciel I elle s'évanouit ; faites-la revenir à elle.

GLOSTER.

Clarence, excuse mon absence auprès du roi ion frère : une affaire importante m'appelle à Londres; avant d'y arriver, compte que tu apprendras des nouvelles I

CtAREKCS.

Quoi donc? quoi donc ?

GLOSTER.

La Tour I la Tour I

Il s'éloigne. La reine Marguerite, revenae à elle, presse dans ses brai le corps de son fils.

LA RStNE HARCtlERITE.

0 Edouard, cher Edouard! parle à ta mère, 9 mon fils! Est-ce que tu ne peux plus parler? — O traîtres! ô meurtriers! Ceux qui poignardèrent César n'ont point versé de sang; ils étaient innoccns, purs de tout blâme, comparés aux auteurs i de cet abominable lorl;nt. C'était un homme, lui; | celui-ci n'était en quelque sorte qu'un enfant, et |

jamaisdes hommesne déchargent leur furie sur un enfant! Si je connaissais un nom plus odieux que celui de meurtrier, je le leur donnerais. Non, non, mon cœur va éclater si je parle; — eh bien! je veux parler, pour que mon cœur éclate. Bourreaux! scélérats! cannibales sanguinaires! Quelle plante charmante vous avez moissonnée avant le temps! Vous n'avez point d'enfant, bourreaux! Si vous en aviez, leur souvenir eut éveillé la pitié dans vos cœurs, liais si jamais vous avez un enfant, .itcndez-vous à le voir immoler dans sa (leur, C'in.jue vous avez, minisires de mort, égorgé ce piincc jeune et charmant.

LE ROI EDOUARD

Qu'on l'emmène; enlrainez-la de force.

LA ReiMR UinCOEr.ITE.

Ne m'arrachez pas de ce lieu; f.iites-moi mourir ici. — {Au roi Edouard.) Tiens, voilà ma poitrine ; frappe, je te pardonoeraimamort. Ehquoi! tu me refuses? — Eh bien, toi, Clarence, donnemoi la mort; je t'en conjure.

ClARFSCE.

Par le ciel, je me garderai bien de te rendre un aussi grand service.

LA REIIIE MARGUERITE,

Mon bon Clarence, mon cher Clarence, je t'en supplie.

CLARENCE

Ne m'as-tu pas entendu jurer que je n'en ferais rien ?

LA REINE IIARGUERITE.

Oui; mais tu es dans l'habitude de te parjurer: ton premier parjure était un crime, celui-ci sera un acte d'humanité. Eh quoi! tu ne veux pas' — Où est ce boucher infernal , le hideux Richard 7 Richard, où es-tu 7 tu n'es pas ici. Ta charité, i toi, c'est le meurtre : on ne t'a jamais demandé du sang sans partir satisfait.

LE ROI EDOUARD

Qu'on l'emmène, vous dis-je I Emmenez-la , je vous l'ordonne I

LA REIKE MARGUERITE.

Puissiez-vous, vous et les vôtres, avoir le sort de ce jeune prince I

On l'entraîne.

LE ROI EDOUARD

Oit est allé Richard ?

CLARENCI.

A Londres, à franc étrier ; je conjecttire qu'il est allé faire à la Tour un souper sanglant.

LE ROI EDOUARD

Quand une idée lui vient en tète, l'cxécutioii suit de prés. Maintenant, quittons ce lieu ; que les soldats retournent chez eux avec leur solde et des remerciemens. Quant à nous , parlons pour Londres; allons voir comment se porte notre charmante reine. En ce moment j'espère qu'elle m'a donné un fils.

Uls'éloignCDt.

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