‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 272 sur 633 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

Londres. — Une lUc.

Arrive GLOSTER.

CLOSTER

l.e soleil d'Yuik' a changé en été radieux l'hiver de nos disgrâces, et tous les nuages qui pesaient sur notre maison sont ensevelis dans les profonds abimes de l'Océan. Maintenantles palmes de la victoire ceignent nos fronts; nos glaives ébréchés sont suspendus en trophées; de joyeuses réunions ont remplacé nos redoutables prises d'armes, et à nos marches guerrières ont succède les doux accords de la danse. Le guerrier farouche a déridé son front menaçan;; et maintenant, au lieu de monter son cheval de bataille et de porter l'effroi au cœur de nos ennemis, il danse d'un pied léger dans l'appariement des femmes, aux sons enchanteurs'd'un luth voluptueux. Mais moi, qui ne suis pas fait pour me livrer aux folâtres ébats, ni pour me regarder amoureusement dans une glace; moi qui, grossièrement façonné, n'ai point ce qu'il faut pour étaler mes grâces sémillantes devant une nymphe agaçante et légère ; moi, à qui la capricieuse nature a refusé les belles proportions et les nobles traits; moi qu'elle envoya avant terme dans ce monde des vivans, difforme, incomplet, à peine ébauché, et encore d'une manière si défectueuse et si disgracieuse, que les chiens, lorsque je passe prés d'eux en boitant, aboient après moi ; — durant ces amuscmens cllèniinés de la paix, il ne me reste, à moi, d'autre passe-temps que de regarder mon ombre au soleil, et d'analyser ma propre difformité. — Eh bien! puisque le rolo de galant ne me va pas, et que je n'ai point le don de plaire, je .^uis dé terminé i devenir un scélérat et à prendre en haine ces frivoles plaisirs. Déjà, par des trames dangereuses habilement ourdies, mettant en jeu d'absurdes prédictions, des libelles et des songes, j'ai su exciter entre mon frère Clareuce et le roi une haine mortelle; et si le roi Edouard montre autant de droiture et de justice que j':ii su déployer de ruse, d'artifice et de perfidie, ce jour même doit voir Clareuce emprisonné, en conséquence d'une prophétie qui annonce que G — ; sera le meur-

• Edouaril IV avait pris pourdtvisc un soleil, en mémoire des trois soleils qui lui étaiect. dit-on, apparus le jour de la vicloire i|u'il remporla sur la maison de l.ancaslre à la Croix de Morlinier. Voir l.i troisième jiailic d'Ucuii VI, acte II, scèoe I. (Note du traditcicur.)

trier des héritiers d'Edouard Rentre?, mes pea- ^c■cs, dans le fond de mon amc I voici Clarence.

Airivml CLARENCE, escorté par des gardes, et BRARENBLRY.

GLOSTEr., cOKlinimiK.

Bonjour, mon frère. Pourquoi cette troupe armée qui accompagne votre aliesse?

CLARENCE

Sa majesté, dans sa sollicitude pour la silreté de ma personne, m'a donné cette escorte pour me conduire à la Tour,

CLOSTEU.

Pour quel motif?

CLARENCE

Parce que je m'appelle George.

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