‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 279 sur 633 · LES DEUX ASSASSINS · texte numérisé non relu

LES DEUX ASSASSINS

Oui, oui.

CLARENCE

C'est à peine si vous avez le cœur de le dire vous n'aurez donc pas le cœur de le faire. Ei quoi, mes amis, vous ai-je olVcnsës?

PREMIER ASSASSIN

Ce n'est pas nous, mais le roi, que vous ave: offensé.

On doit me réconcilier avec lui.

DEUXIÈME ASSASSIN

Jamais, mylord. Ainsi préparez-vous à mourir

CLARENCE

Aviz-vous donc été choisis intie tous pou Cjjoi;;!:! rmuucciil? yuel est mou cnme! quel

RICHARD III

témoignages dpp'is<M)t contre moi ? Quel jury légal a donné son \pi,lict au juge sévère? et qui a proniinoé contre Cl^rcnce la terrible sentence de mon*? Avant que la loi m'ait condamné, me menacer de la mort est un acte illégal. Au nom de la réJeinpiioii que vous espérez, par le sang précieux du Clirist versé pour nos péchés, je vou> somme de sortir d'ici , et de ne pas porter la main sur moi. L'action que vous voulez faire fous daiDDerait.

PRKUIEH ASSASSIN.

Dans ce que nous voulons faire, nous n'agissons que par ordre.

DEUXIÈME ASSASSIN

Et celui qui nous a donné cet ordre est notre roi.

CLARENCE

Aveugle vassal I le roi des rois a écrit dans les tables de sa loi : a Tu ne tueras point, n Voulezvous donc enlrcindre son commandement, pour obéir à celui d'un homme? Prenez garde; car il tient dans sa main la vengeance, pour la faire éclater sur la tête des violateurs de sa loi.

DECXIÊVE ASSASSIN.

Cette même vengeanee, il la darde sur toi, coupable que tu es de parjure et de meurtre. Tu avais juré sur l'eucharistie de combattre pour la maison de Lancastre ; —

PKEUIEB ASSASSIN.

Et traître au nom de Dieu, tu as violé ton serment ; et ton poignard félon a déchiré le flanc du fils de ton souverain, —

DECXIÉHE ASSASSIN.

Que tu avais juré de protéger et de défendre.

rKEXlEK ASSASSIN.

Comment peux-tu alléguer la loi redoutable de Dieu, toi qui l'as enfreinte d'une manière si flagrante ?

CLARENCE

Hêlas ! pour qui ai-je commis cet acte coupable? Pour Edouard, pour mon frère, pour lui seul ; il ne vous a pas chargé de me tuer pour cela, car il a trempé dans ce crime aussilargement que moi. Si Dieu veut en tirer vengeance, il saura faire éclater ses chàtimens au graudjour. Laissez a son bras puissant le soin de sa querelle. Il n'a pas besoin de recourir à des moyens indirects et illégaux pour retrancher du monde ceux qui l'ont oHeusê.

PREMIER ASSASSIN

Qui donc l'avait rendu le ministre de sa colère, le jour où ce jeune et vaillant Plantagenet, qui proinettaii un si brillant avenir, tomba mort sous tes coups?

CLARENCE

Mon affection pour mon frère, le démon et ma race.

■ Ce passage prouve ^ne do temps de Sbakspeare l'in^titulf.ti «iu jurv eu Angleterre était déjà aocicane et fiiivt tUui Itî majui'S. (ÏVu^e du traducteur).

PREMIER «SftsSIN.

Eh bien , c'est notre affpctinn pour ton frère, notre devoir et ton crime, qui nous amènent ici pour t'égorger.

CLARENCE

Si vous aimez mon frère , ne me haïssez pas; je suis son frère, et je l'aime tendrement. Si c'est la promesse d'un salaire qui vous fait agir, retirez-vous, et je vous adresserai à mon frère Gloster, qui vous paiera ma vie à plus haut prix qu'Edouard ne vous eûi payé ma mort.

DECXIÊMI ASSASSIN.

Vous êtes dans l'erreur; votre frère Glostcr vous hait.

CLARENCE

Oh! non; il m'aime, et je lui suis cher. Allez le trouver de ma part.

LES DECX ASSASSINS.

C'est bien aussi ce que nous comptons faire.

CLARENCE

Dites-lui que le jour où York, notre illustre père, étendit son bras victorieux sur ses trois fils pour les bénir, et nous recommanda de toule la chaleur de son ame de nous aimer les uns les autres, il était loin de prévoir cette brèche r.iiie à uotic arniii^. Dites cela à Gloster; et vous le verrez pleurer et s'attendrir.

PREMIER ASSASSIN

Oui, comme un roc ; c'est le modèle qu'il nous a proposé I

CLARENCE

0ht ne le calomniez pas, car il est bon.

PREUIBR ASSASSIN.

Oui, comme la neige sur la moisson. Allez, vous vous abusez : c'est lui qui nous envoie pour vous faire mourir.

CLARENCE

C'est impossible; car il a pleuré mou malheur, m'a pressé dans ses bras, et m'a juré avec des sanglots de tout faire pour obtenir mon élargissement.

PREMIER ASSASSIN

C'est aussi re qu'il fait alors qu'il rompt icibas votre esclav âge et vous envoie goilter les joies du ciel.

DEOXIÈMB ASSÀSSm.

Faites votre paix avec Dieu, car il faut mourir, mylord.

CLARENCE

Eb quoil tu as assez de piété dans l'ame pour me conseiller de faire ma paix avec Dieu , et ta pousses l'aveuglement sur ton propre salut au point de te mettre en guerre avec Dieu en in'assassinant? Ah : messieurs, songez que celui quij vous a commande ce meurtre vous détestera pour l'avoir commis.

DEUXIÈME ASSASSIN

Que faire?

CLARENCE

Vous laisser loucher et sauver vos âmes.

MAGASIN THEATRAL ETRANGER

PREMIER ASSASSIN

Nous laisser toucher I ce serait lâcheté et faiblesse de femme.

ClARGNOE.

Rester inflexible est d'une bête féroce et d'un démon. Qui de vous, s'il était fils de roi, et privé de sa liberté comme je le suis maintenant, voyant venir à lui deux meurtriers comme vous, ne supp^erait pas qu'on lui laissât la vie? — ( Au deuxième assassin.) Mon ami, j'ai surpris une lueur de pitié dans ton regard. Oh I si elle ne m'a pas flatlé d'une vainc espérance, embrasse ma défense, et plaide pour moi comme tu ferais pour toi-même, si tu étais dans ma position critique. Quel mendiant ne plaindrait un prince qui mendie?

SEOXIÈUE ASSASSIN.

Regardez derrière vous, mylord.

PREMIER ASSASSIN, poignardant Clarence.

Prends cela, et ceci encore : si tout cela ne suffit pas, je vais te noyer dans la cuve de malvoisie.

Il sort, emportant le corps.

DEUXIÈME ASSASSIN SBul.

0 forfait sanguinairel ô crime forcené! Que ne

puis-je, comme Pilate, me laver les mains do ee meurtre abominable!

Rentre LE PREMIER ASSASSIN.

PREMIER ASSASSIN

Eh bien, qu'est-ce que cela signifie? Pourquoi ne m'as-iu pas aidé ? Par le ciel, le duc apjirendra ta tiédeur.

DEUXIÈME ASSASSIN

Pliit à Dieu qu'il pût aussi apprendre que j'ai sauvé son frère 1 Va recevoir la récompense, ei redis-lui mes paroles, car je me rcpens de li mort du duc.

Il sort.

PREMIBB ASSASSIN Seill.

Moi, je ne m'en repens pas : va, poltron que ti es. — Allons, je vais cacher le corps dansquelqu coin, jusqu'à ce que le duc donne des ordres pou l'enterrer; et quand j'aurai reçu mon salaire, j décamperai; car tout ceci va s'ébruiter; et aloi il ne serait pas prudent à moi de rester ici. Il sort.

nN DU PREMIER ACTE.

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