‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 280 sur 633 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

Londres. — Un appartement du palais.

LE ROI ÉDOUARD.molade et que deux lords soutiennent, LA REINE ELISABETH, DORSET, RI- VERS, HASTINGS, BtCKINGHAM, GfiEY, et Autres.

le roi edouard.

Allons, c'est bien; — aujourd'hui j'ai utilement rempli ma journée : nobles pairs, conservez entre vous cette union. J'attends de jour en jour de monRédempteur le message qui doit me rappeler de ce monde; mon ame partira en paix pour le ciel, maintenant que j'ai réconcilié mes amis sur la terre. Rivers et Haslings, donnez-vous la main; plus de haine cachée entre vous! jurez-vous amitié l

RIVERS

Par le ciel, mon ame ne conserve plus aucun pressentiment, et ma main va sceller l'afleciion de Imon cœur.

HASTINGS

Que le sort me soit propice, comme il est vrai que je fais le même serment en toute sincérité.

LE ROI ËDOUAIID.

Gardez-vous bien d'en imposer à voue rui, de

peur que le suprême roi des rois ne confonde votre imposiure, et ne vous condamne à périr /es uns par les autres.

HASTINGS

Puissé-je ne prospérer qu'autant que ce serment d'amitié est sincère!

LE ROI EDOUARD, à (a Reine.

Madame, vous n'êtes pas étrangère à ceci , — ni votre fils Dorset, — ni vous, Buckingbam : vous avez été hostiles les uns aux autres. Ma femme, aimez lord Hastings ; donnez-lui votre main i baiser, et que votre réconciliation soit franche.

LA REINE ËIISABETB.

Voilà ma main, Ilastings. Je ne veux plus me souvenir de notre haine passée ; j'y engage mon bonheur et celui des miens.

LE ROI EDOUARD

Dorset, embrassez-le; Hastings, soyez l'ami da marquis.

DORSET

Je proteste que, pour ma part, ce pacte d'amitié sera inviolable.

HASTINGS

Je le jure également.

Il enilirasse Dorset.

LE ROI EDOUARD

Maintenant, noble liuckiughain, niellez le sceau

RICHARD III

à cette réconciliation en embrassant les parens <]c ma femme; et que j'aie le plaisir de vous voir amis.

BccKiNcnAM, à ta Reine.

Si jamais Buckingham tourne son ressentiment contre votre majesté, s'il cesse jamais d'avoir pour vous et les vôtres une respectueuse affection, que Dieu me punisse par la haine de ceux dont je dois attendre le plus d'attachement. Quand j'aurai le plus besoin d'un ami, que je croirai le plus pouvoir compter sur son amitié, puissé-je ne trouver en lui qu'un cœur faux et vide, qu'un traître et un fourbe! Voilà ce que je demande au ciel, si jamais il m'arrive de refroidir mon affection pour vous ou les vôtres.

II embrasse Rivers, etc.

LE ROI EDOUARD

C'est pour mon cœur malade un cordial salutaire et doux que cette assurance que vous venez de nous donner. Il ne manque plus ici que la présence de notre frère Gloster pour compléter cette heureuse réconciliation.

BDCKINGBAU.

Voici, on ne peut plus à propos, le noble duc qui s'avance.

Entre GLOSTER.

GLOSTER.

Salut à mon souverain roi et à la reine I et vous aussi, nobles pairs, je vous souhaite un heureux jour.

LE BOI ÉDODARD.

Ce jour est heureux pour nous, grâce à l'emploi que nous en avons fait. Nous avons accompli, mon frère, une œuvre de charité : nous avons, dans le cœur de ces pairs irrités et implacables, fait succéder la paix à l'hostilité, l'affection à la haine.

GLOSTER.

Vous avez fait là une œuvre méritoire, mon souverain seigneur. Si dans cette illustre assemblée il se trouve quelqu'un qui, trompé par de faux rapports et d'injustes soupçons, me regarde comme son ennemi; ou si, sans le vouloir, ou dans un mouvement de colère, il m'est arrivé d'offenser qui que ce soit parmi les personnages ici présens, je désire faire ma paix avec lui. C'est la mort pour moi que de hair; je déteste l'inimitié, et je recherche l'affection de tous les gens de bien. — Vous d'abord, madame, je vous demande une paix sincère que j'achèterai au prix de mon respectueux dévouement. — Je vous en dis autant, mon noble cousin Buckingham, pour peu que le moindre dissentiment aitexisté entre nous; — ainsi qu'à vous, lord Rivers, — et à vous, lord Grey, — à tous ceux qui, sans motif, ont pu nourrir contre moi des dispositions malveillantes, ducs, comtes, lords, gentilshommes, enfin tous. Je ne connais pas un seul Anglais vivant contre lequel mon cœur ait plus de rancune que n'en aurait l'culant qui

vient de naître. Je remercie Dieu de m'avoir donné ces sentimens d'humilité.

LA REINE ELISABETH

Ce jour sera dans l'avenir un jour de fête. Dieu veuille que toutes nos querelles soient complètement pacifiées! — [Au roi.) Mon souverain seigneur, je supplie votre majesté de rendre ses bonnes grâces à notre frère Clarence.

GLOSTER.

Eh quoi, madame, ne vous ai-je fait de pacifiques avances que pour me voir ainsi raillu en présence du roi? IJui ne sait que le noble duc est mort? (Tous (ont un mouvement de surprise.) Vous lui faites outrage et insultez à sou cadavre.

LE ROI EDOUARD

Qui ne sait qu'il est mort? Et qui donc le saitî

LA REIME ELISABETH.

Ciel, qui vois tout, quel monde est celui-ci!

BCCKINGHAU.

Lord Dorset, suis-je aussi pâle que tous lej autres?

DORSET

Oui, mylord. Il n'est personne dans celte asscmblCe dont le visage n'ait perdu ses couleurs.

LE ROI EDOUARD

Clarence est mort? L'ordre avait été révoqué.

GLOSTER.

Il est vrai; mais l'infortuné est mort en vertu de votre premier ordre; et celui-là, un Mercure ailé l'a fait parvenir; le contre-ordre a été porté par quelque messager boiteux arrivé trop tard pour voir enterrer le duc. Dieu veuille que quelqu'un, moins noble et moins loyal que lui, tenant au trône de plus près parles passions vindicatives, mais de moins près par les liens du sang, c! sur qui néanmoins aucun soupçon ne plane, n'en ait pasmérkë pire que le malheureux Clarence!

Entre STANLEY.

STANLET, un genou en terre.

Sire, je vous demande une grâce en retour do mes services.

LE ROI EDOUARD

Laisse-moi, je t'en conjure;mon ame est pleine d'affliction.

STANLEÏ.

Je ne me relèverai pas que votre majesté ne m'ait entendu.

LE ROI EDOUARD

Parle donc, et dis-moi ce que lu demandes.

STANLEÏ.

Veuillez faire grâce delavie à l'un de mes gens, qui a tué aujourd'hui un gentilhomme querelleur, attaché depuis peu au duc de Norfolk.

LE ROI EDOUARD

Ma bouche a pu prononcer l'arrct de mort de mon frère, et celte même bouche pardonnerait à un esclave! Mon frère n'avait tué personne; il n'était coupable que de pensée, et cependant une

ATAGASIN THEATRAL ETRANGER.

mort cruelle a été son chltiment. Qui m'a demandé sa gr.ire! qui, dans ma colère, s'est agc- Douillé de\ant moi, et m'a supplié de réfléchir? Qui m'a parlé de lien fraternel? qui m'a parlé d'affection? qui m'a remis en mémoire comment l'infortuné avait abandonné le puissant Warwick, et combattu pour moi? Qui m'a ' lue sur le champ de bataille de Tewksbur- . Oxluid m'ayant abattu à ses pieds, il me sauva la \;e en me disant : a Vivez, mon frère, et soi/ez roi? Qui m'a rappelé ce moment où couchés tous deux sur la terre, à demi-morts de froid, il me couvrit de ses propres vétemens, et resta lui-même presque nu exposé aux rigueurs d'une nuit glaciale? Tout cela, ma coupable et brutale colère l'avait effacé de mou souvenir, et nul d'entre vous n'a eu la charité de me le rappeler. Mais lorsqu'un de vos charretiers ou de vos valets a commis un meurtre dans l'ivresse, et détruit l'image précieuse de notre bien-aimé Rédempteur, soudain vous tombez à genoux pour implorer son pardon ; et moi, non moins injuste que vous, il faut que je l'accorde. Mais pour mon frère, nul n'a élevé la voix; et moimême, ingrat que je suis, mon cœur ne m'a pas parlé pour lui, l'infortuné 1 Les plus fiers d'entre vous ont été ses obligés pendant sa vie; et cependant il n'en est pas un qui, prenant sa défense, ait essayé de le soustraire à la mert. Ah I je crains que la justice de Dieu, punissant ce forfait, ne s'appesantisse sur moi et les miens, sur vous et les vôtres. — Venez, Hastings; aidei-moi à regagner mon appartement. — Pauvre Clarence!

Le Roi, la Reine, Hastixcs, Rivers, Dorset et Grei sortent.

GLOSTER.

Voilà les fruits d'une aveugle colère I N'avezvous pas remarqué la pâleur qui a paru sur le visage des coupables parens de la reine, quand on a annoncé la mort de Clarence? Oh I ce sont eux qui l'ont conseillée au roi. Dieu en tirera veugeance. Allons, mjlords, voulez-vous que nous allions tenir compagnie à Edouard et le consoler?

BUCRINGBAU.

Nous sommes aux ordres de votre altesse, lis sortent.

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