‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 282 sur 633 · L4 FILLE · texte numérisé non relu

L4 FILLE

Et moi aussi.

LA DUCHESSE

Taisez-vous, enfans, taisez-vous I Le roi vous aime tendrement: pauvres ionocensque vous éies, vous ne pouvez deviner qui a causé la mort de votre père.

LE FILS

Si, grand'maman, nous le pouvons. Mon bon oncleGloster m'a ditqueleroi, à l'instigation de la reine, lavait fait mettre en prison : en me disant cela, mon oncle pleurait; il s'apitoyait sur moi, et me baisait affectueusement sur la joue, il me dit que je pouvais compter sur lui comme sur mon père, et qu'il m'aimerait aussi tendrement que si j'étais son Gis.

LA DCCBESSE.

Ah ! faut-il que l'hypocrisie prenne des formes si séduisantes , et cache tant de perversité sous un masque de venu! Il esl mon fils, bêlas I et ma honte. Pourtant, ce n'est point â ma mamelle qu il a sucé tant de fourberie.

LB FILS

Vous penseï donc, grand'maman, que mon oncle nous en impose?

LA DUCHESSE

Oui, mon enfant.

LE FILS

Moi, je ne le crois pas. Écoutez 1 quel est ce bruit ?

Enire LA REINE ELISABETH, eu proie au plut viol.m désespoir; RIVERS et UORSET la suivent.

LA ItEIME ELISABETH.

Oh! qui m'empéclieta de gémir et de pleurer, d'aicuser le sort et de me désoler? Laissez-moi contre moi-même unir mes elforls à ceux du désespoir, et devenir ma propre ennemie.

L\ LiUCIlKSSU.

A quui lendeut cvs liouifuil» luiicuxt

RICHARD III

LA RÏINI! etlSABUTH.

A quelqueacte de viuliMjce tragique. — Édounrd, mon époux, votre fils, voire loi, eslmort. Pourquoi les rameaux cuntinuent-ils à pousser quand la racine n'est plus? Pourquoi les feuilles ne se flétrissent-elles pas quand la sève est tarie ? Si vous voulez vivre, que ce soit pour pleurer; si vous voulez mourir, hâtez-vous; que nos âmes, dans leur vol rapide, aillent rejoindre celle du roi, ou qu'en fidèles sujettes, elles le suivent dans son nouvel empire, au séjour de l'éternel repos.

LA DUCHESSE

Ah! je prends à ta douleur une part aussi vive qu'étaient étroits les liens qui m'attachaient à ton noble époux t J'ai pleuré la mort d'un époux glorieux, et je ne vivais qu'en contemplant ses vivantes images; mais maintenant deux des miroirs où se reproduisaient ses traits augustes sont brisés par lamortennemie; et, pour consolation , je n'ai plus qu'une glace infidèle qui afflige ma vue et ne réfléchit que ma honte. Tu es veuve , il est vrai, mais tu es mère encore, et il te reste tes enfans pour consolation; pour moi, la mort, après avoir arraché mon époux de mes bras, m'a ravi en, core les deux appuis de ma faiblesse , Clarence et É'iouard. Ta douleur n'est que la moitié de la mienne ; et il est juste que ma voix étouffe tes plaintes et domine tes clameurs.

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