‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 293 sur 633 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

Londres. — Une salle dans la Tour.

Autour d'une table sont assis BUCKINGHAM, STANLEY, HASTINGS, L'ÉVÉQUE D'ÉLY, CA- TESBY, LOVEL et Autres; les Huissiers do CONSEIL sont debout,

HASTINGS

Nobles pairs, l'objet de cette réunion est de fixer le jour du couronnement. Au nom de Dieu, parlez, quel sera ce jour solennel?

BUCKINGHAM

Tout est-il prêt pour cette auguste cérémonieî

STANLEY

Tout est prêt; il ne reste plus qu'à fixer le jour.

l'evêqce d'élï.

Je pense que demain serait un jour convenable.

BCCEINGHAU.

Qui connaît sur ce point les intentions du Prolecteur? Qui de vous est le plus avant dans la confiance du noble duc?

l'évêque d'élv.

Nous pensons que votre seigneurie est, plus que personne, à même de connaître ses intentions.

BUCKinCHASI.

Il connaît mon visage, moi le sien : quant à nos cœurs, — il ne connaît pas plus le mien que moi les vôtres; et moi je ne connais pas plus le sien, mylord, que vous le mien.— Lord Haslings,vouset lui vous êtes intimes.

EISTINGS.

Je sais que sa seigneurie me porte de l'afifection, et je lui en rends grâces ; quant à ses intentions au sujet du couronnement, je ne les lui ai point demandées, et il ne ma point fait connaître sur ce point ses gracieuses volontés. Mais vous, mon noble lord, vous pourriez nommer le jour; je donnerai ma voix au nom du noble duc, et j'espère qu'il le prendra en bonne part.

Entre GLOSTEU.

l'évêque d'élt.

Toici le duc lui-même qui vient fort à propos.^' ^

gloster.

Mes nobles lords et cousins; je vous donne i. tous le bonjour. Je me suis levé tard ce matin; mais j'espère que mon absence n'a fait négliger aucune affaire importante pour laquelle ma présence fût nécessaire.

BCCEINCBAM.

Si vous n'étiez pas venu si à propos, mylord, lord William Hastings aurait opiné pour vous, — je veux dire qu'il aurait donné votre vois pour le couronnement du roi.

G10STEI\.

C'est une liberté que nul plus que lord Hastings n'eût été en droit de prendre. Sa seigneurie qe connaît à fond et m'est tendrement attachée.

BASTINGS.

Je remercie votre altesse.

GLOSTER.

Mylord d'Ély, la dernière fois que je me suis trouvé à Holborn*, j'ai vu dans votre jardin de fort belles fraises : je vous serais obligé de m'en envoyer chercher.

l'ÉvËQBE d'Ély.

De tout mon cœur, mylord.

GLOSTER.

Mon cousin Buckingham , j'ai un mot â vous dire. ( /( le prend à part. ) Catesby a sondé Hastings sur notre projet; il l'a trouvé si chaudement résolu, qu'il estdécidé à perdre la tête plutôt que de consentir à ce que le fils de son maître, c'est ainsi que le qualifie sa loyauté, soit frustré de ses droits au trône d'Angleterre.

BUCKINGHIU.

Sortez un instant; je vous suivrai.

Gloster et BockinchàV sortent.

STANLEY

Nous n'avons pas encore arrêté le jour solennel. Demain, à mon avis, serait trop tôt; car moimême, je ne suis pas aussi bien préparé que je le serais si on fixait un jour plus éloigné.

Rentre L'ÉVÊQUE D'ÉLY.

l'évêque d'Ély.

Où est mylord protecteur? J'ai envoyé chercher les fraises en question.

HASTINGS

Son altesse paraît gaie et de bonne humeur ce matin : il faut que le duc soit occupé de quelque idée qui lui plaise, pour nous avoir souhaité le bonjour avec tant de cordialité. A mon avis, il n'y a per- 6onne,d.ins toute la chrétienté, moins capableque lui de déguiser son aCTcction ou sa haine : on peut sur-le-champ lire sur son visage ce qu'il a dans le cœur.

* C'est nujourd'lmi un quartier populeux de Londres. (Note du traducteur,)

RICHARD III

STANLEY

Et que lisez-vous donc sur son visage, d'après ses manifestalions d'aujourd'liui?

HASTINCS.

Qu'il n'a de mauvais vouloir contre personne dans cette assemblée; car, si cela était, il l'aurait laissé voir dans ses traits.

STANLEY

Dieu veuille qu'il en soit ainsi!

Rentrent GLOSTER et BUCKLNGBAM.

GLOSTER.

Je VOUS le demande à tous, quel châtiment méritent ceux qui conspirent ma mort par les damnables complots d'une magie infernale, et qui ont soumis mon corps à leurs charmes diaboliques?

BASTIMGS.

La tendre affection que je porte à votre altesse, mylord, m'enhardit à prendre l'initiative dans cette noble assemblée pour prononcer l'arrêt des coupables. Quels qu'ils soient, je dis, mylord, qu'ils ont mérité la mort.

ClOSIER.

Soyez donc témoins oculaires du mal qu'ils m'ont fait. Voyez le résultat de leurs sortilèges ; regardez : mon bras est desséché comme une branche morte. C'est l'ouvrage de la femme d'Edouard, cette monstrueuse sorcière, liguée avec Shore la prostituée; ce sont elles qui, par leurs maléfices, m'ont marqué ainsi.

BASTINGS.

Si elles sont coupables de ce crime, mon noble lord, —

GLOSTER.

Si! Protecteur de cette damnée courtisane, que parles-tu de si? Tu es un traître! Qu'on lui coupe la tête. — Je le jure par saint Paul, je ne dînerai pas qu'on ne me l'ait apportée. — Lovel et Catesby, veillez à ce que cela s'exécute.

Glosteb elBucKiNGDAii sortent; le Conseil se lève et les suit. Il ne reste avec Hasiiuys que Lovel et Catesby.

BASTINGS.

Malheur, malheur à l'Angleterre! Et pas un rcsrci pour moi! Insensé que je suis, j'aurais pu prévenir ce qui arrive! Stanley avait rcvé que le sanglier lui avait jeté bas son casque; mais j'ai méprisé cet avertissement, et j'ai dédaigné de fuir. Trois fois mon cheval s'est cabré ; trois fois il a bronche à la vue de la Tour, comme s'il eût refusé de mener son maître à la boucherie. Ohl maintenant j'aurais besoindu prètrequim'a parlé tantôt: je me repcns d'avoir dit au poursuivant, d'un air de triomphe, qu'aujourd'hui, à Pomfret, devâtit couler le saug de mes euDei^is, et que

moi, j'étais plusquejaniais en grâce et en faveur. 0 Marguerite , Marguerite, c'est maintcnantque ta malédiction retombe de tout son poids sur la tête du malheureux Hastingsl

CATESEY.

Dépêchez, mylord; le duc attend son dîner: faites une courte confession ; il lui tarde de voir votre tête.

BASTINGS.

0 faveur passagère des mortels, que nous recherchons avec plus d'ardeurque la grâce de Dieu I O grands! celui qui bâtit ses espérances sur la foi de votre sourire, ressemble au matelot ivre au haut d'un mât, prêt, au moindre souffle, à tomber dans les fatals abîmes de l'Océan.

lovel.

Allons, allons, vite; il ne sert de rien de vou» lamenter.

BASTINGS.

0 sanguinaire Richard I — Malheureuse Angleterre! je te prédis les jours les plus désastreux qu'aient jamais vu luire les siècles les plus misérables! Allons, conduisez-moi au billot; portez-lui ma tête : parmi ceux qui sourient à mon malheur, il en est qui seront bientdt morts.

Ils sortent.

MA%V*WWi\VW\YVVV\l

WWXVW\VkW\Vi\VV\Vi%\\\\\\WXVW\\vU

Page 1