‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 30 sur 633 · OB GAND · texte numérisé non relu

OB GAND

Le rôle de conciliateur convient à mou âge. — Mon fils, rends le gage du duc de Norfolk.

BIcnARD.

Et toi, Norfolk, rends-lui le sien.

DE GAND

Eh bien, Henri! eh bien! l'obéissance te le, commande. Je ne devrais pas ordonner deux fois.

BICBARD.

Norfolk, rejette-lui sou gage; je le veux; point de réplique.

NORFOLK

Je me jette moi-même à vos pieds, ô mon redouté souverain; je puis vous abandonner ma vie, mais non mon honneur; la première vous appartient, ma soumission vous la livre; mais ma réputation, qui en dépit de la mort planera encore sur ma tombe, je ne puis vous la laisser avilir. Ici, je suis déshonoré, accusé, insulté, percé au cœur par le glaive envenimé de la calomnie. C'est une blessure qu'aucun baume ne saurait guérir, si ce n'est le sang le plus pur deceluiqui aexhale le poison.

RICHABD.

Je maîtriserai cette fureur; rends-moi son gage

— Les lions domptent les léopards * .

NORFOLK

Oui; mais ils n'effacent pas leurs taches; prenez ma honte, et je vous abandonne ce gage. Mon bien aimé souverain, notre trésor le plus pur, dans cette vie mortelle, c'est une réputation intacte; ùiez cela, ctlesbommes ne sont plus qu'un simulacre doré, qu'une argile peinte. Un cœur courageux dans une poitrine loyale est un joyau dans UQ coffre à dix serrures. Mon honneur et ma vie ne font qu'un; ils sont inséparables; m'Oter l'honneur, c'est m'ôter la vie. Permettez donc, sire, que je défende mon honneur : c'est en lui que je vis; pour lui je veux mourir RICBARD, li Bolingbroke,

Mon cousin, rends-lui son gage ; donne l'exemple.

BOLIXCBROKE.

Dieu préserve mon aine d'une telle infamie I Veut-on que je m'humilie en présence de mon père 7 ou qu'avec le visage pâle d'un suppliant, je

* Les Norfolk aTaivnt un Icopard dans leurs armes.

{NoIeJiiIrntlnilciir.)

MAGASIN THEATRAL ETRANGER

déshonore ma naissance devant cet audacieux scélérat? Avant que par une semblable faiblesse ma langue ne porte à mon honneur une mortelle blessure, et n'articule les termes d'un lâche compromis, mes dents trancheront le servile organe d'une rétractation ignominieuse, et le rejetteront tout saignant à cette face où siège la honte, à la face de Mowbray.

De Gand sort.

RICHARD

Nous ne sommes pas faits pour prier, mais pour commander. Puisque nous ne pouvons réussir à vous réconcilier, préparez-vous, ou vos têtes m'en répondront, à vous trouver à Coventry le jour delà Saint-Lambert . Là, vos glaives et voslances videront la querelle de votre haine obstinée. Puisque nos tentatives de pacification sont inutiles, nous verrons la justice proclamer la loyauté du vainqueur. — Lord maréchal, ordonnez à notre officier aux armes de se tenir prêt à ordonner ce combat.

Ils surlent.

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