‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 32 sur 633 · OI>POLK · texte numérisé non relu

OI>POLK

Eh bien! je vais donc, loin du soleil de ma pairie, habiter les ténèbres d'une nuit éternelle.

ItICUARD.

Reviens, et jure, en posant tes mains proscrites sur notre royale épêe, jure par l'obéissance que tu doisau ciel, — quant àcelleque lu nous devais, tu en es relevé par ion exil" ; — jure de tenir le scrmenl que nous allons l'administrer: — Vous pronutKz luus deux, au nom du ciel et de la vérité, de ne jamais vous réconcilier sur la terre d'exil, de ne jamais vous revoir, de ne jamais correspondre ni de vive voix ni par écrit, de ne jamais apaiser la tenipéle qu'a soulevée entre vous une haine intestine, de ne jamais vous réunir à dessein pour tramer des complots contre nous, notre couronne, nos sujets et notre royaume.

BOLIKCBROKE.

Je le jure.

NORFOLK

Je jure d'observer ces conditions.

BOLIKCBROKE.

Norfolk, quoique mon ennemi, j'ai une demande à le faire. Au moment où je parle, si le roi l'avait permis, l'une de nos deux âmes, errante dans les airs, serait bannie de ce frêle sépulcre de chair, comme notre corps est banni de ce pays. Confesse les trahisons avant dequitlerce royaume. Puisque tu as si loin à aller, n'emporte pas avec toi le pesant fardeau d'une conscience coupable.

NORFOLK

Non, ISolingbroke; si jamais je fus un traître, que mon nura soil rayé du livre de vie, et moine banni des cieux comme je le suis de ce roya'ime. Mais ce que tu es, le ciel, toi et moi s le savons ; et trop tôt, je le crains, le roi en fora la funeste expérience. — Adieu, sire. — Maintenant, je ne crains pas de perdre ma route. Celui de l'Angleterre excepté, tous les chemins me sont ouverts.

lU'éloigne.

RICHARD

Mon oncle , dans le miroir de tes yeux je lis

;i(llii lion de ton cœur. Ton visage centriste are-

auihé quatre ans du nombre de ses années

■l'exil.— {A Bolingbroke.) Quand les glaces de six

i-s auteurs qui ont écrit sur V iccord sur la qufstion de savc titille au pays qui l'a rt-jelé .<l..n s.iiit pourl'anirniallvc; ilqucâhakspi

lit de:

Gctu rcourquecatdc Warburtou. (Note dutraducteur.) M le biea. { Noie du traduettur.)

hivers seront écoulées, reTiens de ton exil, et ta seras bien reçu.

BOLIKCBROKE.

Quel long espace de temps renfermé dans une courte parole ! Quatre hivers paresseux et quatre printemps folâtres dans un seul mot! ce que c'est que la parole des rois I

DE CAND.

En ce qui me concerne, je remercie mon souverain d'avoir réduit de quatre ans l'exil de mon fils; mais celte faveur ne me profitera guère; car avant que les six années que doit durer son absence aient parcouru leurs lunes et accompli leur cours, l'âge aura éieint dans une nuit éternelle la mourante lueur de rua lampe sans huile; mon reste de bougie sera consumé, et l'aveugle mort ne me permellra pas de revoir mon fils.

RICHARD

Mais, mon oncle, tu as encore bien des années à vivre.

DE CAND.

Sire, vous ne pouvez pas me faire cadeau d'une seule minute; vous pouvez par les chagrins abréger mes jours et m'enlever mes nuits; mais vous ne sauriez me donner un lendemain*. Vous pouvez accélérer l'œuvre du temps dans les rides de mon visage; mais vous ne sauriez en arrêter une seule dans son cours. Votre parole peut concourir avec lui pour hâter mon trépas; mais une fois mort, voire royaume ne rachèterait pas ma vie.

RICHARD

Ton fils est banni pour raisons valables que ton sufi'rage a sanctionnées. Pourquoi donc sem.bles-tu accuser notre justice?

DE GAND

Il est des choses qui, agréables au goût, sont difficiles à digérer. Vous m'avez consulté comme juge; mais j'aurais préféré que vous m'eussiez ordonné de raisonner en père. — Oh! si au lieu de mon fils, il eût été question d'un étranger, j'aurais montré plus d'indulgence à excuser sa faute; j'ai voulu éviter le reproche de partialité, et dans cet arrêt, c'est ma propre vie que j ai condamnée. Hélas 1 j'espérais que quelqu'un d'entre vous me dirait que j'étais trop sévère de frapper ainsi mon propre fils; mais vous avez laissé ma bouche m'infliger malgré elle, et contre le gré de mon cœur, cette mortelle blessure.

RICHARD

Cousin, adieu. — Toi, mon oncle, prends congé de lui. Nous le bannissons pour six ans; il faut qu'il parte.

Fanfares. Le Roi et sa Soite s'éloignent.

AUUALE.

Adieu, cousin ; à défaut de votre présence, que vos lettres nous donnent de vos nouvelles, et nous lassent connaître le lieu de votre résidence.

Il n'e;

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que trop»

puis

iiiee puur le uiU, e«t iwraée pour

MAGASIN THEATRAL ETRANGER

LI LOKD MARÉCHAL.

Mylord, je ne vous dis point adieu; je vous accompagnerai jusqu'au lieu de votre embarquement.

DK GAND.

Pourquoi es-tu donc si avare de paroles? N'astu rien à répondre aux expressions affectueuses de les amis?

BOLINCBP.OKE.

Les paroles me manquent pour vous faire mes adieux, alors que ma bouclie devrait en être prodigue, pour vous exprimer toute la douleur dont mon cœur est plein.

DE GAND

Ce qui t'afDige n'est qu'une absence temporaire.

BOllNGBROKE.

Dans l'absence du bonheur, la douleur est présente.

DE GAKD.

Qu'est-ce que six hivers? C'est bientât passé.

BOLINCBROKE.

Oui, pour l'homme heureux; mais d'une heure le chagrin en fait dix.

DE GAND

Imagine que c'est un voyage que tu entreprends pour ton plaisir.

BOLINGBROKE

Cette erreur sera démentie par les gémissemens de mon cœur, qui n'y verra qu'un pèlerinage force.

DE GAND

Regarde ce pénible et douloureux pèlerinage comme une gageure dont l'inestimable prix doit être ton retour dans ta patrie.

BOLINGBROKE

Non, non, dites plutôt que chacun de mes pas pénibles me rappellera toute la distance qui me séparera des objets de ma tendresse. Ne dois-je pas subir un long apprentissage sur la terre ctrangèic; et après ma libération, quel autre avantage aurai-je recueilli, sinon d'avoir passé tout ce temps au service de la douleur?

DE GAND

Tous les lieux que l'œil des cieux regarde, offrent au sage un port et un séjour de bonheur ; que la nécessité t'apprenne i raisonner ainsi. II n'y 3 pas de vertu plus eftuacc que la nécessité. Pense, non que le roi t'a banni, mais que c'est toi qui as banni le roi. Le malheur pèse plus lourdement encore lorsqu'il s'aperçoit qu'on le porte avec faiblesse. Imagine, non que le roi t'a exilé, mais que je t'.ii envové chercher au loin la gloire; ou suppose qu'une maladie contagieuse régne dans notre atmosphère, et que tu voles chercher un climat plus salubre. Figure-toi que tout ce que !u as de plus cher est aux lieux où lu vas, non aux lieux d'où tu viens. Vois des musiciens dans les oiseaux qui chantent; dans le gazon que tu foules, le parquet d'un appartement; dans les fleurs, des dames char- .aantps; dans chacun de tes pas, l'accnnipagneœent des sons nr<rmon»ii\ il'nu orc lii'vir4' île

, danse; car la douleur morose a bien moini <!• prise sur l'homme qui la brave et la dédaigne.

BOLINCBRUKE.

Obi pour tenir des charbons allumés dans sa main, est-ce assez que de penser aux glaces da Caucase? L'idée seule d'un festin imaginaire saurait-elle émousser l'aiguillon de la faim^ et pour se rouler dans la neige en décembre, suffirait-il de reporter sa pensée aux chaleurs de la canicule? Non, non; la pensée d'un bien ne rend que plus vif le sentiment du mal. La dent cruelle de la douleur n'est jamais plus venimeuse que lorsqu'elle mord sans déchirer la plaie.

DE GAND

Allons, viens, mon fils; je vais te mettre dans ton chemin. Si j'avais ta jeunesse et les même» motifs que toi de partir, je ne resterais pas.

BOLINGBKOKE.

Adieu donc, Angleterre; adieu, terre chérie, toi ma mère, ma nourrice, toi qui me portes encore sur ion sein maternel ! En quelque lieu que je dirige mes pas, il est une chose dont je pourrai me vanter , c'est d'être toujours, quoique banni, un véritable Anglais.

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