SCENE III
Li chambre du conseil.
Entrent LE LORD CHANCELIER , LE DUC DE NORFOLK,LE DUC DE SUFFOLK, LE COMTE DE SURREY, LE LORD CHAMBELLAN, GARDINER et CROMWELL. le lord chancelier se place au haut bout de la table , à gauche ; au-dessus de lui, il reste un siège vide, celui de l'archevêque de Canlerbury. Les membres du conseil se placent en ordre à sa droite et à sa gauche ; à l'autre bout de la table s'assied Cromwell en qualité de secrétaire.
LE LORD CnANCELISR.
Monsieur le secrétaire, apppelez l'affaire pour laquelle le conseil est assemblé.
* Dans beaucoup d'anciennes constructions , on volt encore de CCS fenêtres intérieures qu'avait inTcnlc'es la jalouse surveillance de nos pères, {.Nolt du traducteur.)
MAGASIN THEATRAL EillANGER.
CRI «WEll.
Sous le bon plaisir de vus soigneuries, l'ùbjet princi|ial <!c celu; iêi:i ion coii' eine son émineiice de Cauleibury.
Lui en a-i-un il^ mii colllMls^anceî
CROMWELL
Oui.
NOUFOLK.
Qui attend dans la pièce ■i^ine?
L*Bt>lSSIER.
Dans l'antichambre, mes nobles lords?
GAKDINSR.
Oui.
l'huissier.
Mylord larchevéïiue. Il est là depuis une demiheure, atiendaut vos ordres.
LE LOI^D CHAMCELIEB.
Qu'il entre.
l'bi'issier. Votre éminence peut entrer.
Crahheb entre et s'approche de la table du conseil.
LE LORI> CBANCELIER.
Mon cher lord archevêque, je suis affligé d'être assis à la place que j'occupe, et de voir ce siège resté vide; mais nous sommes tous des hommes faibles et fragiles par notre nature ; et parmi ceux qui sont revêtus de cette chair mortelle, bien peu sont des anges; par suite de cette fragilité, de ce défaut de sagesse, vous qui étiez plus capable que personne de nous donner des leçons, vous avez gravement failli contre le roi d'abord, puis contre ses lois, en propageant dans tout le royaume, par vos prédications et celles de vos chapelains, — car nous en sommes informés, — des opinions nouvelles très-dangereuses, devéritables hérésies, qui, s'il n'y était pas porté remède, pourraient avoir les pins pernicieuses conséquences. gardiner.
Ce remède doit être prompt et immédiat, mes nobles lords; cens, qui veulent dresser des cbevaux rétifs ne se bornent point à les faire aller au pas, en les menant à la main, pour les rendre dociles; ilsleurbâillonnent la bouche d'un mords vigoureux, et leur donnent de l'éperon jusqu'à ce qu'ils soient devenus obéissans. Si par notre faiblesse et une compassion puérile pour l'honneur d'un seul homme, nous laissons se répandre ce malcontagieux, adieu tous les remèdes. El quels seront les résullats7 des commotions, les soulcvemens et l'infeciion de tout le royaume, comme peut nous l'apprendre la récente et coûteuse expérience de nos voisins de la haute Allemagne", duntfcs malheurs sont encore tout frais dans notre mémoire.
* Allusion « riic're'sie récente et à la levcc Je bouclier de Miilm Lutlicr. {Note du Iradiicienr.)
My'ords, jusqu'à ce jour, dans tout le cours de ma vie, et daus l'exercice de mou ministère, j'ai lait en sorte,— et j'j ai mis la plus vive sollicitude, — Je mettre d'accord, mon enseignement .ivec les actes de mon autorité ; mon but a toujours été de bien faire; et, je le déclare, mylords, dans toute la sincérité de mon cœur, il n'y a personne au monde qui, dans son for intérieuret danssesactesofCcieis, abhorre et combatte plus franchement que moi les perîurb.Tteursde la paix publique. Fasse le ciel 'iue le roi ne trouve nulle part des cœurs moins fidèles que le mien! Les hommes qui font de l'envie et de la haiue hypocrite leur aliment habituel ne craigneut pas de s'attaquer à ce qu'il y a de plus vertueux. Je demande à vos seigneuries que, dans cette cause, mes accusateurs, quels qu'ils soient, soient confrontés avec moi, face à face, et produi» sent ouveriement leurs accusations.
SBFFOLK.
Non, mylord ; cela ne se peut pas; vous êtei membre du conseil; et dans votre position, personne n'oserait se porter votre accusateur. caroiser.
Mylord, comme nous avons des affaires plus importantes à traiter , nous serons brefs avec vous. La volonté de sa majesté , d'accord avec notre avis, est que, pour donner à votre jugement plus de garantie d'impartialité, vous soyez renferméà la Tour. Là, redevenu simple particulier, vous verrez un grand nombre d'accusateurs se présenter hardiment , plus je le crains, que vous n'êtét en mesure d'en réfuter.
CRASMER.
Ah! mylord de Winchester, je vous rends grâc^ veus êtes toujours mon affectionné ami; si l'on vous écoutait, je trouverais tout à la fois dans votre seigneurie un juré et un juge, tant vous êtes sensible et miséricordieux : je vois quel est votre but; c'est ma perte. La charité et la doilceur , mylord, conviennent à un prêtre plus que l'ambition : ramenez par la modération les amet qui s'égarent; n'en repoussez aucune. Quelque soit le fardeau que vous imposiez à ma patience, je i justifierai ; j'ai à cet égard aussi peude doute que vous mettez peu de scrupule à multiplier vos iniquités de chaque jour : j'en pourrais dire davan* tage, si le respect que j'ai pour votre ministère ne m'imposait le devoir de la modération. gardimer.
Mylord, mylord, vous clés un sectaire : voilà Fa vérité toute pure. Sous le vernis dont vous vous couvrez, les hommes qui savent vous comprendre aperçoivent le vide de vos raisons et de vos paroles.
CBOUVELL.
Mylord de Winchester , avec votre permission, vous mesembicz par trop rigoureux ; des hommes aussi considérables, quelque réprèbensibles qu'ils soient, ont droit d'exiger qu'on respecte en eux ce qu'ils ont été : c'est uae cruauté que d'acco* bicr uu huiiiiuc à terre.
HENRI VIII
SARDISER.
Monsieur te secrétaire, permettez-moi de vous le (lire, lie toute celte assemblée, vous êtes le dernier à qui puisse convenir un tel langage. CROMneLL.
Pourquoi, mylord?
CAKDineK.
Est-ce que je ne vous connais pas pour un fautearde la nouvelle secieî Vous n'êtes pas pur.
CKOUWELL.
Je ne suis pas pur T
GABOINER.
Tous ne l'êtes pas, vous dis-je.
CROUWELL.
PIû'. A Dieu que vous fussie'.la moitié seulement aussi irri-prorliablp! Vous seriez alors béni des hommes, au lieu d'être If^iir eQroi.
GAKOINER.
Je me rappellerai cet audacieux langage.
CROSWEtl.
Vous le pouvez; rappelez-vous aussi le scandale de votre vie.
LE lORD CBAHCELIER.
C'en est trop; fi donc, mylords, contenezvous.
SARDIKER.
J'ai fini.
GKOHWELI..
Et moi aussi.
LE LORD caAHCEiiEii , à CfonmeT.
Retenons à vous, mylord; nous décidons, à l'oDanimiié, je pense, que vous serez conduit priiOinier à ;> Tour, pour y rester, jusqu'à ce que le roi nous ait lait conaaitre sa vnlunté uilêrieuie. — Ëtes-vous de cet avis, mylurdsT
TOIJS.
Nous le sommes.
CBASMRR.
N'niji» rien à attendre de votre merci ; et fautil absolument que j'.iille à la Tour, mylords ? CAr.Di.ten.
Ouille merci atlendricz-vous? Vous êtes étran- : '•muni importun. Qu'on fasse venir quelques-uns In guides.
Entre VN GARDE.
CBA51NF.R.
rmir mi.i? Vcut-ciD que je sois conduit à la Tour cuuiuie un traître?
cardiner.
Emmenez-le; et veillez à ce qu'il soit conduit iùrement à la Tour.
CRA;<iiEn.
Arrêtez, mylords; j'ai encore deux mots îl vous dire — (/i leurtnonire Vanneau du roi.) «••t..rdcz
ceci, mylords. Par le privilège de cet anneau je retire ma cause des griffes d'hommes cruels, et je la remets dans les mains du plus uuble des juges, le roi, mon maître.