‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 347 sur 633 · LE LORD CHANCELIER · texte numérisé non relu

LE LORD CHANCELIER

C'est l'anneau du roi.

SDRRET.

Ce n'est pas une contrefaçon.

SUFFOLK

Par le ciel, c'est l'anneau véritable; je vous avais tous avertis, quand nous avons curumencé à rouler cette pierre dangereuse, qu'elle retomberait sur vous.

HORFOLK.

Croyez-vous donc, mylords, que le roi veuille Sûullrir qu'on fasse le moindre mal à cet homnie?

LE LORD CBAKCELIER.

Cela n'est que trop vrai. Nous voyons tout le prix, qu'il attache à sa viel Plût à Dieu que je fusse tiré de ce mauvais pasi

CROHWELL.

Quelque chose me disait, qu'en cherchant des mollis d'accusation contre cet homme, dont le diable et ses disciples peuvent seuls haïr la Ii)yaut6, vous allumiez un feu qui vous brûlerait vousmêmes. Vous avez ce que tous méritez.

LE ROI entre , jette sur eux mt regard courroucé , et s'assied.

GARDINER

Redouté souverain, combien nous devons, chaque jour, remercier le ciel Je nous avoir donné un prince, non seulement bon et sage, mais éminemment religieux, un prince qui, humble et soumis, fait de l'église le plus cher objet de sa sollicitude, et qui, pour ajouter encore à la lorce de ce pieux devoii", 'Inns son respect pour elle, vient lui-même en personne siéger dans la cause qui s'agite entre elle et ce grand coupa ble. LE ROI be:«ri.

Vous avez toujours eu un art merveilleux pour improviser des complimens, évêque de Winchester; mais sachez que je ne suis pas venu pour m'cntendre adresser en ma présence de pareilles Hagorneries; leur tissu est trop cbéiif ci trop mince pour cacher des actes qui m'offensent. Votre astuce ne peutairiver jusqu'à moi; vous jouez 1rôle d'épagneul, et vous pensez me séduire en remuant la langue; je ne sais pour qui vous me prenez, mais ce dont je suis certain, c'est que vous avez l'ame cruelle et sanguinaire. — ( A Cranmer.) Hommedcbien, assejez-vous. (Cranmer s'assied à la place qui lui Cl'iit dtiiiHc'e.jQuele plus lier d'entre ces hommes ait l'audace de vous menacer seulement du bout du doigt : par tout ce qu'il yade sacré, mieuxvaudrait pour luiqu'il se laiiS&t

MAGASIN THEATPxAL ETRANGER.

mourir de faim, que d'avoir seulement la pensée que celte place ne vous sied pas.

SUIiBEY.

S'il plaisait à votre majesté , —

LE ROI EENRI.

Non , monsieur, il ne me plaît pas. Je croyais avoir dans mon conseil des hommes intelligens et sages; mais je n'en trouve pas un seul. Ëtait-il convenable et décent, mylords, de laisser cet homme, cet homme de bien, — peu d'entre vous méritent ce litre, — de laisser , dis-je, cet honnête homme se morfondre à la porte, comme un vil laquais? Et un homme qui est votre égal ? C'est véritablementhonteux! Mes instructions vous enjoignent-elles de vous oublier à ce point? Je vous avais autorisé à le juger, comme un membre du conseil, et non pas comme un valet. Il en est parmi vous, je le vois, qui, mus par un sentiment de haine, plus que d'intégrité, ne demanderaient pas mieux que de déployer contre lui les dernières rigueurs, s'ils en avaient le pouvoir; mais vous ne l'aurez jamais, tant que je vivrai.

LC lORD CHiNCELIER.

Très-redoute souverain, que votre majesté me permette de nous disculper tous. La mesure de Sun emprisonnement, s'il y a quelque tonne foi dans le cœur des hommes, n'a pas été dictée par nu sentiment de haine; elle avait pour but d'assurer à l'accusé les moyens d'une jusiiDcafion complète aux veux du monde : j'en réponds du moius en ce qui me concerne.

lE EOl HESBI.

Fort bien, fort bien, mylords, respectez-le; donnez-lui votre estime et traitez-le bien; il le mérite. Je le déclare franchement, si jamais prince eut des ob'igations envers un sujet, j'en ai envers lui, en raison de son dévouement et de ses services. Allons, sans plus de façon, embrassez-le tous. Allons donc, mylords, soyez amis. — Mylord de Canterbury, j'ai une faveur à vous demander; il faut que vous me l'accordiez; une jeune et charmante enfant demande le baptême; il faut que vous soyez son parrain, et que vous répondiez pour elle.

CKANUSB.

Le plus grand monarque de la terre ambitionnerait un tel honneur : comment pnurrais-je en être digne, moi votre chétif et humble sujet?

LE r.OI BENRI.

Allons, allons, mylord , vous voulez épargner vos ruillers". Vous aurez deux nobles marraines, la vieille duchesse de Norfolk , et la marquise de Dorset; vous conviennent-elles? — Je vous le répète, mylord de Winchester, je vous ordonned'embrasser et d'aimer cet homme.

CAi DINER, embrassant Cranmer.

Je le fais de grand cœur et avec l'aircction d'un frère.

'En vertu d'une coutume bitn anti'rieure iSlialispeare, le pirraiu devait faire cadeau a renr,nnt, d'une lu j,:usicuci cuillers en yermeil. {Noie Un traducteur.)

CRAHMEB, les larmes aux yeux.

Le ciel m'est témoin < ombien cette assurance m'est chère.

LE ROI HENRI

Homme vertueux, ces larmesde joie témoignent de la sincérité de ton cœur; et tu confi[!ll^ la vérité de ce mot qui a parmi le peuple a .jn;; l'autorité d'un adage : a Faites à mylord de i'. terbury un méchant tour, et soyez sûr qu'il ;( la pour toujours votre ami. a Venez, mylord, nuus perdons ici le temps : il me tarde que nous fassions de cette petite une chrétienne. Je vous ai réconciliés, mylords; restez amis; j'en serai plus fort, et vous plus honorés.

Ils sortent.

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