TII
Ce qne tu me dis m'étonne; Pourquoi avoir attendu jusqu'aujourd'hui pour mettre pleinement sous mes yeux l'état de ma fortune? j'aurais pu proportionner mes dépenses aux moyens qui me restaient.
FlAVItlS.
Je vous l'ai proposé plusieurs fois; mais vous n'avez pas voulu m'entendre.
TIMON
Allons, allons , peut-cire faisais-tu tes affaires mes dépens, alors que je refusais de t'entendre;
et maintenant, tu fais de cette répugnance une
excuse de ta conduite.
FLATICS.
0 mon bon maître I bien des fois j'ai apporté mes comptes, et les ai mis sous vos yeux; vous refusiez de les voir en disant que vous vous reposiez sur ma probité. Lorsque, en rc our d'un léger présent, vous m'ordonniez de remettre telle ou telle somme, combien de fois n'ai-je pas secoué Il lilie, et sortant des bornes du respect, ne vousi-je [jas supplié, les larmes aux yeux, davoir la main moins prodigue : je me suis souvent exposé à élre rudoyé par vous en cherchant à vous faire connaître la baisse de votre fortune et le torrent de vos dettes. 0 mon cher maitrci je vous
le dis, bien que cet avertissement tous arrive aujourd'hui trop tard, les ressources qui vous restent sont de moitié trop faibles pour faire face à vos en^agemens actuels.
Tiuon.
Qu'on vende toutes mes terres.
FLAVIUS
Elles sont toutes fortement grevées; quelquesunes sont perdues pour vous ; et ce qui rcsie est à i^eine suffisant pour payer vos dettes actuellement exigibles; l'avenir amène à grands pas de nouvelles charges. Comment ferez-vous dans l'inteivalleî et, en définitive, dans quelle situation vous trouverez-vous 7
TIUON.
Mes domaines s'étendent jusqu'à Lacédémonc.
FLAVIUS
O mon cher maître I l'univers n'est qu'un mot; s'il était à vous, et si vous le donniez d'une seule parole, avec quelle rapidité il vous échapperait!
TIHON.
Tu dis vrai.
FLAVIUS
Si vous suspectez ma gestion ou ma probité , faites-moi comparaître devant les contrôleurs les plus rigides, et sommez-moi rendre descomptes rigoureux. Les dieux m'en sont témoins, quand je voyais nos offices encombrés d'avides p.-irasites, nos caves inondées des flots de vin gaspilla par l'ivresse, quand tous nos appartemens resplcndissans de lumières retentissaient du bruit de la musique , je me retirais dans quelque réduit solitaire , et là, je donnais à mes larmes un libre cours.
TlUON.
Assez, je te prie.
FLAVIUS
Ciel, disais-je, quelle libéralité que celle du seir;!ieur Timon I Que de mets exquis, proiigués i de grossiers esclaves, cette nuit a vu dévorer 1 Qui ne se dit pas le serviteur dévoué de Timon'? qui ne met pas son cœur, sa tête, son épée, son courage et sa bourse au service du grand Timon, du noble, du digne, du loyal Timon? Ah ! ces éloges ne durent qu'autant que l'opulenre les paie. Ce qui est gagné à table est perdu à jeun; il suffit d'une averse pour faire disparaître toutes ces mouches parasites.
TIMON
Allons, cesse de me sermoner; mon cœur n'a point à se reprocher de prodigalités coupai. I>>s; mes dons ont été parfois entachés d'ioi pi udcnce, jamais d'infamie. Pourquoi pleures-tu? As-tu assez peu de confiance pour croire que je manquerai d'amis? Que ton cœur se rassure : quand je vnudrai sonder leur aliection, et mettre leurs cœurs à l'épreuve en faisant un appel à leur bourse , je disposerai d'eux et de leur fortune aussi facilement que je puis l'ordonner de parler.
MAGASIN THEATRAL ETRANGER
FLAVIBS.
Puisse l'événement justifier votre confiance I
TIUON.
Je dirai même plus, je bénis la nécessiié où je me trouve , et je m'en applaudis ; elle me fournit un moyen d'éprouver mes amis. Tu vas voir combien tu l'es mépris sur l'état de ma fortune. Je sui<; riche de la ricliesse de mes amis. — ( Appelant. ) Holà, quelqu'un ! — Flaminius! Servilius!
Enlrcnl FLAMINIUS, SERVILIUS. et d'autres SERVITEURS.
lES SERVITEURS.
Seigneur , seigneur , —
J'ai diverses commissions à vous confier. — Toi, va trouver de ma part le seigneur Lucius,— toi, le seigneur Lucullus ; j'ai chassé aujourd'hui avec lui; — toi , Sempronius : — présentez-leur mes com'plimens, et dites-leur que je me félicite de l'occasion qui m'oblige aujourd'hui â recourir à leur bourse : demandez-leur cinquante talens.
FLAHIHIIIS.
Vos ordres seront exécutés, seigneur.
FLAVIUS, à part.
Les seigneurs Lucius et Lucullus? Homî
TIMON , à un autre serviteur.
Toi va trouver les sénateurs ; j'ai mérité leur reconnaissance , par l'assistance que j'ai prêtée à l'état; dis-leur de m'envojer , sur-le-champ, mille talens.
Ftivms.
J'ai pris la liberté , persuadé que c'était l'expédient le plus prompt, de leur offrir votre signature et votre nom ; mais ils ont secoué la tête, et je ne suis pas revenu plus riche.
TIMON
Est-ce bien vraiT Est-il possible?
FLAVIOS.
Ils répondent tous, et d'une voix unanime, que maintenant ils sont gênés; l'argent leur fait faute; il ne peuvent faire ce qu'ils désireraient; ils sont bien fâchés ; — vous êtes un homme honorable, et cependant ils auraient souhaité; — ils ne savent, — mais, il y a eu de la faute de quelqu'un; — la plus noble nature peut faillir. — Ils regrettent que les choses ne soient pas en meilleure posture I — C'est grand dommage. — Et sur ce, prétextant des affaires sérieuses, accompagnani ces phrases entrecoupées de regards dédaigneux, de demi-saluts , de signes de tête pleins de froideur, ils ont glacé la parole sur mes lèvres.
TIHON.
Giandsdicux, récompensez-les comme ilsle méritent!— [A Flavius.)\a, mon ami, ne t'afflige pas: ce sont des vieillards chez qui l'ingraiilude est enracinée: leur sang épais et froid coule à peine dans leurs veines. S'ils manquent de sensibilité, c'est faute d'être animés d'une chaleur salutaire : njlre nature , à mesure qu'elle s'incline vers la terre, s'acclimate pour son dernier voyage, et devient lourde et terne. — ( A un serviteur. ) Va che; Venlidius. — {A Flavius. ) Bannis la tristesse ; tu es honnête et loyal ; je le dis à haute voix, tu n'a.» aucun tort. — ( Au même serviteur. ) Ventidiu; depuis peu a enterré son père; cette mort lui a légué une grande fortune. Lorsqu'il était pauvre, en prison et sans amis, je lui ai prêté cinc talens : va le saluer de ma part; dis-lui que sor ami est dans un besoin pressant qui l'oblige à lu redemander ces cinq talens : — {A Flavius. Aussitôt que tu les auras, donne-les à ces gen: dont la créance est immédiatement exigible. L: fortune de Timon, gr&ce à ses amis, ne saurai périr; ne dis pas, et garde-toi de penser le contraire.
FLAVIUS
Je voudrais le pouvoir. Cette pensée fait mal : un cœur généreux ; libéral cl bon, il juge des au très par lui-même.
Us sortent.
FIN OD BEUXIEUE &CTE
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