SCENE II
Même ville. — Uue place puLlique.
Arrivent LCCIUS et TROIS ÉTRANGERS.
LUCICS.
Qui, le seigneur Timon? c'est mon intime ami; c'est un homme honorable.
PREMIER ÈrranGER.
Nous le savons, bien que nous ne le connaissions pas personnellement. Mais il est une chose que je puis vous dire, seigneur; s'il faut en croire la rumeur publique, les jours prospères de Timon sont passés, et sa fortune s'écroule.
LCCIDS.
N'en croyez rien : il est impassible qu'il soit i court d'argent.
* Un commentateur observe ici que, selon tontes lea pronabililes, celle nioDnaic-U est de l'iaTenlioo de Sbalt^ spcarc. {Naïc du traducteur.)
MAGASIN THËATI\AL ETRANGER
DEUVIEUE ÉTRANGER.
Je VOUS assure, seigneur, qu'il n'y a pas longtemps qu'un de ses jons est venu, de sa part, trouver Lucullus, pour lui emprunter je ne sais combien de talens; il a vivement insisté, disant que son maître en avait un besoin pressant; et néaumoios il a essuyé un refus.
LUCIUS
Comment dites-vous 7
DEUXIÈME ÉTRANCER.
Je dis, seigneur, qu'il a essuyé un refus.
LUCIUS
Quelle chose étrange! Par tous les dieux, j'en rou!;is de honte. Répondre par un refus à un homme aussi honorable! c'est là une conduite qui i'est bien peu. Pour ce qui est de moi , je dois l'avouer, j'ai reçu parfois de légères marques <\o sa bienveillance, telles que de l'argent, de la vaisselle plate, des bijoux, et autres bagatelles de ce genre qui sont loin d'égaler ce qu'a reçu Lucullus; néanmoins, si, faisant peu de fonds sur lui, il s'était adressé à moi , je ne lui aurais pas refusé les talens qu'il demandait.
Arrive SERVILIUS.
SERVII.inS.
Voilà justement le seigneur Lucius qUe je rencontre fort à propos ; je le cherche depuis longtemps. — (A Lucius. ) Honoré seigneur, —
tUCIDS.
Serviliusl je suis charmé de te voir. Adieu, fais mes complimens à ton honorable et vertueux maître, le plus cher de mes amis.
SERVILIUS
Sous votre bon plaisir , seigneur, mon maître vous envoie, —
LDCICS.
Ha! qiiem'envoie-t-il? j'ai tant d'affection peur lui! il ne cesse d'envoyer. Dis-moi comment je puis lui témoigner ma reconnaissance? Et que m'envoie- t-il maintenant?
SERVILIUS
Il vous envoie seulement prévenir de la nécessité pressante où il se trouve, et vous prie de mettre immédiatement 4 sa disposition un certain nombre de talens.
ircius.
Je vois que ton maître veut plaisanter avec moi; eût-il besoin de cinq mille talens, il ne serait pas embarrassé pour les trouver.
SERVILIUS
Mais en attendant , seiijneur, il a besoin d'une somme beaucoup moins lurtc. Si s<:s besoins n'étaient pas réels , je ne mettrais pas la moitié autant d'énergie dans mes instances.
lUClL'S.
Parles-tu sérieusemeni, Soivillus?
SERVILIUS
Ce que je vous dis est vrai , scignci"-
LUCIII5.
Quel imbécile je suis de ni'èlrc dcgSTni d'ar^^ gent, et cela au moment oîi je trouve l'heureuse occasion d'agir honorablement! Par quelle fatalité faut-il qu'hier j'aie fait une fort petite acquisition qui me prive d'un très-grand honneur? Servilius, je te le jure â la face des dieux, la chose m'est impossible : que je m'en veux de ma sottise! — ces personnes me sont témoins que j'allais moi-même envoyer chez le seigneur Timon pour lui faite un emprunt ; mais, pour toutes les richesses d'Athènes, je ne voudrais pas à prcsentl'avoir fait. Présente mes sincères complimens à ton excellent maître; j'espère qu'il ne m'en voudra pas de ce que je suis dans l'impuissance de l'obliger. Dis-lui de ma part que je regarde comme le plus grand malheur qui put m'affliger de n'avoir pu rendre service à un homme aussi honorable. Mon cher Servilius , fais-moi le plaisir de llji rapporter textuellement mes paroles.
SERVILIUS
Je n'y manquerai pas, seigneur.
LUCIUS
Je t'en serai reconnaissant, Servilius.
Servilius s'éloigne.
tvciBs, continuant.
Vous aviez bien raison de dire que les aCTaircs de Timon vont mal ; et quand une fois un homme a éprouvé un refus, il est rare qu'il aille loin.
Lucics s'éloigne.
premier étranger.
Avez-vous remarqué ceci, Hostiliusî
DEUXIEME ÉTRANGER
Que trop bien.