‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 378 sur 633 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

ArmtnlïLUnVS et DEUX SÉNATEURS.

FLâVICS.

C'est en vain que vous cherchez à parler à Tioon; il s'est tellement concentré en lui-même, «w, lui excepté, tout ce qui a figure humaine lui «' odieux.

PKEUIER SÊNilTEIJR.

Conduisez-nous à sa caverne. Nous sommes "argçs déparier à Timon ; nous l'avons promis i"» Athéniens.

DECXIÈUE SÉNATECR,

Lesboumes oe sgut psi» Isi mêmes eu toute occur*

rence. C'est le Temps elle Chagrin qui l'ont ainsi changé: le Temps, d'une main plus propice, lui icndant le bonheur de ses premiers jours, peut le faire redevenir ce qu'il était. Conduisez-nous vira lui, et tentons l'événement.

FLAVIOS.

Voici sa caverne: que la paivetle contenlemfnt y habitent! Seigneur Timon ! Timon! aiouire^vous, et parlez à vos amis. Les Aihéniens vous députent deux de leurssénateurs les plus véuciables. Parlez-leur, noble Timon.

Arrive TIMON.

TISION.

Soleil, au lieu de vivilier, brûle! — Parle?, et soyez maudits! Pour chaque vérité que vous direz, puisïiez-vous élre afiligés d'une pustule; et pour chaque mensonge, qu'un feu dévorant cauleiise votre laugue jusqu'à la racine.

PKEMIEB SÉNATEUR.

Digue Timon, —

TIMON

Digne de vous comme vous de lui.

DEUXIÈME SÉNATEUR

Timon, les sénateurs d'Aihénes vous saluent.

TIMON

Je les remercie ; et en retour, je leur enverrais la peste , si je pouvais l'attraper pour la leur donner.

PREMIER SÉNATEUR

Oh! oubliez une injure que nous regrettons nousmêmes d'avoir commise. Les sénateurs, unanimes dans leur affection pour vous, vous supplient de revenir à Athènes, où les premières dignités de l'état vous attendent.

DECXIÈHE SEKATEDR.

Ils s'avouent coupables envers vous d'une ingratitudetrop violente et trop grave; le peuple luimême, qui rarement revient sur ses décisions, comprend le besoin qu'il a de Timon , et pénétré du sentiment de sa faute, il implore votre assistance. Il nous a chargés de vous témoigner son repentir et de vous offrir une récompense qui dépasse de beaucoup la gravité de l'offense, une telle somme d'affection, de richesses et d'honneurs, qu'elle effacera nos torts et sera un monument éternel de notre reconnaissance.

TlMON.

Vous m'enchantez; peu s'en faut que je ne pleure de surprise et de joie. Donnez-moi le cœur d'un imbécile et les yeux d'une femme , et vous me verrez, dignes sénateurs , accueillir par des pleurs vos offres consolantes.

PREMIER SÉMATEUR.

Daignez donc revenir parmi nous et prendre en main le gouvernement d'Athènes, votre patrie et la notre; vous serez accueilli avec graiiiude, on vous confiera un absolu pouvoir, et l'auionté de voue nom glorieux sera respectée, bt-. lors nous aurons bientôt repousse les attaques du fa-

-ffie

MAr.z-.STN TîtFVtP.AL ÉTP.ANr.ER.

rouche Alcihiadp, qui, toi .in'un sanglier furieux, dëracinela paix au sein de sa patrie.

DEUXIÉUE SiiNATEUR.

Et brandit son glaive menaçant contre les murs d'Athènes.

PREMIER SÉNATEUR

Ainsi donc, Timon, —

TIMON

Oui, seigneur, je le veux bien; je le veux bien, seigneur; — voici ma réponse : — Si Alcibiadeiue mes concitoyens, dites à Alcibiade, de la part de Timon , que Timon ne s'en embarrasse guère : mais s'il saccage la brillante Atliènes, s'il tire par la barbe nos vénérables vieillards , s'il livre nos vierges sacrées à la licence effrénée, grossière et sauvage de la guerre, alors qu'il sache, et dites-lui de la part de Timon, qu'ému de pitié pour nos jeunes filles et nos \iuillards, je ne puis m'empêcher de lui dire, — que cela m'est fort égal; qu'il le prenne comme il le voudra. Croyeznioc.uioquez-vousde leurs glaives, tant qu'il vous restera une gorge .î couper; quant à moi, il n'est pas un couieau dans le camp que je n'estime à plus liaut prix que la gorge la plus vénérable d'Athènes. Sur ce , je vous abandonne à la protection des dieux propices , comme des voleurs à la garde des exempts.

FLAVIUS

Ne restez pas plus long-iemps; tous vos efforts sont inutiles.

TIMON

Tout-à-1'bcure encore, j'écrivais mon épitaphe; on la verra demain. La longue agonie de mon existenie louche à son terme, et le néant va tout me donner. Adieu, continuez à vivre; qu'Alcibiade soit votre fléau, soyez le sien, et que cela dure long-temps!

plteUIER SF.NATEDR.

Nous parlons en vain.

TIMON

Cependant j'aime ma patrie, et je ne suis point homme à men-jouir du naufrai;c commun, comme on en fait courir le bruit.

PREMIER SENATBUR.

Voilà qui est bien parlé. TiaoN.

Rccommandez-mui a mes bien aimés compatriotes,—

PREMIER SÉNATEOK.

Ces paroles sont dignes de la bouche qui les prononce.

DEUXIÈME SÉNATEUR

Elles entrent dans nos oreilles, comme les généraux vainqueurs passent sous la parle triomphale.

TIMON

Faites-leur mes complimens; et dites-leur que pour calmer leurs angoisses, leur frayeur do l'eniicini, pour adoucir leurs souffrances, leuH perles, leurs peines d'amour, ainsi que toutes les autres douleurs auxr|nelles est exposé le fragile vaisseau de notre existence dans le périlleux voyage de

la vie, je veux leur rciulri" un service; je» \i leur apprendre à se meure à l'abri de la Cd| c du farouche Alcibiade. '

DEUXIÈME SÉNATEUR

Voilà qui me plait; nous le ramènerons. '

TIMON

J'ai dans mon jardin un arbre que j'ai le j k jet d'abattre pour mon usage, et que je coii^ li bientôt. Dilesà mes amis, dites à tousles Atl.éiiÈ i, depuisle premier jusqu'au dernier, que ceux d' |. tre eux <iui veulent mettre fin à leur afflidioi Se hâtent de venir ici se pendre à mon arbro i9tt que j'y porte la hache. Dites-leur cela de ma pm. je vous prie.

Ne l'importunez plus; vous le trouverez toujours le même.

TIMON

Ne revenez plus me voir ; mais dites aux AtHniens que Timon a établi son éternelle dcniéttr» aux bords de la mer, dont le flot turbulent viadra chaque jour le couvrir de son écume. Veii«*y, et que la pierre de mon tombeau soit votre oratle. 0 ma bouche, prononce encore des paroles aSères, et ensuite que ma voix s'éteigne à jami Ce qui est mal, que la peste et la contagiome corrigent! Que les hommes n'aient que leur loilke à creuser pour travail, et la mort pour salairel Soleil, cache tes rayons! Timon a termine élo règne.

TiMON s'éloigne.

FLAVIUS

Ses rcssentimens sout incorporés sans retoitti sa nature.

DEUXIÈME SÉNATEUR

L'espérance que nous placions en lui est mortt: retournons sur nos pas, et voyons quels aulhs espcdicns nous restent dans nos périls pressiw.

PREMIER SÉNATEUR

Il n'y a pas de temps à perdre.

Ils s'cloisncnt.

Page 1