‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 377 sur 633 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

Même lieu. Devant la caverne de Timon.

'•"iVoii I.E POÈTE et LE PEINTRE. TIMON, 1» ilj iie vofeni pas, les observe à quelque disiunce.

LE PEINTRE

J'ii remarqué l'endroit; sa demeure ne doit re» être éloignée d'ici.

LE POETE

'.'lie devons-nous penser de lui 7 Faut-il en '"'"c lu bruit public? Esl-il vrai qu'il rcuoi^jo J'or?

LE PEINTRE

Cela est certain, Alcibiade l'a affirmé ; Phryné et Timandre ont reçu de l'or de lui ; il a en aussi donné une grande quantité à des soldats maraudeurs. On (!it qu'il a fait cadeau à sou intendant d'une somme cousidin-able.

LE POÈTE

Ainsi sa prétendue ruine n'a été qu'un stratagème pour éprouver ses amis?

LE PEINTKE.

Pas autre chose. Vous le verrez triompher de nouveau dans Athènes et s'élever au niveau des têtes les plus hautes. Il est donc à propos qu« nous lui fassions l'offre de nos services dans son iulorlune supposée : ceh nous donnera un vernis

MAGASIN THEATRAL ETRANGER

d'bonncteté, etilestprobaMe quenous atteindrons le 'lut quenous nous proposons, s'il est aussi riche qu'oi' If (lit.

LE POÈTE

Qu'avei-vous maintenant à lui offrirî

LE PEINTBE.

Rien pour le moment, si ce n'est ma visite, mais je lui promettrai un excellent tableau.

LE POÈTE

J'en userai de mèrne avec lui; je lui dirai que je prépare un ouvrage pour lui,

LE PEINTRE

C'est on ne peut mieux ; promettre est à l'ordre du jour; cela tient l'espérance en éveil. Tenir est ce qu'il y a au monde de plus sot, sauf parmi les âmes simples et ignorantes : tenir sa parole est passé d'usage ; les promesses sont une chose polie et fashionable ; l'exécution est une sorte de testament ; elle atteste un état grave de maladie dans le jugement de son auteur.

TIMON, ô part.

Excellent peintre ! Tu n'as jamais fait de portrait plus bideux que toi-même.

LE POETE

Je chercbe de quelle nature doit être l'ouvrage que je lui dirai avoir préparé pour lui : il iaut qu'il en soi! lui-même le sujet. Ce sera une satire contre la mollesse de la prospérité, avec un aperçu des adulations sans fin qui obsèdent la jeunesse et l'opulence.

TiuoN, à part.

Veux-tu donc, dans ton propre ouvrage, jouer le rôle d'un mallionnête homme? Veux-tu, sous le Dom des autres, flageller tes propres vices? Fais cela ; j'ai de l'or pour toi.

LE POÈTE

Allons le trouver : nous agissons contre nos intérêts, quand, pouvant réaliser un profit, nous arrivons trop tard.

LE PEISTr.ï.

C'est vrai : avant que la nuit vienne, pendant qu'il l'ait jour, mettons sa lumière à profit pour chercher ce dont nous avons besoin; venez. TiMON, à paii.

Je vais aller au-devant de vous. — Quel dieu qne cet or adoré dans des temples plus abjects qu'on.; auge à pourceauxl Or, tu frètes le navire q'ii fend londe écumante; t'i environnes d'admiration et de respect l'esclave le plus vil. Sois adoré, et que tous les fléaux accablent les inseusês dévoués à ton culte 1 — Abordons-les.

II s'avance.

LE POÊTI.

Salut, digne Timnu !

i.K l'^:lNT^K.

Notre ancien et ndhli- maiire.

TiaoN.

M'i-st-il enfin donne île voir deux honnêtes gcu.î

LE POÈTE

Seigneur, dou$ qui avons souvent eu part à vos

bontés, ayant appris votre retraite et la désertion de vos amis, dont l'ingratitude, — cœurs abog|à. nableslle ciel n'a pas assez de châtinens pd^t eux. — Eh quoi! vous, dont la générosité, t*qu'un astre radieux, donnait à tout leur cire chaleur et la viel — Vous me voyez confondu, n ne trouve pas de mots assez amples pour en hab.. 1er l'immensité de cette ingratitude.

TIMON

Laissez-la marcher nue, elle n'en sera que plus visible aux regards des hommes. Vous qui êtes d'honnêtes gens, le contraste de votre loyauté fai suffisamment ressortir leur infamie.

LE PEINTRE

Lui et moi, nous avons reçu l'abondante ros*e de vos bienfaits, et nous en avons gardé unaouvenir reconnaissant.

TÎSION.

Oh t vous êtes d'honnêtes gens.

lE PEINTBB.

Nous venons pour vous oQ'rir nos services.

TIMON

Cœurs honnêtes I Comment m'acquitter entwj wousî Aimez-vous les racines et l'eau pure? ^.

Tons DEUX.

Tout ce que nous pourrons faire, nous le fequ pour vous.

TIMON

Vous êtes d'honnêtes gens. On vous a di' ^t j'avais de l'or : dites la vérité ; vous êtes d'u nétes gens?

lE PEINTRE.

On nous l'a dit, seigneur ; mais ce n'est pas'pout cela que nous sommes venus, mon ami et moi.

TIMON

Les honnêtes gens quevous faites! — [AuP^ Ire.) Tu fais un portrait mieux qu'aucun pcÏDlR d'Atbcnes ; lu es le premier dans ton art; J|iii artiste ne sait mieux que toi simuler la vie e| vérité.

<>» LE PEINTRE

Vous me flattez, seigneur.

TIUON.

Je dis ce qui est. — {Au Poêle.) Et toi, dail|ks fictions, ton vers coule gracieux et doux, et l'an) rivalise avecla nature. — Maiscelan'empécbepii mes dignes amis, que vous n'ayez un léger détkii. permettez-moi de vous le dire; ce défaut n'a riei en vous de bien monstrueux, et je ne désire^) que vous preniez beaucoup de peine pour votutn corriger.

TODS DEUX.

Veuillez, seigneur, nous le faire conna!II%

Vous prendrez mes paroles en mauvaise pali^

TOUS DEUX

Nous serons, au contraire, on ne peut plttl.Wconnaissans, seigneur.

TIMON

Vous le voulez sérieusement?

TOUS DEUX

N'en doutez pas, :>cigacur.

TIMON D'ATHENES

TIUON.

£b bien! je VOUS dirai que cliacun de vous se liane a un coquio qui le trompe.

lOCS DECX.

Vous croyez, seigneur »

TlHOS.

Oui, certes; vous l'entendez vous flatter, vous Is voyez dissimuler et feindre, vous connaissez ■n grossier artifice, et cependant vous l'aimez, vous le nourrissez, vous le réchauffez dans votre •no; tenez toutefois pour certain que c'est un :>(;lérat fieffé.

LK PEINTRE

Je ne connais personne de ce caractère, seioeur.

LE POÈTE

Ki moi non plus.

TIUON.

Écoute:: je vous veux du bien ; je vous donnerai de l'or, mais chassez-moi ces coquins de votre ijupagnie: pendez-les, poignardez-les, noyez-les lansla fange, délruisez-les par un moyen queliiDijae; puis revenez me trouver ; je vous donnelai buucoup d'or.

TOOS DEUX.

Sommez-les, seigneur, faites-nous-les con-

Ljiue.

TIMON

Tous, — et TOUS — quand vous êtes enicmble ijus n'êtes que deux; cependant lorsque chacun rfe tous est à part, et seul, un archi-scélérat lui îiot compagnie. — [Au Peintre.) Si tu ne veux jss que là où tu es il y ait deux scélérats, ne 1 approche pas de lui. — (Au Poèie.) Si lu veux :je là où tu résides il n'y ait qu'un seul co- ;oio, éloigne- loi de lui. — Partez, décampez; voilà iel'or. C'est de l'or que vous êtes venus chercher, iisérables. Vous avez travaillé pour moi ; voilà

jue paiement. Dors d'ici. — (Au Peintre.) Tu es ililiiaisie; fais de l'or avec cela.

li s'éloie

1 les battant et les chassant devant lu

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