‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 382 sur 633 · HIPPOLYTE · texte numérisé non relu

HIPPOLYTE

Quatre jours auront bientôt fait place a autan

MAGASIN THEATRAL ETPANCER.

(le nuits; quatre nuits auront bientôt vu le temps s'envoler rotnnic un songe; et alors la lune, paicille à un arc d'argent tendu dans les cieux , éclairera la nuit de nos solennités.

TIIÈ&ËC,

Va, riiilosirate, invite à la joie la jeunesse alliénienne; éveille le génie desplaisiis et de la gaiié, iclègue la tristesse dans son tombeau ; la pâleur de son front assombrirait nos fêtes.

l'uiLOsiKATE snri.

THÉSÉE , lontiniiniii.

Hippoly te, je vous ai conquise l'épée à la main", et c'est sans autres litres que ceux d'un ennemi que j'ai obtenu votre amour; mais je veux vous épouser sous d'autres auspices, au milieu de a pompe, des fêles et di- l'allégresse.

Entrent EGÉE, HERMIA, LYSANDF.E et DÊMÉTRIUS.

EGÉE

Piospéri à Thésée , notre illustre duc I

THÉSÉE

.le vous rends grâces, mon clicr Egée. Quelles nouvelle nous annoncez- vous 7

ÉCÈE.

Je viens, l'ame conlrislée, porter plainte contre mon enfant, ina lîllc Herniia. — Avancez, Démé-

li-jusj njnn nuMe seigneur, cet homme a mon

consentement pour l'épouser. — Avancez, Lysan-

jre mon gracieux duc, cet homme a ensorcelé

lecteur démon enfant.— Oui, Lysandre,lu as composé des vers pour elle; tu as échangé avec elle des gages d'amour ; et â la clai lé de la lune, tu a» sous ses fenêtres chante d'une voix mensongère les vers d'un amour imposteur; tu as séduit son imagination à l'aide de biacelets tissus de les cheveux, de bagues, de colifichets, de frivoles bagatelles, de bouquets, de friandises; moyens toujours puissans sur la jeunesse inexpérimentée : c'est ainsi que tu as adroilemcut dérobé le cœur de ma fille , transformé l'obéissance qu'elle me doit en obstination rebelle. -Mon gracieux duc, si à l'instant même, devant vous, elle ne consent à épouser Démélrius, je revendique l'antique privilège d'Avhèues. Elle est à moi, et je puis disposer d'elle; qu'elle choisisse donc entre la main de ce jeune liommc ou la mort immédiate, que, dans cecis, nos lois prononcent.

THÉSi'E

Que répondez - vous , llermiaî Réfléchissez

Apr

victoire sur les Amaeones, Thésée C3i.ii>e leur reiue lllppolylc, que d'autres nomment Aniiope; il l'épousa cl en cul un fi nomme Hippoîjle, qui muuiut victime de sa cli.rsl.lé ei de l'amour adulli;ro de tbedrc. (A'o/e (/" Iradiicteiir.)

jeune fille; votre père doit ê(re un dieu pour vous; c'est de lui que vous tenez vuti e être et vos charmes ; vous devez être dans ses mains comme une cire molle, dont il peut à son gré laisser subsister la forme ou la déiruirc. Démélrius est un cavalier digne d'estime.

IIERUIA.

11 en est de même de Lysandrc.

TUËSËC.

l'crsonncllcment, oui; mais comme il n'a pas le sulTr.Tge de votre père, l'autre doit lui être prêlélé.

nrr.aïA.

One mon père ii'a-l-il mes yeux!

THÉSÉE

Vos yeux doivent être d'accord avec son jugement.

OERHIA.

.1» .ous supplie, seigneur, de me pardonner. 3o ne sais quelle force secrète me rend si hardie, et si je ne porte pas atteinte à la modestie de mon sexe en déclarant mes sentimens devant cette auguste assemblée. Mais je vous conjure de me faire connaître le pire destin qui peut m'advenirsi je refuse d'épouser Démélrius.

THÉSÉE

Ce sera ou de subir la mort, ou de renoncer i jamais à la société des hommes. Ainsi donc, belle Hermia, interrogez vos désirs, considérez votre jeunesse, examinez vos peachans; voyez si en refusant d'accéder au choix de votre père, vous vous semez capable de porter la livrée des vierges, de vous renfermer à jamais dans l'ombre de la retraite, de passer toute votre vie dans la stérilité, en chantant des hymnes insipides  l'insensible et froide Diane. Trois fois heureuses celles qui, mai. tresses de leurs sens, peuvent soulenir ce monotone pèlerinage; mais plus heureuse ici-bas est la rose qui nous cède ses parfums, que celle qui, se flétrissant sur sa lige virginale, croit, vit et meurt solitaire.

nERMIA.

Je veux ainsi, seigneur, ci oitre, vivre et mourir, plutôt que de donner ma virginité à un hiiuime dont je rej'ousse le joug, et dont mon cœur ne coisent point à reconnaître la souveraineté.

THÉSÉE

Prenez le temps delà réflexion ; et le jour de la lune nouvelle, qui doit entre ma liancée et moi consacrer les liens d'une union indissoluble, ce jour-là, préparez-vous à mourir pour désobéissance aux volontés de votre père, ou à épouser Démélrius, comme il le désire, ou a jurer sur l'autel de Diane une austérité et uoe virgiulè éiernelle,

DÉHÉTBIUS.

Laissez-vous fléchir, charmante Hermia; — et toi, Lysandrc, fais céder ton liiir frajjile ù l'incontestable lécitimiié de mes droils.

SONGE D'UNE NUIT D'ÈTft.

ITSANBUE.

Démcirius, vous a\ez l'affection de son père; 6pousez-le, et laissez-moi Ilermia.

EGÉE

Insultant Lysandre I oui, sans doute, il a mon alTection; et ce qui est i moi, mon aO'ection le lui donnera ; or, ma fille est à moi , et je transmets i Dëmétrius tous mes droits sur elle.

LTSANDItE, Ù Th(S(P.

Seigneur, je suis aussi haut placé que lui par la naissance et la fortune; mon amour l'emporHsur le sien; mon rang est égal au sien, si même il ne lui est supérieur, et j'ai de plus que lui l'amour de la belle Hermia : pourquoi donc ne souliendrais-je pas mes droits 7 Dëmétrius, je le déclare à sa face, a offert ses hommages à la fille de Nédar, à Hélène, et il a séduit son cœur; cette beauté charmante aime d'un amour idolâtre cet homme inconstant et coupable.

TBÉSÉE.

J'avoue que ce bruit est venu jusqu'à moi, et je me proposais d'en parler à Démétrius; mais préoccupé de mes propres affaires, je n'y ai plus pensé. — Venez avec moi, Déméirius, — et vous aussi, Egée; j'ai à vous donner à tous deux quelques avis particuliers. — Quant à vous, belle Ilermia, préparez-vous à vous conformer aux volontés de votre père; sinon les lois d'Athènes, que nous n'avons aucun moyen d'adoucir, vous condamnent â mourir, ou à faire vœu do virginité pour le reste de vos jours. — Venez, ma chère Hippolyte! comment vous trouvez-vous, ma bienaimée? — Déméirius, — et vous, Egée, — suivezmoi : j'ai â vous confier une mission pour le jour de notre hymen; et je veux m'entretenir avec vous sur un sujet qui vous intéresse personnellement.

ËCEE

Avec respect et dévoi^mcnt nous vous suivrons-

TnÉsÊE et SA Suite, Hippolyte, Egée ci Déuêtrius sorleni.

LTStNDKE.

Eh bien I mon amour? pourquoi vos joues sontelles si pâles? Quelle cause a fané si tôt les roses de votre teint?

BERHIl.

Le manque de pluie, sans doute ; disette à laquelle pourrait aisément suppléer l'orage de mes larmes.

LÏSANDBE.

nébst je n'ai jamais lu, je n'ai jamais entendu dire que l'amour sincère eût un cours paisible; tantôt c'est la naissance qui diffère, —

nERUIA.

Quel supplice I quand l'amour enchaîne le piiiico à l'humble bergère '■

lïSiNDRE.

T:nt6t c'est la disproportion d'â^e; —

Oiourrannt! quand la vieillesse nst unie J l'ci" trcme jeunesse.

LTSANDRB.

Tantôt il faut que le cœur se détermine par îo *ioix des parens; —

Quel enfer, de choisir l'objet Jo son amour par les yeux d'autrui!

Ou SI ce choix répond i nos syiapalhics, Il guerre, la mort ou la m.iladie, viennent le traverser; si bien que l'amour est aussi fugitif qu'un son , aussi passager qu'une ombre , aussi court qu'un rêve , aussi rapide que l'éclair dans la nuit obscure, qui brusquement découvre à nos regards et le ciel et la terre, et avant qu'on aii le temps de dire, u Voyez 1» disparait au sein des ténèbres; tant il est vrai que tout ce qui brille est prompt à s'évanouir.

HEKUIA.

Si l'amour sincère a toujours rencontré des obstacles, c'est en vertu d'un décret de l,i destinée. Apprenons donc à supporter cet inconvénient avec patience, puisque c'est un mal inévitable, aussi habituel aux amans que la rêverie, Ips songes, les soupirs, les vœux, les larmes, iriste accompagnement de l'amour.

LYSANDRB.

Le conseil est sage; écoutez-moi donc, Ucrnila. J'ai uno tante qui est veuve, une richa douairière qui n'a pas d'enfans. Sa demeure est à sept lieues d'.Aihènes , et elle me chérit commis -j jetais son fils unique. Dans cet asile, Uenuia, je puis vous épouser.et les luis rigoureuses i'\ihèues ne nous y poursuivront pas. Si donc vous m'aimez , fuyez demain de la maison de votic père. Je vous aitendrai dans un bois situé à une lieue de la ville, à l'endroit même où je vous rencontrai un jour avec Hélène, allant célébrer il première aurore de mai.

UERMIA.

Mon cher Lysandrel je le le jure par l'arc le plus fort de Cupidon , par sa flèclie dorée la plus acérée; par la simplessedes colombes de Vénus; par les nœuds qui enchaineni les anics et font prospérer les amours; par le feu qui brûla l.i reine de Carthage ', alors qu'elle vit le parjure Troyen fuyant à pleines voiles; par tous les serinens que les hommes ont violés, en plus grand nombre que les femmes n'en firent jamais, j'ir.ii te rejoindre sans faute au rendez-vous que tu m'as assigné.

r oublii

ETIieséecstd::

* Sliakespearc paraît ici avu beaucoup aolerieur i Dicton ; mais on sait que notre luleur ne se fail pas faute d'anaclironismes. (.Vo/e dit Ira- (laclrur.)

MAGASIN THEATRAL ÉTRANGER

lYSlNDEE.

Tenez voire promesse, mon amour. Voici Dé- Icne qui vient à nous.

Entre IITLÊNC.

HEr.vln.

Que les dieui vous protègent, belle liélène ' Où allez-vous ainsi ?

HÊT.ÉNE.

Vous m'appelez belle? Kélractez cette paroli- — Démétrius aime la heauié. Que vous êtes heu reuses, vous qui êtes telles! vos yeuxsontrétoilipolaire des amans; vos voit ont une harmonii plus douLe que le chant de l'alouette à l'oreillt du berger, quand les blés sont verts et l'aubépim en (leurs. Les maladies sont contagieuses; oh: que la beauté ne l'ost-elle pareillemenl! Je ga gnerais la vôtre, belle Hermia, avant de vous quitter. Mon oreille saisirait votre voix, mes yeux vos regards; ma voix la suave mélodie de la vôtre. Si le monde m'appartenait, Démétrius excepté, je donneiais tout le reste pour être comme vous. Ob', enseignez-moi â vous ressembler; apprenez-moi par quel art vous gouvernez les mouvemens du cœur de Démétrius.

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