‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 393 sur 633 · MEURT-DE-FAIM · texte numérisé non relu

MEURT-DE-FAIM

Je le crains bien, sur ma parole.

LANAVETTE.

Mes maîtres, réfléchissez -y bien; amener — Dieu nous en préserve 1 — un lion parmi des dames, c'est une chose terrible; car il n'y a pas de béte sauvage plus redoutable que le lion vivant; et c'est à quoi il faut faire attention.

■UFLE.

II faudra, dans an autre prologue, avertir qne

ce n'est pas un lion.

LAKAVETTB.

Il y a plus, il faudra que l'aclenr chargé de ce: rôle dise son nom, qu'à travers le cou du lion il montre à moitié son visage, et qu'il dise ceci ou quelque chose d'approchant : — « Mesdames, ou belles dames, je vous demande, ou je vous prie, ou je vous conjure de ne pas avoir peur, de ne pas trembler : je réponds de votre vie sur la mienne ; si vous croyez que c'est un lion que vous avez devant vous, vous vous trompez singulièrement. Non, il n'en est rien ; je suis un homme tout comme les autres hommes, a et alors qu'il décline son nom et dise tout bonnement qu'il est Vilbrequin, le menuisier.

LECOING.

Allons, cela sera ainsi; mais il reste encore deux dif6cultés graves ; c'est , d'abord, d'introduire le clair de lune dans un appartement.

VILBRBQOIÎI.

La lune brillera-t-elle la nuit où nous devons représenter notre pièce?

LANAVETTE.

Cn almanacht un almanach! regardez dant l'almanach; voyez s'il fera clair de lune.

LECOING.

Oui, la lune brillera cette nuit-là.

LANAVETTE.

Alors il faudra laisser ouverte une des fenitret de la pièce dans laquelle nous jouerons; et la lune y brillera à travers la croisée.

LECOINO.

Oui, sans doute; il y aurait encore un autre moyen; un homme viendrait avec un fagot d'épines et une lanterne, et il dirait qu'il vient pour figurer , ou représenter la personne du clair de lune. Mais il y a encore une autre difGculté, il nous faut une muraille dans la grande salle ; car Pyrame et Thisbé, dit l'histoire, se parlaient i r avers les fontes d'un mur.

SONGE DUNE NUIT D'ÉTÉ

VILtREODIN.

Vous ne pourrez jamais amener une muraille lur la scène ; qu'en dis-tu, LanaretteT

LASAVETTE.

Il faut que quelqu'un représente la muraille, qu'il ait sur lui quelque enduit de plâtre, d'argile ou de crépi pour figurer un mur, ou qu'il tienne ses doigts comme cela; et à travers les interstices, Pyrame et Tbisbé se parleront tout bas.

LECOiNe.

Si cela peut se faire, alors tout est pour le mieux; allons, asseyez-vous tous, enfans, et répétez vos rôles. Vous, Pyrame, commencez : quand vous aurez débité ce que vous avez à dire, vous entrerez dans ce taillis, et ainsi de suite, chacun dans l'ordre de son râle.

Arrive FARFADET, invisible.

FARFADET

Quels rustiques personnages sont ici à brailler i deux pas du lieu où repose la reine des fées T Eh quoil une pièce de spectacle qu'on va jouer î je veux y assister comme spectateur; et peut-être y serai-je acteur, si l'occasion s'en présente.

LECOIMG.

Parlez, Pyrame. — Thisbé, avancez.

PTRÀME, déclamant.

Suave est, ma Thisbé, le parfum que j'arrose.

LECoïKG, le reprenant.

De la rose.

PïaAME.

Le parfum de la rose.

Ton haleine est encor plus suave cent fois. Mais silence ! voilà que j'entends une voit. Laisse-moi m'éloigner un instant, et pour cause; Tout-à-l'heure je vais reparaître à tes jeux.

Il s'éloigne.

FARFADET, à part.

Jamais ces lieui n'ont vude,Pyrame plusétrange.

Il s'éloigne.

TBISBë.

C'est mon tour de parler.

LECOING.

Oui, assurément; il n'est sorti que pour s'assuler de la cause d'un bruit qu'il a entendu, et il VI revenir.

THISBÉ, déclamant.

M..n Pjrame chéri, mon amant radieux, Jeune homme au teint de lis, ta figure charmante

ice en incarnat la rose triomphante ; aimable compagnon, jouvenceau sans égal, l'Ius l.;ger, plus nerveux que le jeune cheval Qui poursuit sans broncher sa course infatigable. Va, j'irai te rejoindre au tombeau de Ninni.

LECOING.

Au tombeau de Niuust Mais vous n'en êtes pas

encore là ;ce dernier vers fait partie d'une réponse que vous faites plus tard i Pyrame. Vous débitez votre rôle tout d'une haleine, sans attendre la réplique.— Pyrame, entrez ; votre interlocutrice en est restée â ces mots :

Sa course infatigable

Reviennent FARFADET et LANAVETTE , affublé d'une tête d'âne.

Plus léger, plus nerveux que le jeune'cheval Qui poursuit sans broncher sa course infatigabi PYRAME.

C'est ponr toi seulement que je veux être

MaThisbé...

ble,

LECOING, roui effrayé à la vue de la tile d'âne, 0 monstruosité I 6 prodige! des esprits malfaisans nous poursuivent. En prières, mes amisi sauvons-nous! au secours!

Toute la troupe FAKFASXT.

Attendez un peu, mes compères.

Que je vous donne une lefoa.

A travers taillis et buissons.

Marécages et fondrières ,

Je vais vous tailler des croupières ;

Tantêt cheval, tantôt limier.

Ours sans tète, ou bien sanglier,

Ou bien encore feu qni ilarabe, Vous me verrez, plus que vous tous, ingambe; Vous m'entendrez, à vos trousses, rugir. Grogner, japper, étincelcr, hennir.

nfuit.

Mil

Ours des bois, sanglier, limier, cheval, ou flamme. // s'éloign

LANAVETTE.

Pourquoi fuyez-vous ainsi ? c'est un tour qu'ils me jouent; ils veulent me faire peur.

Revient MDFLE.

UDFLK.

•0 Lanavette, comme te voilà métamorphosé I Que vois-je sur tes épaules?

LANAVETTE,

Ce que tu vois! une têted'âne qui t'appartient n'est-il pas vrai?

Mufle s'éloigne.

Revient LECOING.

LECOING.

Le ciel te bénisse, Lanavette! le ciel te bénisse! Te voilà métamorphosé.

Il s'éloigne.

MAGASIN THEATRAL ETRANGER

lANAVETTE.

Je vois leur malice; ils veulent faire de moi un âne; ils veulent m'effrayer, iiiaii ils aurunl beau faire, je ne bougerai pas de ceite place : je vais me promener de long en large, et me metire à chanter, afin de leur faire voir que je n'ai pas peur.

il chante.

Le merle au bec orange, au sombre et noir plumage; La grive au gracieux ramage; Le roitelet Au modeste duvet.

TITAHIA, s'CveillanU Quel ange me réveille sur mon lit de fleurs?

LINAVETTE, chante.

Le gai pinson, le moineau, la linotte ; Le coucou dont le chant ne renferme qu'un Son, Et dont plus d'un époux a remarqué la note.

lui

repo

Et en effet, qui voudrait perdre son temps â répondre à si sot oiseau? Qui voudrait donner un démenti à un oiseau, dùt-il crier coticou à tuetête T

TITANIA

Je t'en conjure, mortel charmant, chante encore; tes chants ont captivé mou oreille ; de même, mes yeux sont épris de tes formes, et la fot.'e de toîi brillant mérite m'oblige, à la première vue, à dire, à jurer que je t'aime.

IANAVETT8.

II me semble, madame, que vous avez bien peu de raison de m'aimer ; mais, à dire vrai , par le temps c|ui rourt, la raison et l'amour vont rarement ensemble : c'est grand dommage que quelque honnête voisin n'entreprenne pas de les réconcilier. Vous voyez que je sais plaisanter dans l'occasion.

TITANIA

Tu es aussi sage que tu es beau.

LAMAVETTE.

Je ne suis ni l'un ni l'autre; mais si j'avais •.eulement assez d'esprit pour sortir de ce bois, le croirais en avoir assez pour mon usage.

TITANIA

Ne désire pas sortir de ce bois; tu resteras ici, que tu le veuilles ou non. Je suisune fée d'un ordre supérieur. L'été estâmes ordres, et je t'aime. Vii^nsdunc avec moi; je te donnerai des fées et '!■ S i'cni''.'. pour te servir; ils t'iiout chercher des ,..\aiix au lond Jv! la mer ; endoroii ■•ur un lit de Ikurs, leurs chants berceront ton sommeil, et je purifieiai a tel point les grossiers élémens de ta nature mortelle, que tu auras l'élasticité d'un esprit aérien. ( Elle appelle. ) FIcur-dc-Pois I Toile-d'Àraignée t Papillon t Graiu-de-IUoutardc 1

AtrUeni Ql'ATP.K GÉNIES.

PREMU" i r.FME.

Me voilà.

DEUXIÈUE GENIE.

Et ^oi aussi.

TROISIÈHE GÉNIE.

Et moi aussi.

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