‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 399 sur 633 · ACTE QUATR1E3IE · texte numérisé non relu

ACTE QUATR1E3IE

SCEWE PREMIERE.

Même lieu.

Arrivent TITANIA et LANAVETTE, accompagnes du coriigcdes génies et des fées. OCÉRON, invitiblt. Ut suit et les observe à quelque distance.

TITARIA.

Approche, viens t'asseoir sur ce lit de fleurs; viens que je caresse tes joues charmantes, que j'attache des roses de damas sur ta lête douce et lisse, et que je baise tes belles et longues oreilles , A mon unique joie.

lASAVETTE.

Où est Fleur-dc-pois?

FLECR-DE-POIS.

Me voici.

lASAVETTE.

Gratte ma ttUe, Fleur-dc-pois. — Où est moa- »i«ttrTgile-d' Araignée?

toile-d'abaigsêe. Me voici.

LANAVETTE.

Monsieur Toile-d'Araignée.mon cher monsieur, prenez vos armes et tuez-moi cette abeille aux cuisses rouges, qui est posée sur ce chardon; et, mon cher monsieur, apportez-moi son sac à miel. Ke vous échauffez pas trop dans cette opération, monsieur; surtout, mon cher monsieur, évitez avec soin que le miel se répande. Je ne vuudiais pas, signer, vous voir enseveli sous des flots de miel. — Où est monsieur Grain-de-Iiloutarde.

CRAilt-DE-UOtJTAnDE.

Me voici.

lASAVP.TTK.

Donnez-moi une poignée de main, monsieur Graiu-de-Moutarde. Trêve de politesses, je vous prie, Dion cher monsieur.

CrîAlX— »E-MpPT\rDE.

Que puis-je faire pour vuire service?

LASAVETIE.

Rien, mon cher monsieur, sinon d'aider le ca-

MAGASIN THEATRAL ETRANGER

vallero Fleur-de-Pois, â me gratter. Il faut que j'aille chez le barbier, monsieur, car j'ai la face Bingulièrement velue : et je suis un âne si nerveux que pour peu que mon poil me démange, il faut que je me gratte.

TITANU.

Veus-tu entendre de la musique, mon doux amiî

lANAVETTE.

En fait de musique, j'ai l'oreille assez bonne : donnez-moi la clef et les pincettes.

TITANIA

Dis-moi, mon amour, ce que tu désires manger.

LANAVETTE.

Je mangerais volontiers un picotin d'avoine, de bonne avoine, bien sèche; je me sens aussi une grande tentation pour une botte de foin; de bon foin, du foin bien succulent, il n'j a rien d'égal i cela.

TITAMIA.

J'ai une fée agile et ingambe qui ira fouiller dans le magasin de l'écureuil, et t'apportera des noix nouvelles.

LANAVETTE.

Je préférerais une poignée ou deux de pois biches. Mais dites, je vous prie, à os gens de me laisser tranquille; je me sens une certaine disposition à dormir.

TITANIA

Dors, je te soutiendrai dans mes bras. Fées , partez et allez occuper vos postes respectifs. — (Elle le prend dans ses bras.) Ainsi les tiges du chèvrefeuille odorant s'enlacent avec amour ; ainsi le lierre entoure étroitement l'écorce de l'ormeau, comme l'anneau de l'époux presse le doigt de la fiancée. Ohl combien je t'aime, combien je t'idolâtre I

OBÉRON s'avance; arrive FARFADET.

OBÉRON

Sois le bien venu, mon cher Robin; vois-tu ce dé- |,icieuxspectacle?Je commence maintenant à avoir diiié de sa folie : lout-i-l'heure, l'ayant rencontrée burla lisière du bois, occupée à recueillir de doux parfums pour cet odieux imbécile, je lui aj faitdes reproches et l'ai vertement tancée. Et en effet, elle avait ceint les tempes velues de son amant de couronnes de fleurs fraiclies cl odorantes; les gouttes de rosée, qui naguère rayonnaient sur les boutons comme des perles d'orient , semblaient maintenant, au fond du calice de ces fleurs, comme autant de larmes qui pleuraient leur propre avilissement. Lorsque je l'eus grondée tout i mon aise, et qu'elle eut imploré mon pardon en termes doux et soumis, je lui demandai son petit page; elle me l'accorda sur-le-champ et donna aune de ses fées l'ordre de le conduire sous mon berceau dans mon féerique empire. Maintenant

qu'elle m'a cédé cet enfant, je vais guérir ses yeux de leur abominable erreur. Toi, Farfadet, tu rendras à cet artisan athénien la tête que lu' donna la nature, afin que se réveillant avec les autres, il retourne à Athènes, sans avoir conservé des événemens de cette nuit d'autre souvenir que celui qu'on garde d'un songe déplaisant. Mais commençons par rompre le charme de la reine des fées.

Il s^approcke de Tiîama et verse sur ses paupiires le sue d'une/leur qu'il tient à la main.

Reprends ta forme première I Que tes yeux puissent voir Gomme ils voyaient naguère, Sur la fleur du Dieu de Cythère, De la fleur de Diane il est grand le pouvoir.

Allons, ma chère Titania; éveillez-vous, charmante reine.

TITANIA, s'éveillanx.

Mon cher Obéron ! quelles visions j'ai eues I II m'a semblé que j'étais amoureuse d'un âne.

OBËKON.

Voilà votre amant.

TITANIA

Comment cela s'est-il fait? Oh I combien maintenant mes jeux abhorrent son visage I

OBÉRON

Silence un instant. — Robin,détache cette tête

Titania, appelez la musique, et que ses accords plongent les sens de ces cinq personnages dans un assoupissement plus profond que le sommeil' ordinaire.

TITANIA

Musique I holà, musique I donnez-nous des accords qui charment le sommeil.

FARFADET, fuisont disparaître la télé d'âne de Lanavette et lui rendant sa figure naturelle. Quand tu t'éveilleras, vois avec tes propres yeux les yeux d'un imbécile.

OBÉRON

Musique, jouez I [Une musique lente et monotonese fait entendre.) Venez, Titania, donnonsnous la main, et imprimons à la terre où sont couchés ces dormeurs, un tremblement qui les berce: maintenant, vous et moi, nous sommes réconciliés*; demain, à minuit nous danseronsdans le palais du duc Thésée, des danses solennelles ; et nous appellerons sur sa maison toutes les bénédictions du ciel. Là aussi seront unis, en même temps que Thésée, ces deux couples d'amans fidèles, et tout le monde sera dans la joie.

FAurADET.

Monarque du fe'eriijue empire, Ecoulci l'alouctto et son concert joyeux OBÉnoN.

Titania, partons d'un vol silencieux; Kt suivons de la nuit l'ombre qui se retire ; ^uus pouvons, au bcsoiu, du terrestre séjour.

SONGE D'UNE NUIT D'ETE

En moins cic temps faire le tour ; Qu'il n'en faut à la lune errante.

TITANlà.

Venez donc, et pendant que notre aide puissante Fendra les flots d'azur, vous me direz comment, Par quel Lizarre enchaiucmcnt De la destinée ennemie, rmi tous ces mortels , en un pareil moment, Titania s'est trouvée endormie.

Ils s'éloignent. On entend les sons du cor.

Arrivent THÉSÉE , HIPPOLYTE , EGÉE , et leur Suite,

TBÉSÉE.

Que Ttin de vous aille chercher le garde de la forêt; car maintenant nos rites religieux * sont accomplis ; et puisqu'il est encore de bonne heure, je veux que ma bien-aimée entende le coacert de mes chiens. Découplez-les dans la vallée occidentale ; allez. — Amenez-moi le garde sur-le-champ. — Nous allons belle, Hippolyte, nous rendre au sommet de la montagne , et de là prêter l'oreille à l'harmonieuse confusion de la voix des chiens et de l'écho réunis.

HIPPOITTE.

Je me suis trouvée un jour avec Hercule et Cadmus, lorsqu'ils chassaient l'ours dans une forêt de Crète, avec des chiens de Sparte. Jamais je n'ai entendu de concert plus magnifique : non seulement la forêt, mais le ciel, les eaux et le pays d'alentoursemblaient un vaste clavier sonore. Je n'entendis jamais dedissonnance plus musicale, de plus harmonieux fracas.

THÉSÉE

Mes chiens sont de race spartiate, ils ont la gueule large, le poil roux; leurs oreilles pendantes balaient la rosée du matin; ils ont les ambes arquées et un fanon comme les taureaux de Thessalie. Ils sont lents à la poursuite ; mais leurs voix sont assorties comme des cloches accordées à l'octave. Jamais en Crète , à Sparte , en Thessalie, le cor de chasse ne donna le signal d'un concert plus harmonieux. Vous en jugerez, quand vous l'entendrez. — Mais, doucement.Quelles sont ces nymphes t

EGÉE

Seigneur, c'est ma fille qui est ici endormie. Voici Ljsandre; voilà Démétrius; et voici Hélène, la fille du vieux Nédar; je m'étonne de les rouver ici tous ensemble.

la fête du printemps, le I*r Mai- Les commentateurs se sont demande' pourquoi les e'vénemeos de ce drame se passant la veille du 1^ Mai, L'auteur l'a intitulé Songe d'une nuit d'été'; ils auraient voulu qu'il l'iDlitulât, Souge d'une nuit de Mai. Ces messieurs auraient dû se rappeler que les belles nuits de l'été', étan, par leur beauté poétique, et la chaleur de la température les mieux appropriées aux visions merveilleuses de la nature de celle qui fait le sujet de ce drame , cela doit suaire pour justifier le litre que Shakespeare lui a donné. (Note du traducteur,)

son du cor. Dée se réveillent en

rnÉsÉE.

Ils se sont levés sans doute de grand matin

pour accomplir les rites de la fêle de Mai ■ et

instruits de nos projets, ils sont venus ici se

réunir à nous pour cette solennité. Mais

dites-moi, Egée, n'est-ce pas aujourd'hui qu'Hermia doit vous donner sa réponse sur le choix d'un époux?

EGÉE

Oui , seigneur.

THÉSÉE

Allez, qu'on ordonne aux chasseurs de les éveiller au son de leur cor.

Dn grand cri est poussé. On entend le

mélrius, Lysandre, Hermia et Heléi

sursaut et se lèvent.

THÉSÉE

Bonjour, mes amis; la Saint-Valentin 'est passée. Ces oiseaux ne commencent-ils à s'accoupler que d'aujourd'hui?

tTSANDF.E.

Veuillez nous pardonner. Seigneur.

Us mettent tous les quatre un genou en terre devant Thésc'e THÉSÉE.

Levez-vous tous, je vous prie. Je sais que vous deux, vous êtes ennemis et rivaux. D'où vient entre vous ce merveilleux accord? Comment la haine, dépouillant toute amertume jalouse, dortelle à côté de la haine , sans craindre aucun acte d'hostilité?

lYSlKDRE.

Seigneur, je ne sais trop que vous répondre , dans l'étonnement où je suis, moitié endormi, moitié éveillé. Je vous jure que je ne saurais dire comment je suis venu ici. Mais , si je ne me trompe, — car je voudrais dire la vérité, — oui, maintenant je me le rappelle, je suis venu ici avec Hermia; notre projet était de nous enfuir d'Athènes, afin de nous mettre hors de l'atteinte de ses lois.

ÉGÊE, à Thésée.

Assez, assez, seigneur; vous en avez assez entendu : je réclame contre lui l'application de la loi. — Us voulaient s'enfuir, ils voulaient, Démétrius , vous ravir votre épouse et rendre nulle ma ferme volonté de vous donner la main de ma fille.

DÉMÉTRICS.

Seigneur, Hélène m'a révélé leur fuite , et l'intention qui les conduisait dans ce bois. Furieux, je les y ai suivis; l'amour y a conduit Hélène sur mes pas. Je ne sais comment cela se fait, seigneur : il faut que ce soit l'ouvrage de quelque puissance inconntic; mon amour pour Hermia s'est fondu comme la neige. Son souvenir n'est plus pour moi que celui d'un vain hochet dont

* Allusion au vieil .id.ige qui dit qu'à la .Saint- Valcntin les oiseaux commencent à s'accoupler. La Saint-Valentin, en Grèce, et du temps de Tliésée, n'est pas le moins singulier des anachronismes que Shakespeare s'est permis. (Note du traducteur.)

MAGASIN THEATRAL ÊTRA^^GERî

raffolait mon enfant ; «t maintenant le seul obje de ma foi, et de tontes les aiïections de mon ame , l'unique plaisir de mes yeux , c'est Hélène. C'est à elle, seigneur, que j'avais été fiance, avant de voir Hermia. Je la dédaignais comme un malade ses alimens; mais avec la santé, mon goût naturel m'est revenu ; à présent je la désire, je l'aime, je soupire après elle, et mon coeur â jamais lui restera fidèle.

TBÉSÉE.

Heureux amans, vous êtes les bien venus. Tous nous raconterez plus tard le détail de cette aventure. — Egée, il faut que votre volonté fléchisse devant la mienne; je veux qu'aujourd'hui ces deux couples soient, en même temps que nous, unis par un lien éternel; et comme la matinée est maintenant trop avancée, nous laisserons là notre projet de chasse. — Venez avec nous à Athènes j il n'j aura pour les trois couples qu'une seule et même solennité.

TaÉSÉB, HippotVTB, ÉGÊS, et leur Suite s'éloignent.)

DÉUÊTRIOS.

Ces souvenirs ne s'offrent plus à moi que dans un lointain confus comme ces montagnes qu'on prendrait de loin pour des nuages.

Il me semble qu'une illusion d'optique m'abase et que je vois double.

HÉLÈNE

C'est aussi ce que j'éprouve; Démétrius me semble comme un diamant que j'aurais trouvé, qui est à moi, et qui n'est point à moi.

DÉXÊTRICS.

Étes-vous bien sûrs que nous soyons ércillês 7 Ouelque chose me dit que!nous dormons, que nous rêvons encore. — Ne vous at-il pas semblé que le duc était ici tout-à-l'beure et qu'il nous a dit de le suivre?

bekuia:

Oui, et mon père y était aussi.

BÉLÈBB.

Ainsi qu'BippoIyte.

LTSASDRE.

Et il nous a invités à l'accompagner au temple.

DÊUÊTRIDS.

Voilà qui prouve que nous sommes éveillés: suivons-le; chemin faisant, nous nous raconterons nos rêves.

Pendant ipi'ils s'éloignent, LanaTelte s'éveille.

tANAVETTE.

Quand mon tour viendra, appelez-moi, et je répondrai. Mon tour doit venir après ces mot» : a Won beau Pyramel » — Hél holàl Pierre Lecoingl Fluté, le marchand de soufflets! Mufle le chaudronnier! Meurt-dc-faiml Dieu me pardonne I ils sont tous décampes et m'ont laissé endormi. J'ai eu la vision la plus merveilleuse. J'ai fait un fè\e, — touteslcs facultésdclhommencsuffiraicnt pa$ pour dire ce qu'était ce révc. Il m'a semblé

que j'étais, — nul homme an monde ne pourra dire quoi. Ilm'a semblé que j'étais, — il m'asembl quej'avais, — mais il serait un fier imbccilerhomme qui aurait la prétention de dire ce qu'il me semblait que j'avais. Les yeux de l'homme n'ont point entendu, les oreilles de l'homme n'ont point vu, la main de l'homme ne saurait goûter, sa langue concevoir, ni son cœur exprimer ce qu'était mon rêve. Il faut que Pierre Lecoing me compose une ballade sur mon rêve : on l'appellera le Rêve da tisserand, parce que c'est un tissu de merveilles et je la chanterai devant le duc à la fin de quelque pièce. Il est i j sible même que je la chante à la mort de Thisbé , pour lui donner plus de grâce.

U s'éloigne.

VIAVWU\^VM.VMVMVVVM\'VVMlMMM«%M^VMWVWVVViMAVMVM

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