LE CHIR-DE-LDNE
I Cette lanterne représente la lune et ses cor- » rcs ; et moi , mon visage représente le visage de » ta lune. »
TBÊSÉE.
On a commis là la plus grande de toutes les bévues : l'homme aurait dû être mis dans la lanterne; sans cela comment voulez-vous qu'il représente le visage de la lune?
DËHËTr.lUS.
Il craindrait de se brûler à la chandelle qui est dans la lanterne.
HIFPOIYTÏ.
Voilà une lune qui m'ennuie fort. le voudrais qu'il y cul un changement de lune.
THÉSÉE
A en juger par son peu de lumière, il paraît qu'elle est dans son déclin. En tout cas, la polite'.sr et la raison veulent que nous attendions qu'elle ait achevé sa révolution.
LTSAKDRE.
l.une, continue.
LE ClAIR-DE-LCME.
« Tout ce que j'ai à vous dire, c'est que cette » lanterne est la lone; moi, je suis le visage de » la lune, ce fagot d'épines est mon fagot d'é- » pinos , et ce chien est mon chien. »
DÉMÉTRll'S.
Tout cela devrait être dans la lanterne; car tout cela fait partie de la lune. Mais silence, voici Thisbê.
Entre TBISBÊ.
Voici le tombeau du vieux Ninni ; où est mon bien-aiméî
LE Lion.
Le Lion raqii. Tuisîé se sauve en laissant tomber
!on voile.
DÉStTr.lli.
Bien rugi , Lion.
TBËSÉB.
Bien couru, Thisbé.
BirfOLTTE.
Bien brillé, lune. — Vraiment, voilîune lune qui luit avec bien de la grice.
Le Lion déchire le voile de TaisBÉ, et sort.
THÉSÉE
Bien déchiré , Lion.
DÉBÉTRIDS.
Là-dessus, voilà Pyrame qui vient.
lYSANDRE.
Et la Lune qui disparaît sans doute.
Entre PÎRAME.
PTRAUE.
<c Lune charmante, jeté remercie de tci rayons » radieux. Lune, je te remercie de ton éclatante » lumière; car aux rayons d'or de ta clarté bril- »Iante, j'espère jouir de la vue de la fidèle » Thisbé. Mais, arrêtons 1 — 0 horreur I exami- » cens. Malheureux que je suis! quel affreux «spectacle! Mes yeux, voyeE-vous 7 Est-il bien » possible? O ma chère poulette I 6 ma bien-ai- » méel Eh quoi, ton voile souillé de sangl Ap- » prochez, furies impitoyables ! Venez, venez, ô » Parques; couper la trame de mes jours. Tuez- » moi, écrasez-moi; mettez fin à ma vie dé- » truisez-moi. s
THÉSÉE
Cet accès de désespoir et la mort d'un ami bien <her seraient capables de rendre un hoinu.e triste.
HIPPOLYTB.
En vérité, j'ai pitié Je lui.
PVRAUE.
«0 nature! pourquoi as-tu créé des lions, » puisqu'un lion infâme a déDoré ma bien-aimôe, » qui est,— non, non, — qui était la plus belle » femme quiait jamais vécu, aimé et porté visage? 11 Coulez, mes pleurs, coule/ avec désespoir ; hors » du fouireau, mon épée, et perce le sein de Py- 11 rame, ce sein gauche où lecoeur bat. (/i je/>«;)pe » de son (j>ee.) Maintenant, je suis mort; maiulc- 11 nant, je suis parti ; mon ame est dans les cieiix : » ma langue, perds ta lumière! Lune, prends ton » voil Maintenant, je meurs, je meurs, je meurs. i> 11 meurU
Le CLAIR-DE-LDNE.SOrr.
Le voilà mort.
TBÊSÉE.
Avec l'aide d'un chirurgien, il pourrait en réchapper encore et redevenir un àuc comme aii- ■paravant.
JMAGASIN THFATRAL ETRANGER.
BIPPOLYTE.
Comment se fait-il que le Clair-de-Lune soit parti avant que Thisbé ne soit venue et n'ait retrouvé son amant?
THÉSÉE
Elle le retrouvera à la clarté des étoiles. — La voici; et sa douleur va terminer la pièce.
Entre THISBÉ.