‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 406 sur 633 · HIPPOLYTE · texte numérisé non relu

HIPPOLYTE

Je pense que pour la perte d'un pareil Pyrame, sa douleur sera courte. J'espère qu'elle aura bientôt 6ni.

DÈMÉTRIUS.

Lequel vaut le mieux de Pyrame ou de Thisbé 7 Je ne donnerais pas un fétu de la différence.

LYSANDRE

Déjà ses beaux yeux l'ont aperçu.

DËMÊTRIVS.

Voilà ses lamentations qui commencent.

THISBÉ

o Est-ce que tu dors, mon amour î Es-tu mort, » ma colombe? 0 Pyrame, lève-toi , parle , parle. » Quoil tout-à-fait muet I mort, mort! une tombe » devra recouvrir tes yeux cbarmans. Ces lèvres » de lis, ce nez vermeil, ces joues jaunes comme 11 la primevère, tout cela n'est plus, tout cela n'est » plus. Amans, gémissez! Il avait les yeux verts » comme le poireau. 0 Parques, fatales sœurs,venez, » venez à moi, avec vos mains pâles comme le lait; » trempez-les dans le sang, puisque vos ciseaux » ont coupé le fil de soie de ses jours. Ma bouche, » pas une parole. — Viens, fidèle èpée; viens, » lame, plonge-toi dans mon sein; — et vous, mes I) amis, adieu. — Ainsi meurtThisbé: adieu, adieu, » adieu. »

Elle se frappe et meurt.

TEËSÉE.

Le Clair-de-lune et le Lion restent pour enterrer les morts.

DÉHËTKIIIS

Oui, cl la Muraille aussi.

lANAVETTE.

Non, je vous assure; la Muraille qui séparait leurs pères est à bas. Voulez-vous voir l'Épilogue? ou préférez-vous entendre une danse bergamasque, dansée par deux acteurs de notre troupe?

THÉSÉE

Point d'Épilogue, je vous prie ; car notre pièce n'a nul besoin d'apolugin. Vousn'avez tien à excuser; quand tous les personnages sont morts, il n'y a de blâme à infliger à ))ersonne. Si l'auteur de la pièce avait joué le rôle de Pyrame, et s'était pendu avec la jarretière de Thisbé, cela aurait fait une belle tragédie; et dans tous les cas, c'en est une fort belle, et jouée avec distinction. Mais

voyons votre bergamasque, et laissez-moi là votre épilogue.

UniJaDSel.ouffounc.

THÉSÉE, continuant.

La langue d'airain de minuit a compté douze heures. — Amans, au lit : voici bientôt l'heure des fées. Je crains bien que nous ne reprenions sur la matinée le sommeil que nous avons enlevé à la nuit. Cette farce grotesque a merveilleusement accéléré la marche pesante des heures. — Chers amis , au lit, — Pour célébrer dignement cette solennité , consacrons une quinzaine aux divertissemens nocturnes, et que chaque jour donne le signal de nouveaux plaisirs.

Ils sortent.

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