‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 429 sur 633 · L'ÉDILE · texte numérisé non relu

L'ÉDILE

Il vient.

BBUTSS.

Qui sont ceux qui l'accompagnent?

l'édilb.

Le vieux Ménéuius, et les sénateurs qui l'ont toujours protégé.

SICINIIJS.

Avez-vous la liste de toutes les voix que nous avons recueillies, séparément et par tété?

l'édile.

Je l'ai; elle est prèle.

siciNins.

Les avez-vous classées par tribus?

CORIOLAN

L'ttlILE.

Oui.

sicmiDs.

Haintenant , faites venir le peuple. Quand ils m'entendront dire: a Au nom et de l'autorité du peuple, nous ordonnons qu'il en soit ainsi,» que ce soit la mort, l'amende ou l'esil, qu'ils fassent chorus avec moi. Si je dis l'amende, qu'ils crient l'amende; si je dis la mort, qu'ils crient la mort, en insistant sur leurs anciens privilèges et sur leur droit de prononcer dans cette cause.

l'édile.

Je le leur dirai.

BRDTDS.

Et une fois qu'ils auront commencé à crier, qu'ils ne cessent plus, mais que leurs clameurs confuses et incessantes exigent l'exécution immédiate de la sentence que nous aurons prononcée. l'édile.

Fort bien.

SICINIDS.

Qu'ils montrent de l'énergie, et soient exacts à dire comme nous quand nous aurons parlé.

BBDTCS.

Allez-y sur-le-champ.

L'Édile s'éloigne.

BRDTcs, continuant.

Ayez soin tout d'abord de le mettre en colère. Il a l'habitude de dominer et d'avoir partout ses coudées franches; une fois en courroux, il est impossible de le ramener à la modération; alors il dit tout ce qu'il a sur le cœur, et il n'en faut pas davantage pour assurer sa perte.

Arrivent CORIOLAN, MÉNÉNICS, COMINinS, accompagnés d'un grand nombre Senitedks et de Patriciehs.

SICIRICS.

Bon ! le voici qui vient!

uésénids.

Du calme, je tous en conjure.

CORIOLin.

Oui , comme un valet d'auberge qui , pour la moindre pièce de monnaie , se laissera traiter de faquin tant qu'on voudra. — (S'adressanI aux Iriiiiiî.) Que les dieux vénérés veillent au salut de lumc, et que les sièges de la justice soient occues |>ar des hommes de bien 1 Que l'afTection règne armi nous, qu'une foule pacifique se presse dans 115 vastes temples, etque la discorde et la guerre éloignent de nos rues!

LES SËNATECBS.

Ainsi soit-ill ainsi soit-il!

HÉXKNIDS.

Voilà un noble souhait

Revient L'ÉDILE, suivi de la foule des Citotens.

siciNins.

Approchez-vous, citoyens.

l'édile.

Écoutez vos tribuns; paix, silence, dis-je 1

CORI OLAN .

Laissez-moi parler le premier.

LES DECX TRIBORS.

Bien, parlez. — Holà, silence I

CORIOLAN

Sont- ce les dernières accusations auxquelles j'aurai à répondre? Tout se tenninera-t-il ici?

SICINIDS.

Je demande si vous vous soumettez au jugement du peuple, si vous reconnaissez ses magistrats et consentez à subir les censures légales que vous pourriez avoir justement encourues?

CORIOLAN

J'y consens.

MËNÉmcs.

Vous voyez, citoyens, il dit qu'il y consent. Considérez ses services militaires; songez aux blessures qui couvrent son corps, pareilles à des fosses creusées dans un saint cimetière.

CORIOLAN

Des égratignures de ronces, des blessures pour rire.

UËMËNICS.

Considérez encore que s'il ne parle pas en citoyen, vous l'avez toujours vu se conduire en guerrier; ne lui imputez point à crime la rudesse de sa parole ; c'est celle d'un guerrier, et elle n'a rien de malveillant pour vous.

COHINICS.

Bien, en voilà assez 1

Comment se fait-il qu'après avoir clé élu par vous consul a l'unanimité, le moment d'après, vous me fassiez l'injure de me retirer vos suffrages?

SICINIDS.

C'est à vous de nous répondre.

CORIOLAN

Vous avez raison ; parlez.

SICINIDS.

Nous vous accusons d'avoir cherché à détruire dans Rome tous les pouvoirs établis, et à usurper pour vous-même une autorité tyrannique; en conséquence, nous vous déclarons (raitre au peuple.

CORIOLAN

Comment, traître?

MÉNÉNIDS.

Allons, de la modération ; rappclez-vouB TOtre promesse.

MAGASIN THEATRAL ETRANGER

CORIOLAM.

Que toutes les flammes de renfcr enveloppent le peuple 1— M'appeler traître ! — Insolent tribun, 1 quand il y aurait vingt mille morts dans tes yeux, autant de millions dans tes mains, et le double de j ce nombre sur ta langue, — je dirais que lu mens, d'une voix aussi sincère que lorsque j'adresse aux i dieux ma prière. |

SICINIUS. !

Peuple, vous l'entendez! I

LES CITOYENS

A la roche Tarpéienne I à Ja roche Tarpéienne 1 j

SICINIDS.

Silence I il est inutile d'articuler contre lui de i

nouvelles charges; vous avez vu ses actes, vous i

avez entendu ses paroles; il a frappe vos magis- j

trats, il a opposé aux lois la violence , il vous a i prodigués à vous-mêmes l'insulte et l'outrage, il a

bravé l'autoriié de ceux que leur devoir appelle à }

le juger ; pour s'être ainsi rendu coupable au plus j haut chef, il a mérité la mort,

BRUTES. J

Mais, en considération des services qu'il a rendus .1 Uonie, —

coniOLAN.

Que parles-tu de services?

BRtiTns.

Je parle de ce que je sais.

COBIOLAN

Toi?

UËNËNIDS.

Est-ce là ce que vous avez promis à votre mère?

coumius.

Je vous en prie, sachez, —

COBIOLAN.

Je ne veux rien savoir. Qu'ils me condamnent à être précipité du haut de la roche Tarpéienne, à mener dans l'exil une vie vagabonde, à périr écorchc; quand ils devraient prolonger mon supplice, en me réduisant d'un atome par jour, je n'achèterais pas leur merci au prix d'une seule parole bienveillante ; et en retour de tous les dons qu'ils pourraient me faire, je n'abaisserais pas ma fierté à leur adresser un simple bonjour I

SIClNIUS.

Attendu qu'en diverses occasions, et autant qu'il a été en lui, il a signalé sa haine contre le peuple, cherchant à lui ravir ses privilèges; attendu qu'il a levé une main coupable, non seulement en présence de la justice, objet du respect de tous, mais sur les ministres mêmes chargés de la rendre; — nous, tribuns du peuple, en son noui et en vertu de nos pouvoirs, nous bannissons Coriolan de cette ville, lui enjoignons de la quitter n l'instant même, et de ne plus remettre les pieds dans Rome, sous peine d'être précipité de la roche Tarpùienne. Nous voulons, au nom du peuple, que cela soit ainsi.

LES CITOYENS

Que cela soit ainsi! que cola soit ainsi I Qu'il parte! Il est banni : c'est décidé.

COMINins

Écoutez-moi, mes concitoyens, mes amis; —

SICIHIUS.

Il est jugé; il n'y a plus rien à entendre.

COMINIUS

Laissez-moi parler : j'ai été consul, et je puis montrer sur mon corps les marques qu'y ont laissées les ennemis de Rome. Je porte à mon pays un amour plus tendre, plus saint, plus profond, qu'à ma propre existence, qu'à la vertu de ma femme, qu'aux fruits précieux de ses entrailles et de mon sang; si donc je vous dis que, —

SIClNItlS.

Nous vous voyons venir : que direz-vous?

BROTUS.

Il n'y a plus rien à dire, sinon qu'il est banni comme ennemi du peuple et de son pays. 11 faut que cela soit.

LES CITOYENS

Cela sera, cela sera.

COBIOLAN.

Meute aboyante dont j'abhorre le soufOe à l'égal des exhalaisons d'un marais empesté, dont je prise l'amour à l'égal des cadavres restés sans sépulture, et qui infectent l'air que je respire; c'est moi qui vous bannis ; restez ici en proie S votre inconstance! Que la moindre rumeur parti l'effroi dans vos âmes! Que vos ennemis ne puissent faire un pas sans que le mouvement de leur! flottans panaches vous plonge dans le désespoir! Conservez le pouvoir de bannir vos défenseurs, jusqu'à ce qu'enfin votre ignorance, qui a besoil de sentir pour comprendre, se tournant contK vous-mêmes et vous prenant pour victimes, voo! livre, avilis et captifs, au pouvoir d'un vainqueui qui vous aura conquis sans combattre. Objets d< mon mépris, je tourne le dos à votre ville. U monde ne finit pas ici.

COBIOLAN, COMINIUS, MÉNÉNIOS, LES SÉNATEOBS «|

LES P\TR\c\£Ns s'éloignent.

l'édile.

L'ennemi du peuple est parti ; il est parti.

LES CITOYENS

Notre ennemi est banni; il est parti! Brav bravo !

Une acclamalion générale s'élève ; tous lus bonnets vol

SICIHIOS.

Allo7, reconduiscz-le jusqu'aux portes en i prodiguant votre haine, comme il vous a prodl| la sienne; traitez-le comme il l'a mérité. Qu'li escorte nous accompagne dans Rome.

LES CITOYENS

Allons, allons; suivons-le jusqu'aux portes la ville : allons; que les dieux conservent no;' dignes tribuns! — Allons.

Ils s'éloignent.

COIUOLAN.

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