‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 430 sur 633 · ACTE QUATRIEME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIEME

Devant TuDe des portes de Rome.

Arrivent CORIOLAN , VOLUMNIE, VIRGILIE, MÉNÉNIUS , COMINIUS , et plusieurs jeunes

PiTRICIENS.

COniOLAN.

Allons, séchez vos pleurs ; abrégeons cet adieu. — Le bélier aux cent têtes me chasse à coups de cornes. — Eh bien , ma mère , qu'avez-vous fait de votre ancien courage? L'adversité, me disiezvous autrefois , est la pierre de touche des caractères; le vulgaire des humains peut se résignera des infortunes vulgaires ; quand la mer est calme, tous les vaisseaux naviguent avec une égale habileté; quand la fortune nous frappe de ses coups les plus rudes, il n'y a qu'une grande ame qui supporte ses blessures sans se plaindre. Vous chargiez ma mémoire de tous ces préceptes qui devaient, disiez-vous, rendre invincible le cœur qui saurait les retenir I

VIKGILIE.

0 ciell 6 ciel!

CORIOLAN

Femme, je t'en conjure!

VOLUMNIE.

Que tous les fléaux accablent les artisans de Rome, et que tous les travaux cessent!

CORIOLAN

Quoi donc! ils m'aimeront quand ils ne m'auront plus. Ma mère, reprenez le courage qui vous animait à l'époqu'eoù vous disiez que si vous aviez été la femme d'Hercule, épargnant à votre époux une moitié de ses fatigues, vous eussiez accompli tixdeses travaux. — Cominius, point de faiblesse; adieu. — Adieu, ma femmel adieu, ma mère; je metirerai d'affaires.— Ménénius, mon vieil et fidèle ami , tes pleurs sont plus amers que ceux d'un jeune homme; c'est du venin pour tes yeux. — [A Cominius.) Mon ancien général, je vous ai vu impassible contempler les plus déchirans spectacles. Dites à ces femmes affligées , que déplorer des maux inévitables est aussi insensé que d'en rire. — Ma mère, vous aviez raison alors que mes périls faisaient voire joie; croyez-moi, bien que je parte seul, comme un dragon solitaire qui du fond de ses marécages est redouté au loin , dont on parle beaucoup et que bien peu ont vu , ou Totrc-fils s'élèvera au-dessus du commun des hommes, ou il tombera dans les pièges de la ruse et de l'artifice.

VOtBMNIE.

Mon noble fils , où vas-tu porter tes pas? permets au digne Cominius de l'accompagner quelque temps ; arrête un plan, et ne cours pas l'exposer i tous les hasards qui peuvent surgir devant toi.

CORIOLAN

O dieux !

COMINIUS

Je te suivrai pendant un mois : nous détermi nerons ensemble le lieu où tu te fixeras, afin que tu puisses recevoir de nos nouvelieset nous donner des tiennes. Alors, s'il se présente quelque chance d'obtenir ton rappel, nous n'aurons pas besoin d'envoyer parcourir le vaste universenquéle d'un seul homme, et nous ne donnerons pas à l'occasion le temps de se refroidir.

CORIOLAN

Adieu. Tu es chargé d'années, tu es trop affaibli par les fatigues de la guerre pour accompagner dans sa vie errante un homme encore dans sa vigueur première. Conduis-moi seulement jusqu'aux portes de Rome. — Venez, mon épouse chérie, ma mère bien-aimée, mes nobles et fidèles amis; et quand j'aurai franchi nos murs, dites-moi adieu avec le sourire sur les lèvres. Tant que je serai sur cette terre vous aurez de mes nouvelles, et jamais vous n'apprendrez rien de moi qui démente ce que j'ai été.

UËNÉNIUS.

Voilà le plus digne langage qu'on ait jamais entendu. — Allons, ne pleurons plus. Si je pouvais seulement rajeunir de sept années ces vieux bras et ces vieilles jambes , par les dieux immortels, je ne voudrais point te quitter d'un seul pas.

CORIOLAN

Donne-moi ta main. Allons.

Ils s'éloignent.

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