‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 442 sur 633 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

Arrivent MÈNÉNIUS et SIÇINIUS.

Rome. — Une place publique.

HÉNEHIUS.

Voyez-vous cette encoignure du Capitule , celte pierre angulaire î

SICINIUS.

Oui; eh bien I après?

MÉNÈNIIJS.

S'il vous est possible de la déplacer aTec votre petit doigt, nous pouons espérer que les dames de Rome, et surtout sa mère, parviendront à le fléchir; mais je dis qu'il n'y a pas d'espoir que cela soit; nos tètes sont condamnées et n'attendent plus que l'exécution de la sentence.

SICINIUS.

Est-il possible qu'un si court intervalle puisse ch;ingcr à ce point la condition d'un homme?

HÉNÊNins.

Il y a de la différence entre un ver et un papillon ; et cependant le papillon a commencé par n'être qu'un ver; de même Marcius , d'homme qu'il était, est devenu un dragon ; il a des ailes, il ne teuche plus à la terre.

siciNins.

Il aimait tendrement sa mèrel

MÉNÉNICS.

Il m'aimait aussi; et maintenant il ne se souvient pas plus de sa mère qu'un cheval de huit ans. L'aigreur empreinte sur son visage suffirait pour tourner le raisin. Quand il marche, il se meut comme une machine de guerre, et le sol s'affaisse sous ses pas; il percerait une cuirasse d'un seul de ses regards; sa voix ressemble au son d'une cloche funèbre, et son murmure au bruit d'une batterie. Il est assis sur son trône comme une espèce d'Alexandre : ce qu'il commande est exécuté aussitôt qu'ordonné; il ne lui manque, pour être un dieu , que rélernilé et un ciel pour trône.

SICINICS.

Il lui manque encore la clémence, si ce que vous dites de lui est vrai.

MÉNÉNICS.

Je le peins tel qu'il est. Vous verrez quelle miséricorde sa mère obtiendra de lui. 11 n'y a pas plus de miséricorde en lui que de lait chez un tigre mile ; noire malheureuse ville en fera l'e périence ; et tout cela , c'est vous qui en êtes cause.

SICINIUS.

Que les dieux nous soient en aidel

MÉNÉNItJS.

Won, dans la circonstance actuelle les dieux ne nous seront point en aide. Quand nous l'avons banni, nous ne les avons pas consultés; et mainuant qu'il revient pour nous briser la tête, ils ne s'inquiètent pas de nous.

Arrii/e UN MESSAGER.

LE MESSAGER , à Siriniu), Si vous voulez sauver vos jours , courez vous réfugier dans votre maison; les plébéiens ont saisi le tribun votre collègue; ils le traînent au milieu d'eux en jurant que si les dames Romaines ne rapportent pas des nouvelles rassurantes, ils le feront mourir à petit feu.

Arrive UN AUTRE MESSAGER.

sicmiDs.

Quelles nouvelles?

DEUXIÊUe HESSAGEK.

De bonnes nouvelles I de bonnes nouvelles 1 Les dames ont réussi; les Voisques se retirent, et M:irdus est parti ; jamais jour plus fortuné n'a l:;i sur Rome , pas même celui qui vit expulser

l'i) Tarcpiins.

CORIOLAN

SICIMIU9.

Ami, es-tu certain que cela soit vrai? En es-tu certain T

DEUXIEME MESSAGER

Aussi certain qu'ill'est queleaoleil estdefeu. Où étiez-vous donc cacbé, que vous en doutez encore ? Jamais la marée ne se précipita sous l'arche d'un pont avec plus de violence que la foule consolée àtravers nos portes. Écoutez I ( On entend le bruit des trompettes et des hautbois et les roulemens des tambours, mêlés aux acclamations du peuple.) Les trompettes, les flûtes, le psaltérion, les fifres, le tambourin et les cymbales, se mêlent aux cris des Romains, et font danser le soleil. Entendezvous ?

Les acclamations recommeacenl.

UÉNÉMIIIS.

Voilà de bien bonnes nouvelles. Je vais aller ïH-devant des dames. Cette Volumnie vaut toute une ville de consuls, de sénateurs, de patriciens; de tribuns comme vous elle vaut une mer et une terre toutes pleines. Vous avez aujourd'hui prié avec succès : ce matin, pour dix mille de vos têtes, je n'aurais pas donué une obole. Entendez-vous leurs acclamations joyeuses?

Les acclamatioDS et la musique se font entendre. siciNius, ai( deuxième Messager.

D'abord , que les dieux te bénissent pour tes bonnes nouvelles; ensuite, reçois mes remerciemens.

DEUXIÈME MESSAGER

Seigneur, nous avons tous sujet d'être recounaissans.

SICINIUS.

Tu dis que le cortège s'approche de la ville ?

DEUXIÈME MESSAGER

11 est sur le point d'y entrer.

SICINIUS, faisant quelques pas pour s'éloigner. Allons à sa rencontre et partageons la joie générale.

inivent LES DAMES, accompagnées DES SÉNA- TEURS, DES PATRICIENS et DU PEUPLE ; le cortège défile devant les speclatcurs.

PREMIER SÈMATEDB.

Voyez notre protectrice, celle qui a sauvé Rome. Convoquez toutes les tribus; qu'on remercie les dieux; qu'on allume des feux de joie; semez des fleurs sur leur chemin; que vos cris de joie fassent oublier les clameurs qui ont accompagné l'exil de Marcius; proclamez son rappel en saluant sa mère ; criez : « Soyez les bien venues, Romaines ! soyez les bien venues ! »

TOUS

Soyez les bien venues, Romaines I soyez les bien tenues I

lis s'éloigneutt

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Aatium, — Une place publique.

Arrivent TULLUS AUFIDIUS et sa Suite.

AOFIDIUS.

Allez, dites aux chefs de la ville que je suis ici, remettez-leur ce papier : quand ils l'auront lu, dites-leur de se rendre sur la place publique; là, en leur présence, et devant tout le peuple, j'établirai la preuve du contenu de cet écrit. Celui que j'accuse est déjà entré dans nos murs, et il se proposede paraître devant le peuple, dans l'espoir de se justifier avec des paroles : hâtezvous.

La Suite d'Aufidius s'éloigne.

vent troisou quatre COîilVKtS, d'intelligence avec AUFIDIUS.

ABFiDiDs, continuant.

Soyez les bien venus!

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