‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 443 sur 633 · DEUXIÈME CONJURÉ · texte numérisé non relu

DEUXIÈME CONJURÉ

Noble seigneur, si vous persistez dans le projet auquel vous avez dt'siré nous associer, nous vous délivrerons du danger qui vous menace.

AUFIDIUS

C'est ce que je ne saurais dire. Nous conformerons notre conduite aux dispositions du peuple.

TROISIÈME CONJURÉ

Le peuple flottera incertain tant qu'il y aura de la division entre vous ; la chute de l'un rendra le survivant héritier de toute la faveur publique.

AUFIDIUS

Je le sais; et pour le frapper j'ai des raisons plausibles; je l'ai élevé au pouvoir, et je me suis rendu garant de sa fidélité: lui, une fois parvenu à cette haute position, il s'est mis à arroser ses plantes nouvelles avec les eaux de la flatterie; il a séduit mes amis; et dans ce but, il a fait fli^chir sa nature auparavant brusque, ingouvernable et indépendante.

TROISIÈME CONJURÉ

Seigneur, son inflexibilité, lorsqu'il briguait le consulat qu'il ne put obtenir, faute d'avoir su plier, —

AUFIDIUS

J'allais en parler. Banni pour son orgueil, il vint à mon foyer, tendit la ■; r^'c à mon épée; je l'accueillis, je me l'assoiiiai, jo lui laissai faire ce qu'il voulut : j'allai jusqu'à lui permettre, pour accomplir ses projets, de tkwisir parmi mes wl---

MAGASIN THEATRAL ETRANGER

dats les meilleurs et les plus aguerris ; moi-même, je servis ses projets en payant de ma personne ; je l'aidai à recueillir une renommée qu'il s'appropria toute entière : si bien qu'à la fin je parus son subalterne, et non son égal, et il me récompensait d'un sourire comme si j'eusse été un mercenaire.

FBEHIER CONjnRÉ.

C'est vrai, seigneur : et l'armée s'en est étonnée; et en dernier lieu, quand Rome était en son pouvoir, et que nous attendions non moins de profit que de gloire, —

&UFIDIIIS.

C'est cela même ; c'est là le chef d'accusation que je chercherai surtout à faire valoir. Pour quelques larmes de femmes qui ne coûtent pas plus que des mensonges, il a sacrifié le sang et les travaux de cette glorieuse campagne : pour ce motif, il faudra qu'il meure, et sa chute relèvera ma gloire. Mais écoutons !

Oa enlend le bruit des tambours et des trompettes t^ui se mêle aux acclamations du peuple.

PKEHIEK CONJURÉ.

Vous êtes entré dans votre ville natale comme un soliveau, et personne ne vous a fait le moindre accueil; mais lui, il revient, et les airs retentissent d'acclamations.

DEUXIÈHB CONJURÉ.

Et tous ces insensés dont il a tué les enfans s'enrouent à proclamer sa gloire.

TROISIÈME CONJURÉ

Avant qu'il ait parlé et que sa parole ait êlectrisé le peuple, saisissez le moment opportun, faites-lui sentir la lame de votre épée, et nous vous seconderons quand il sera couché sur le carreau; vous direz sur son compte tout ce qu'il vous plaira, et ses raisons seront enterrées avec son corps.

AIIFIDIUS,

N'en dites pas davantage ; voici les sénateurs. Arrivent LES SÉNATEURS de la ville.

lES SENATEURS.

Soyez le bien venu parmi nous.

AIIFIDIUS.

Je ne l'ai pas mérité : mais, dignes seigneurs, avez-Tous lu attentivement ce que je vous ai écrit?

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