‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 444 sur 633 · LES SÉNATEURS · texte numérisé non relu

LES SÉNATEURS

Nous l'avons lu.

FREIllER SÉNATEUU.

Et cette lecture nous a affligés. Les torts qu'il avait eus jusqu'ici pouvaient, je pense, aisément s'excuser ; mais finir par ou il aurait dil commencer, sacrifier le fruit de nos armemens, nous rembourser nos frais pour tout salaire, conclure lui traité avec des gens qui se rendaient, ce sont Ai des fautes (^ui n'admettent point d'escuse.

AUFIDIUS

Il approche : vous allez l'entendre.

Coriolaa s'avance; les tambours battent; on porte des ëtendarts devant lui; une foule de peuple l'accompagne.

CORIOLAN

Salut, seigneurs ! je reviens votre soldat et portant dans le cœur tout aussi peu d'amour pour mon pays que lorsque je vous ai quittés, et toujours soumis à vos ordres suprêmes. Sachez que j'ai commencé notre expédition avec succès, et que, me frayant un chemin sanglant, j'ai conduit vos guerriars jusqu'aux portes de Rome. Le butin que nous rapportons dépasse de plus d'un tiers les frais de la campagne; nous avons conclu la paix à des conditions non moins glorieuses pouè les Antiates qu'ignominieuses pour les Romains; en voici le traité signé des consuls et patriciens, et portant le sceau du sénat.

AUFIDIUS

Ne le lisez pas, nobles seigneurs; mais répondez au traître qu'il a, au plus haut degré, abusd de ses pouvoirs,

CORIOLAN

Traître? Qu'entends-jeî

AUFIDIUS

Oui, traître, Marcius.

CORIOLAN

Marcius 1

AUFIDIUS

Oui, Marcius, Caïus Marcius I Crois-tu donc que je veuille t'honorer de ce nom de Coriolan que tu as volé dans Corioles î — Sénateurs et chefs de l'état, il a perfidement trahi vos intérêts, et poin quelques larmes frivoles il a vendu à sa femme et à sa mère votre ville de Rome, car elle était la vôtre; il a rompu son serment et sa résolulio comme un fil de soie pourri; et sans daigner raâ sembler un conseil de guerre, il lui a suffi d< pleurs dé sa nourrice pour sacrifier lâchement piteusement votre victoire; si bien que les enfai ont rougi pour lui, et que les hommes de cœur] regardaient l'un l'autre, indignés et confus.

CORIOLAN

Dieu Mars, tu l'entends!

AUFIDIUS

Ne nomme point ce dieu, enfant pleureur pusiLlaniiue t

CORIOLAN

Ah I ah I

AUFIDIUS

Tu n'es que cela !

CORIOLAN

Inépuisable menteur, tu viens de gonQer m( cœur au point que ma poitrine ne peut plus contenir. — Moi, un enfant t — 0 misérable! ■ Pardonnez-moi, seigneurs; c'est la première fl) que je me vois forcé d'échanger des injures. Gra* sénateurs, votre jugement doit donner un démed àcct impudent; il porte encore les traces que m( coups ont imprimées sur son corps ; il les porté jusqu'au tombeau, et elles m'autorisent à dire qï en à menti par la gorge.

CORIOLAN

PREMIER StMATEOB.

Silence, l'un et l'autre, et laissez-moi parler.

CORIOLiS.

Volsques, coupez-moi par morceaux! Hommes et enfans, rougissez tous de mon sang la pointe de vos glaives. — Moi, un enfant! — Vil imposteur!— Si vos annales disent vrai, vous y lire? que, tel qu'un aigle dans un colombier, j'.ii mis en fuite vos Volsques dans Corioles , el j'ûiais seul encore ! — Un enfant !

ADFIDIDS.

Nobles seigneurs, souffrirez-vous que cet infâme mposteur rappelle sous vos yeux les succès de son aveugle fortune, ces succès qui ont fait votre on te?

LES COXJCRÉS.

Qu'il meure pour expier cette insulte I PLUSIEURS CITOYEWS, parlant à la fois.

Mettez-le en pièces à l'instant même. Il a tué mon fils ;■ — il a tué ma 611e ; — il a lue mon cousin, Marcius; — il a tué mon père. —

DEirXlÉHE SÉNATEUR.

Holà ! silence ! — point de violence I — taisezvous 1 C'est un guerrier illustre ; il a rempli le monde de sa gloire. La dernière faute dont il s'est rendu coupableenvers vous sera jugée par les voies légales. — Arrêtez, Aufidius; ne troublez point la paix.

CORIOLAH.

Oh ! que je voudrais le tenir au bout de mon épée, quand six autres Aufidius de son espèce se joindraient à lui I

AIIFIBIUS.

Insolent scélérat I

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