‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 45 sur 633 · PREMIER GARÇON JARDINIER · texte numérisé non relu

PREMIER GARÇON JARDINIER

Vous croyez donc que le roi sera déposé?

LE JARDINIER

Il est déjà maté, el il ne tardera pas sans doute à être déposé. Hier soir il est arrivé à un ami du duo d'York des lettres qui annoncent de

fâcheuses nouvelles.

LA REINE

Je suffoque ; il faut que je parle. — (Elle s'avance. ] Vieux successeur d'.\dam, occupe-toi de la culture de ce jardin. Comment ta bouche grossière ose-t-elle articuler ces tristes nouvellest Quelle Eve, quel serpent t'a suggéré l'idée de celle seconde chute de l'homme maudit? Pourquoi distu que le roi Richard est déposé? De quel droit, toi, être grossier comme la terre que tu cultives oses-tu prédire sa chute? Dis-moi où, quand et comment tu as recueilli ces funestes nouvelles? Réponds-moi, misérable!

LE JARDINIER

Pardonnez-moi, madame. Je n'ai guère de plaisir à répéter ces nouvelles^ et pourtant ce que je dis est vrai. Le roi Richard est sous la main redoutable de Bolingbroke ; leurs deux fortunes sont pesées, dans le plateau de Bolingbroke; outre luimême sont tous les pairs d'Angleterre, et grâce à ce poids addilionnel, il l'emporte sur le roi Richard. Allez à Londres, et vous vous en convaincrez par vous-même : je ne dis que ce que chacun sait.

LA REINE

0 malheur! ton pas est si agile! c'est à moi, avant tous, que devait s'adresser ton message! ' Pourquoi suis-je la dernière à en être informée? Oh ! lu m'as gardée pour la dernière, afin que mon cœur conservât plus long-tempslelrait douloureux. Venez, mesdames; allons rejoindre à Londres le roi de Londres, devenu la proie du malheur. Élais-je donc réservée à décorer de mon deuil lo triomphe du superbe Bolingbroke? Jardinier, pour

l'.KJIlAllI) 11.

iii'avolr annoncé ces désastreuses nouvelles, je touhaiie que les plaaics que tu greffes ne fleurisseul jamais.

La Reise et ses Daues s'éloiijneni.

LE JARDIMER.

Reine infortunée! plut à Dieu que ta malédic-

tion contre mon art s'accomplit, si cela pouvait empêcher le malheur de t'atleindrel Ici elle a laissé tomber une larme ; je leux y planter une touffe de rue ; emblème de la vertu amére, je veux que bientôt tu croisses en ce lieu en mémoire des pleurs d'une reine.

Ils s'éloienenl.

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