‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 451 sur 633 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

Mime ville. Les jardins <\i: Brutus.

^Irrit-c BKOTUS.

DRUTUS,

IIolA ! Luiiusl holà ! — je ne puis à l'inspection (les étoiles juger combien il y a cucoie d'ici au jour. — Lucius, allons donc! — Je voudrais avoir le défaut de dormir si profondément. — Allons, Lutins, allons 1 éveille-toi, tedis-jel Hol.i, Lurins !

Arrive LUCIUS.

LUCIUS

M'avez-vous appelé, seigneur?

BRUTUS

Porte un flambeau dans mon cabinet, Lucius: dès qu'il sera allumé, reviens ici m'averlir.

LUCIUS

J'y vais, seigneur.

Il s'iiloignc.

BBUTUS.

On ne peut y arriver que par sa mort : tt

JULES CÉSAIV.

r.Gi

pour moi, je n'ai aucun motif personnel de lui en vouloir; l'intérêt public seul m'y engage. Il veut porter la couronne. La question est de savoir si cela ne changera pas sa nature. C'est l'éclatdu jour qui fait sortir le serpent de sa retraite; et il faut alors marcher avec prudence. — Le couronner? — allons ; — j'avoue que ce sera lui remettre une arme dangereuse dont il pourra se servir à volonté. Le défaut de la grandeur, c'est qu'elle sépare la pitié du pouvoir: c'est une justice qu'il faut rendre à César, je n'ai jamais vu que ses pasions dominassent sa raison. Mais l'expérience nous apprend que l'humilité est l'échelle dont la jeune ambition se sert pour gravir au but qu'elle couvoiie : mais dès qu'elle est parvenue au sommet, elle tourne le dos à l'échelle, porte son regard vers les cieux et dédaigne les humbles degrés qui ont servi à son élévation : il peut en être de même de César; c'est un danger qu'il faut prévenir. Il est Trai que ce qu'il a été jusqu'ici ne saurait justifier notre hostilité contre lui ; mais ce qu'il est, une fois agrandi, pourrait nous entraîner dans d'extrêmes périls. Considérons-le donc comme un œuf de serpent qui, si on le laissait éclore, devlenarait malfaisant comme toute son espèce; et tuons-le dans sa coquille.

Revient LUCIUS.

LUCICS.

Le flambeau est allumé dans votre cabinet, seigneur. En cherchant une pierre à feu sur la fenêtre, j'ai trouvé ce papier ainsi cacheté, et je suis siir qu'il n'y était pas quand je me suis mis au lit. Il lui remet ub billet.

BR1ITCS.

Va te recoucher ; il n'est pas jour. Dis-moi, ne sommes-nous pas demain aux ides de Mars?

L1}CICS.

Je ne sais pas, seigneur.

BRoms.

Consulte le calendrier, et reviens me le dire.

LCCICS.

J'y vais, seigneur.

Il s'éloigne.

BRCICS.

Les météores qui sillonnent les airs jettent tant de clarté que je puis lire à leur lumière. [Il ouvre le billet et lit.) o Tu dors, Brutus; réveilletoi, et vois qui tu es. Veux-tu que Rome, etc; » l'arlf, frappe, fais justice! » — « Tu dors, Brui> tus; réveille-toi. » — J'ai fréquemment trouvé sur moD chemin et ramassé de pareils avertissemcns. « Veux-tu que Rome, etc. » J'achèverai le sens. Veux-tu que Rome tremble sous l'autorité d'un homme? Quoil Rome, mes ancêtres chassèrent Tarquin des rues de Rome, alors qu'il prenait le nom de roi. « Parle, frappe, fais justice! » — On me demande de parler et de frapper ! Rome, je te le promets ; si justice doit suivre , Brutus accomplira tout ce qtie tu lui demandes i

ttcvient LUCILS.

LCCICS.

Seigneur, le quatorzième juur de mars est expiré.

Oo entend frapper à !.i jioric i-tléricurL-.

BRDTCS.

C'est bien. Va ouvrir: quelqu'un frappe.

Lncios t'eloigne.

BRCTCS, continuant.

Depuis que Cassius a soulevé mon hostiliii; contre César, je n'ai pas dormi. Entre la première pensée d'une action redoutable et son exécution, tout l'intervalle est une vision terrible, un rêve hideux. Le génie et nos facultés mortelles tiennent alors conseil, et le cœur de l'homme est comme un petit royaume en proie i l'insurrection.

Revient LUCIUS.

LTICIOS.

Seigneur, votre frère Cassius est à la porte; il demande à vous voir.

BRUIDS.

Est-il seul ?

LLCIBS.

Non, seigneur; plusieurs personnes l'accompagne.

BRDTDS.

Les connais-tu?

LUCIUS

Non, seigneur; leurs chapeaux sont rabattus sur leurs yeux, et leurs figures sont a demi-cachées dans leurs manteaux, si bien qu'il m'a été impossible de reconnaître leurs traits.

BRDIDS.

Fais-les entrer.

Lticios s'éloigne,

BROTCs, tontinvtant, Cesontles conjurés. 0 conspiration ! si tu crains donc de montrer ton front redoutable dans les ombres de la nuit, alors que le mal erre libre et sans crainte, où trouveras-tu donc pendant le jour une caverne assez noire pour y cacher ton monstrueux visage? Ne cherche point à le cacher, ô conspiration ! déguise-le sous le masque du sourire et de l'afTabilité ; car si tu te montres sous ses traits véritables, l'Érèbe lui-même n'a pas assez de ténèbres pour te dérober aux regards du soupçon.

Arrivent CASSIUS, CASCA, DÉCIUS, CINXA, METELLUS CIMBER et TREBOXILS.

CASSICS.

Je crains que notre présence importune n'ait troublé ton repos. Bonjour, Brutus; est-ce que nous te dérangeons?

MAGASIN THEATRAL ETRANGER

BRHTDS.

Je suis levé depuis une heure et n'ai pas dormi de la nuit. Ceux qui t'accompagnent me sont-ils connus?

CASSIDS.

Oui, tu les connais tous ; il n'en est pas un qui ne t'honore, pas un qui ne souhaite que tu aies de toi-même l'opinion qu'en ont tous les nobles Romains. Voici Trébonius!

BBBTDS.

Il est ici le bienvenu.

CASSIUS

Voici Décius Brutus.

BRDTnS.

Il est le bienvenu aussi.

CASSICS.

Voici Casca; voilà Cinna; celui-ci est Métellus Cimher.

BRDTUS.

Ils sont tous les bieuvenas. Quels soucis vigilans s'interposent entre vos yeux et la nuit I

CASSIDS.

J'ai un mot à te dire.

Us s'entretie

nt a part.

DÉCIDS.

C'est de ce côté qu'est l'orient. N'est-ce pas le jour que je vois percer?

CASCA

Non.

CINNA

Pardonnez-moi, seigneur, c'est le jour; et ces traits blanchâtres qui sillonnent les nuages, sont les messagers de l'aurore.

CASCA

Vous allez convenir que vous êtes tous deux dans l'erreur. C'est vers le sud, du côté où je dirige mon épée, que le soleil se lève, conduisant à sa suite la jeune saison de l'année. Dans deux mois il se rapprochera du nord, et c'est delà qu'il dardera sespremiers feux: l'orient est là-bas, dans la direction du Capitole.

Brutus et Cassius se rapprochent des autres conjures.

BRUTDS.

Donnez-moi tous la main l'un après l'autre.

CASSIDS.

Et jurons d'accomplir notre résolution.

BRDTDS.

Non, point de sermens. Si l'approbation publique, le joug qui pèse sur nos âmes, les abus dont nous sommes témoins, — si ce sont là des motifs trop faibles, séparons-nous sur-le-champ, et que chacun retourne dans son lit oisif; laissons la tyrannie marcher tête levée et décimer ses victimes jusqu'à ce que le dernier homme ait succombé. Mais si ces motifs, comme j'en ai l'assurance, sont assez brûlans pour enflammer jusqu'au cœur des lâches et pour donner, même à des femmes timides, une cuirasse de bravoure, alors, mes concitoyens, qu'avons-nous besoin d'autre aiguillon que notre cause même pour nous stimuler à obte-

nir la réparation de nos griefs? d'autre lien que la parole de Romains conjurés qui saurontla tenir? d'autre serment que l'engagement pris entre gens d'honneur de faire leur devoir, même au péril de leur vie? Faites prêter serment aux prêtres, aux poltrons, aux hommes circonspects, aux vieillard! débiles, à ces âmes résignées qui acceptent l'outrage ; enchaînez par serment à une mauvaise cause ces gens dont la foi est suspecte; mais aé faites pas cet affront à la calme vertu de notre entreprise, à l'indomptable énergie de nos âmes, de penser que notre cause, ou nos actes, aient besoin d'un serment; car lorsqu'un Romain a promis, il ne saurait enfreindre la moindre partie de sa promesse sans faire dégénérer à l'iDslaul chaque goutte de sang qui coule dans ses veines.

CASSICS.

Que penses-tu de Cicéron? n'es-tu pas d'avis de le sonder? Je pense que nous trouverons dans lui un appui chaleureux.

CASCA

Tâchons de nous l'adjoindre.

CINNA

Assurément.

MËTELLOS.

Ayons-le pour nous ; ses cheveux blancs mettront de notre côté l'opinion publique, et concilieront à nos actes les suffrages des hommes. OS dira que ses conseils ont dirigé nos bras; notre jeunesse et notre témérité disparaîtront sous te manteau de sa gravité.

BRUTES

Oh I ne le nommez pas ; ne nous ouvrons point à lui; il ne s'attachera jamais à une entreprise commencée par d'autres.

CASsms.

En ce cas, laissons-le.

CASCA

Effeciivement, c'est un homme qui ne uouscan-i || vient pas.

DÉCIUS

Ne frappera-t-on que César?

CASSIDS.

Décius, cette question est fort juste, à mon avis: il convient que Marc Antoine, si chéri de C'sar, ne lui survive pas. Nous trouverons en lui un lusc adversaire. Si on le laisse faire, vous u'igiiorei pas qu'il est homme à nous donucr à tous Lieu du la tablature : pour prévenir ce danger, il but] qu'Antoine et César tombent ensemble. <(;|g

BRUTDS.

INutreconduilesemblcra Irop sanguinaire, Ca(u: Cassius, si après avoir coupé la tête, uuusmulilpos i les membres, si après avoir immolé notre 31 saire avec rage, nous nous acharnons sur soi davre ; car Antoine n'est qu'un mciiibrc de César. V Cals, soyons des sacrificateurs et non des bour- . reaux. Nous nous insurgeons tous contre le génie de César: or, dans le génie d'un homme, il n'j aiji point de sang. Plût à Dieu qu'il nous filt possibleil d'immoler son génie sans immoler César lui-mtinel H Uais il faut que le sang de César soit versé 1 Eh

le

itèiv

lonitikj

jt LKS <;i:sAii

bieot mes amis, luons-lclmnlimenl, tarth non avec rage; découpons-le comme un mels (li!;ne d'être servi aux dieux, et non comme un cadavre qui n'est propre qu'à être jeté aux cbiens ; et que nos cœurs fassent comme font ces maîtres habiles qui, après avoir excité leurs serviteurs à un acte sanguinaire, fout ensuite semblant de les réprimander. Cela donnera à notre entreprise la sanction de la Décessité au lieu du cachet de la haine, et nous fera paraître aux yeux du vulgaire des purificateurs, et non des meurtriers. Pour ce qui est de Marc- Anloine, ne songez point à lui; il sera tout aussi impuissant que le bras de César quand la tête sera coupée.

CiSSIDS.

Cependant je le redoute; car dans le rif attachement qu'il porte à César, —

BRDTCS.

Ilélas! mon cher Cassius, ne songe point i lui; s'il aime César, tout le mal qu'il pourra faire sera dirigé contre lui-même ; l'humeur noire s'emparera de lui, et il mourra pour César; et encore, est-ce beaucoup dire; car c'est un homme livré au plaisir, menant une vie folle et dissipée.

TRÉBONIBS.

Il n'est point à craindre: ne le faisons pas mourir; il est d'humeur à vivre , et sera le premier à rire de tout ceci.

On entend s

■ l'horloge.

BRDTDS.

Silence, comptons les heures.

CISSIDS.

L'horloge a sonné trois heures.

TBÉBONIBS.

Il est temps de partir.

ClSSIDS.

Hais nous ignorons encore si César sortira aujourd'hui; il est devenu depuis quelque temps singulièrement superstitieux; il a toui-à-fait renoncé à l'opinion arrêtée qu'il avait autrefois sur les pressenlimens, les réï«s et les présages. Il est possible que les prodiges, les apparitions, les terreurs de cette nuit étrange et les conseils de ses augures, l'empêchent aujourd'hui de se rendre au Capitole.

DÉCIDS.

Soyez sans crainte à cet égard ; si telle est sa résolution, je me charge de la changer. Il aime â s'entendre dire qu'on triomphe des unicornes avec des arbres, des ours avec des miroirs , des «Uphans avec des trappes , des lions avec des toiles , et des hommes avec des flatteurs ; mais quand je lui dis qu'il déteste les flatteurs, il me ripond que c'est vrai, sans voir que c'est encore là une flatterie que je lui adresse. Laissez-moi agir : je sais la manière de le prendre, et je m'engage i vous l'amener au Capitole.

CASSIUS

Nous irons tous chez lui le chercher.

BBDTCS.

A huit heures, au plus tard; est-ce entendu?

CINNA

Au plus tard, et soyons exacts!

HÉTELLUS.

CaîusLigarius en veut beaucoup à César, qui l'a durement repris pour avoir parlé de Pompée avec éloge : je m'étonne qu'aucun de vous n'ait pensé à lui.

BRCTCS.

Mon cher Métellus, veuillez passer chez lui : il m'est attaché, et ce n'est pas sans raison. Envoyez le ici, et je le façonnerai.

CASSlUS.

Le jour vient nous surprendre; nous allons te quitter, Brutus. — Amis, séparez-vous; mais rappelez-vous tous ce que vous avez dit, et montrezvous de véritables Romains.

BRDTDS.

Mes amis, prenez un visage riant; que notre air ne trahisse pas nos projets; mais, à l'exemple de nos acteurs romains, soutenons notre rôle avec une noble aisance et une fermeté imperturbable. Sur ce, je prends congé de vous tous.

Toos s'éloignent, à l'exception de ButiTtis.

BRUTDS, seul, continuant.

Holà, Luciusl— Eh quoi! tu dors? îTimporte, que le sommeil te verse sa douce et céleste rosée I ton repos n'est pas troublé par les images et les fantômes que les soucis évoquent dans le cerveau des hommes ; voilà pourquoi tu dors si paisiblement.

' Arrive PORTIA.

Brutus! seigneur!

BRnTDS.

Portia, que fais-tu? pourquoi te lever à cette heure? Est-il prudent d'exposer ainsi ta faible constitution au froid piquant du matin?

POBTIA.

Cela n'est pas bon non plus pour toi; tu m'as fait de la peine en quittant mon lit à la dérobée; hier soir, à table, tu t'es brusquement levé, et, les bras croisés, tu t'es mis à marcher à grands pas en rêvant et en soupirant. Quand je t'ai demandé ce que tu avais, tu m'as regardée d'un air sévère; je t'ai pressé davantage; tu as passé la main sur ton front en frappant du pied avec impatience; j'ai insisté, tu ne m'as pas répondu, mais faisant de la main un geste d'humeur, tu m'as fait signe de te quitter; je l'ai fait pour ne pas exciter davantage une colère qui était déjà trop allumée, et je pensai que ce n'était qu'un de ces momens d'humeur auxquels les hommes sont sujets ; cette disposition d'esprit ne te permet ni de manger, ni de causer, ni de dormir; si tes traits étaient aussi changés que ton caractère, je ne te reconnaîtrais plus, Brutus. Fais-moi connaître la cause de ta douleur.

MAGASIN THEATRAL ETIUNGER.

BnUTOS.

Je ne me porte pas bien, et voilà tout.

PORTU

Brutus est sage, et s'il ne se portait pas bien, il prendrait les moyens de se guérir.

BRUTES

C'est ce que je fais, ma chère Portia. Va te remettre au lit.

PORTU

Brutus est-il malade? est-il prudent à lui de sortir à demi vêtu, pour aspirer l'humidité du matin? Eh quoi! Brutus est malade, et il quitte son lit bienfaisant pour affronter les émanations malsaines de la nuit, et s'exposer à ce que les vapeurs grossières du matin augmentent son mal? Mon cher Brutus, tu as dans l'ame quelque blessure secrète; mon titre et la place que j'occupe auprès de toi me donnent le droit de la connaître : je t'adjure à genoux, au nom de ma beauté qu'on vantait autrefois, par tous tes sermens d'amour , et par ce serment solennel qui, nous incorporant l'un à l'autre, a réuni nos deux existences en une seule; confie-toi à moi, qui suis un autre toi-même et ta moitié. Pourquoi es-tu triste? Quels sont ces hommes qui sont venus cette nuit? ils étaient six ou sept, et cachaient leur visage, même aux regards de la nuit.

BRHTUS.

Ne t'agenouille pas, mon aimable Portia.

PORTU

Je n'en aurais pas besoin , si tu étais l'aimable Brutus. Dis-moi, Brutus, est-ce que, dans notre contrat de mariage, il a été stipulé que je ne dois connaître aucun de tes secrets? Ne suis-je donc un autre toi-même que moyennant des limites et des restrictions, pour te tenir compagnie à table, pour partager ton lit, et te parler de temps à autre? Dois-je être tenue à distance de ton bon plaisir ? Si je ne suis rien de plus , Portia n'est pas la femme de Brutus, mais sa courtisane.

BRDTHS.

Tu es ma fidèle et honorable épouse; tu m'es aussi chère que les gouttes vermeilles qui portent la vie à mon cœur affligé.

PORTU

Si cela était, je connaîtrais tes secrets. Je ne suis, il est vrai, qu'une femme, mais une femme que Brutus a choisie pour épouse; je ne suis qu'une femme, mais une femme honorée, la fille de Caton. Penses-tu qu'ayant un tel père et un tel époux, je ne sois pas supérieure à mon sexe? Dismoi tes secrets, je ne les divulguerai pas. Pour te donner une preuve de ma fermeté, vois, je me suis blessée volontairement à la cuisse; pourraisje supporter cette douleur avec patience, si je n'étais pas capable de garder les secrets de mon époux?

cnvTos.

O dieux! rendez-moi digne d'une si noble épouse 1 [On entend frapper.) Écoute, écoute 1 quelqu'un frappe. Poriia, rentre un instant ; toulâ-l'hcure ton cœur partagera les secrets du mien;

je te confierai tous mes engagemens et toutes les causes de ma tristesse; hàte-toi de me quitter.

PoRTU s'éloigne.

Arrivent LUCIUS et LIGARIUS.

BRUTUS, continuant.

Lucios, qui est-ce qui frappe?

LUCIUS

Voici un malade qui demande à vous i \rler.

BRUTOS.

C'est Caïus Ligarius, dont Métellus a p» lé. — Lucius, éloigne-toi. — Caïus Ligarius, eh bien?

LIGARIUS

Accepte le salut que t'adresse une voix débile.

BRUTUS

Brave Caïus, quel momentavez-vous choisi pour être malade ? Que n'ètes-vous en bonne santé !

LIGARIUS

Je ne suis pas malade, si Brutus a sur le tapis quelque entreprise glorieuse.

BRUTOS.

J'ai en main une entreprise de ce genre ; je tous la dirais si vous vous portiez assez bien pour m'entendre.

LIGARIUS

Par tous les dieux que les Komains adorent, je ne sens plus ma maladie. Âme de Rome, fils vaillant d'ancêtres glorieux, la magie de ta parole a rallumé mon énergie éteinte. Commande-moi maintenant, et je tenterai l'impossible, et j'en viendrai à bout. Que faut-il faire?

BRUTUS

Une œuvre qui rendra la santé à des gens ma' lades.

LIGARIUS

Mais ne conviendrait-il pas de l'ôter i certains hommes bien portans?

BROTUS.

C'est ce que nous ferons aussi. Moucher Caïus, je vous expliquerai de quoi il s'agit, en nous rendant ensemble auprès de celui à qui nous devons aïoir affaire.

LIGARIUS

Marchez , et, le cœur rempli d'un nouveau feu, je vous suivrai pour exécuter un acte que j'ignore; mais il suffit que Brutus me guide.

BRUTUS

Suivez-moi donc.

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