‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 493 sur 633 · I.ÉPIDE · texte numérisé non relu

I.ÉPIDE

Je te vois ici avec plaisir.

MAGASIN THEATRAL ÉTRANGER

POMPEE

Je l'espèrfi, Lépide. — Ainsi nous sommes d'accord : je demande que nos convenlions soient mises par écrit et revêtues de notre sceau.

CÉSAR

C'est la première chose que nous allons faire.

POMPEE

Il faut nous traiter mutuellement avant de nous séparer; tirons au sort à qui commencera.

ANTOINE

Ce sera moi, Pompée.

POMPÉE

Non, Antoine, le sort en décidera ; mais que tu sois le premier ou le dernier, ta savante cuisine égyptienne emportera la palme. J'ai ouï dire que César avait gagné de l'embonpoint dans les banquets de ce pays-là.

ANTOINE

Tu as ouï dire bien des choses.

POUPÉE

Je n'y entends pas milice.

ANTOINE

Et tes paroles sont fort innocentes.

POUPÉE

Voilà ce que j'ai oui dire. On m'a dit aussi qu'ApoUodore porta, —

ËNpBARBDS,

Il suffit ; le fait est vrai.

POUPÉE

Que porta-t-il donc?

ÉNOBARBOS.

Une reine à César dans un matelas.

POMPÉE

Je le reconnais à présent. Comment va la santé, camarade?

ÉNOBAKBDS.

Fort bien 1 Et il y a apparence que je continuerai; car j'ai quatre banquets en perspective.

POUPÉE

Donne-moi une poignée de main ; je ne t'ai jamais haï; je l'ai tu combattre, et ta valeur m'a rendu jaloux.

ÉNOBARBUS

Seigneur, je ne vous ai jamais beaucoup aimé ; mais je vous ai loué, alors que vous méritiez dix fois plus d'éloges que je ne vous en donnais.

POMPÉE

Que ta franchise ait carte blanche ; elle te sied à merveille. Je vous invite tous à venir à bord de ma galère. Venez-vous, seigneurs? passez les premiers.

CÉSAR, ANTOINE, et LÉPIDE.

Pompée, montre-nous le chemin.

POUPÉE

Venez.

Tous s'éloignent, à l'exception de Menas et d'ËNO-

BAKBUS.

UÈoiAs, à part, TpQ père, Pompée, n'aurait jamais conclu un pareil traité. — ( Haut. ) Vous et moi nous nous sommes déji vus, seigneur?

ÈNOBARBDS.

Sur mer, je pense.

MENAS

En effet, seigneur.

Ë^0BARB^s.

Vous avez fait des prouesses sur mer.

UÉNAS.

Et vous sur terre.

ÉNOBABBBS.

Je suis prêt à louer quiconque me loue; tontefois, on ne peut nier que je ne m'en sois bien acquitté sur terre.

MENAS

Et moi, sur mer.

ÉNOBARBUS

Pourtant, il est des choses que vous pouvez niei dans votre intérêt ; vous avez commis bien des brigandages sur mer.

HÉHAS.

Et VOUS sur terre.

ËNOBARBDS,

Ces services-là, je les nie. Mais donnez-moi votre main, Menas ; si nos yeux étaient des exempts, ils arrêteraient ici deux brigands qui s'embrassent.

UÉNAS.

Tous les hommes ont la physionomie honnête, quoi que puissent être leurs mains.

ÉNOBARBOS.

Mais il n'est pas de belles femmes dont le visage ne mente.

MENAS

Leur visage ne les calomnie pas ; elles volent les cœurs.

Nous sommes venus ici pour vous combattre

MENAS

Quant à moi, je suis lâché que cela finisse par une partie de table. Aujourd'hui Pompée prend en riant congé de sa fortune.

ÉNOBARBUS

Cela étant , ce n'est pas en pleurant qu'il la rappellera.

MENAS

Comme vous dites, seigneur : nous ne nous at tendions pas à voir Marc Antoine; dites-moi, je vous prie, est-il marie à Cléopâtre?

ÉNOBARBUS

La sœur de César se nomme Octavie.

MENAS

Il est vrai, seigneur; elle a été la femme de Caïus MaruUus.

ÉNOBARBUS

Mais elle est maintenant la femme de Marc Antoine.

HÉNAS.

Que dites-vous, seigneur?

ÉNOBARBDS.

Rien de plus vrai.

UÉNAS.

En ce cas, César ut lui sont liés pour toujours.

ANTOINE ET CLEOPATRE

wr

Si j'étais obligé de prédire le sort de cette unioD, je ne prophétiserais pas ainsi.

HÉKAS.

Je pense que, dans ce mariage, la politique a eu plus de pari que l'amour.

ÉROBIRBDS.

Je le crois comme ïous , mais vous verrez que le lien qui doit resserrer leur amitié sera justement ce qui l'étranglera. Octavie est d'un tempérament chaste, froid et tranquille,

MÉHAS.

Qui ne voudrait trouver ces qualités dans sa femme I

ÈMOBIBBOS.

Tout le monde, excepté celui qui ne les a pas, et tel est Marc Antoine. Il retournera à son Égyptienne; alors les soupirs d' Octavie attiseront la colère de César; et, comme je le disais tout-àl'fceure, ce qui fait la force de leur amitié sera la cause immédiate de leur rupture. Antoine laissera ses affections où il les a placées. Il ne s'est marié que par nécessité.

UËHAS.

Cela pourrait bien être. Allons, seigneur, voulez-vous venir à bord ! J'ai votre santé à boire I

ÉNOBABBDS.

Je vous ferai raison; nous nous sommes desséché le gosier en Egypte.

MENAS

Allons, venez.

Ils s'éloigaeQt.

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