‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 504 sur 633 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

Le camp d'Antoine, près du promontoire d'Actium. Arrivent CLËOPATRE et ENOBARBUS.

CLÉOPATRE

Tu me le paieras, sois-en sûr,

ENOBARBUS.

Mais pourquoi doncT pourquoi?

CLÉOPATRE

Tu t'es opposé à ce que j'assistasse en personne à cette guerre; tu as prétendu qu'ici ma présence était déplacée.

ËNOBARBDS.

Voyons, est-elle convenable?

CLÉOPATRE

Si elle est convenable? Prouve-moi qu'il ne convient pas que je sois ici en personne. ENOBARBUS, li part.

Je sais bien la réponse que je pourrais faire ; je pourrais répondre : Si nous voulions aller à la guerre avec les chevaux et les cavales tout ensemble , les chevaux deviendraient inutiles, car chaque cavale porterait un cheval et son cavalier.

CLÉOPATRE

Que dis-tu?

ENOBARBUS.

Votre présence doit nécessairement embarrasser Antoine, préoccuper son cœur et son esprit, et lui prendre un temps précieux. On le blâme déjà de sa frivolité, et l'on prétend A Kome que l'eunuque Photin et vos femmes ont la direction de cette guerre.

CLÉOPATRE

Oiic Rome disparaisse dans un goulTre, et qu'elles se desséchent, les langues qui parlent contre nous! je suis intéressée à cette guerre, et, au ooffi

ANTOINE ET CLÉOPATRE

du rovautne que je gouverne, ie dois y figurer comme si j'étais homme; tes iil^ections sont inutiles : je ne resterai point en arrière,

ÉNOBARBUS

Eh bien, je me tais. Voici l'empereur.

Arrivent ANTOINE et CANIDIUS.

ANTOINE

N'est-il pas étrange, Canidius, que son armée, partie de Tarente et de Brindes, ait pu en si peu de temps franchir la mer d'Ionie, et s'emparer de Toryneî [A Cteopâire.) Tu sais cette nouvelle, ma charmante?

CLÉOPATBB.

Ceu\ que la diligence étonne le plus, ce sont les paresseux.

ANTOINE

Voilà un reproche mérité adressé à notre indolence et qui ferait honneur au guerrier le plus brave. — Canidius, nous nous mesurerons avec lui sur mer.

CLÉOPATRE

Sur mer I Et puis 7

CANIDIUS

Pourquoi, mon seigneur?

ANTOINE

Parce qu'il nous présente le combat.

ÉNOBARBDS.

Vous lui avez bien offert de se mesurer avec vous en combat singulier.

CANIDIUS

Oui, et de prendre pour champ clos la plaine de Pharsale où César vainquit Pompée ; mais ce défi ne lui présentant aucun avantage, il a refusé d'y répondre; imiter son exemple.

ÉNOBARBUS

Vos équipages sont en mauvais état; vos matelots ne sont que des muletiers, des moissonneurs levés à la hâte et par force. La flotte de César porte les marins qui ont combattu Pompée ; ses vaisseaux manœuvrent avec célérité : les vôtres sont lourds; il n'y a pour vous aucun déshonneur à refuser le combat sur mer dès que vous êtes prêt i l'accepter sur terre.

ANTOINE

Sur mer, sur mer.

ÉNOBARBUS

Mon brave général, vous rendez par là inutile votre habileté et votre supériorité dans le commandement des armées de terre; vous vous privez des secours de vos légions composées en grande partie d'une infanterie ;i|;Ui;irie; vous aimulez les fruits ilc votre expérionoe et de vos talens renoiuuics; vous renoncez aux moyens qui vous pronieciunt un sucios assuré, pour vous livrer aux aveugles chances ilu hasard.

ANTOINE

Je suis décidé à combattre sur mer.

CLÉOPATHE.

J'ai soixante vaisseaux ; César n'en a pas de meilleurs.

ANTOINE

Nous brûlerons nos navires inutiles; et avec les autres, dont nous mettrons les équipagesaucrand complet, nous attendrons César au promonioiie d'Actium,etnous le battrons: si nous succombons, nous pourrons alors prendre notre revanche sur terre.

Arrive UN MES.SAGER.

ANTOINE, continuant.

Quel sujet t'amène?

La nouvelle se confirme, seigneur; on signale la flotte de César; il aprisToryne.

ANTOINE

Se peut-il qu'il soit là en personne? C'est impossible; il est bien étrange que son armée y soit déjà. — Canidius, tu commanderas sur terre nos dix-neuf légions etnos douze mille chevaux; nous allons nous rendre à bord de la flotte. — Viens, ma Thétis 1

Arrive UN SOLDAT.

ANTOINE , continuant.

Qu'y a-t-il, mon brave?

LE SOLDAT

0 noble empereur, ne combats point sur mer; ne te confie point à des planches pourries. [Montrant son épée et découvrant sa poitrine.) Fie-loi à celte épée et à ces blessures ; laisse barbotterdans l'eau les Égyptiens et les Phéniciens: nous, nous sommes accoutumés à combattre de pied ferme et à vaincre sur terre.

ANTOINE

Allons, allons, partons.

Antoine , Cléopatre et Ënobarbus s'éloignent,

LE SOLDAT

Par Uercule, je crois avoir raison.

CANIDIUS

Oui, soldat; mais en ce moment la raison a perdu son empire sur notre général, notre guide se laisse conduire, et nous sommes commandés par des femmes.

LE SOLDAT

N'est-ce pas à vous qu'est confié sur terre le commandement des légions et de toute la cavalerie?

CANIDIUS

Marcus Octavius, Marcus Justénius, PuMicola et Célius commandent sur mer; mais nous .ivons l'ordre de rester tous à terre. Cette célérité de César passe toute croyance.

MAGASIN THEATRAL ETRANGER

LE SOLDtT.

Pendant qu'il était encore à Rome, son armée se rendait à sa destination par petits détachemens de manière à tromper l'observateur le plus habile.

CANiniDs.

Sais-tu quel est son lieutenant?

LE SOLDAT

C'est, dit-on, un nommé Taurns.

CAHIDIDS.

]e le cannais.

Arrive CN MESSAGER.

LE UESSAGER.

L'empereur mande Canidius.

CANIDIDS.

Le temps est gros de nouYelles, et en enfante i chaque minute.

Ils s'eloignenl.

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