‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 510 sur 633 · THYRÉUS · texte numérisé non relu

THYRÉUS

De quelle requête me chargez-vous pour César? car il ne demande que l'occasion de vous obliger. Il serait charmé, si vous vouliez vous faire de sa fortune un appui pour vous étayer; mais il serait au comble de la joie d'apprendre de moi, que TOUS avez quitté Antoine et que vous vous êtes placée sous la protection du maître du moudc. CLÉOPATRE.

Quel cstiunnoM^

(sao

MAGASIN THEATRAL ETRANGER

Mon nom est Thyréus.

CLÉOPATKE.

Gracieux messager, porte au grand César ma réponse. — Je baise par ton intermédiaire sa main victorieuse; dis-lui que je suis prête à déposer ma couronne à ses pieds et à fléchir le genou devant lui; dis-lui que sa voix, souveraine peut prononcer sur le sort de l'Egypte.

TBÏRÉDS.

Vous prenez le parti le plus honorable. Quand la sagesse et la fortune sont aux prises, si la première a la prudence de ne faire que ce qu'elle peut, aucun événement ne saurait l'ébranler; accordez-moi la faveur de baiser humblement votre main.

CLÉOPATRE, lui présentant sa main.

Plusieurs fois, le père de votre César, après avoir médité la conquête des empires, daigna imprimer sa lèvre sur cette chétive main, comme pour y recueillir une pluie de baisers.

Rentrent ANTOINE et ÉNOBARBUS.

ANTOINB.

Des faveurs, par Jupiter Tonnant 1 — Qui es-tu, drôle 7

THYP.ÉCS.

L'exécuteur des ordres de l'homme le plus puissant et le plus digne d'être obéi.

ÉNOBARBUS

Tu seras fouetté.

Approche, misérable. — Ciel et enfer I toute mon autorité m'abandonne Naguères, au seul son de ma voix, pareils à des écoliers en insurrection, les rois accouraient à moi en criant : « Qu'ordonnez-vous7» Étes-vous sourds 1 je suis encore Antoine.Emmenezcedr61e,eifrappez-lede verges.

ÊNOBAKEUS,

Il vaut mieux se jouer à un lionceau qu'à un vieux lion mourant.

ANTOINE

Lune et cieux! fouettez-le fussent-ils : vingt des plus puissans d'entre les tributaires qui reconnaissent l'autorité de César, si je les surprenais se permettant de baiser la main de cette femme, — quelle est son nom depuis quelle n'est plus Cléopàtre? — Fouettez-le, mes amis, jusqu'à ce tjue.pareilàun enfant qu'on châtie, vous levoyiez, le visage défiguré par la douleur, implorer sa grâce à grands cris. Qu'on l'emmène.

THÏRÉDS.

flarc Antoine, —

AKTOINE.

Entraînez-le hors d'ici : après l'avoir fouetté, VOUS le ramènerez. — Le valet de César lui portera de ma pan un message.

On emmùne Tiiïntus,

ANTOINE, continuant, à Cléopâlre.

Tu étais à moitié flétrie avant qne je te connusse.— Eh quoi 1 je me suis abstenu à Rome d'appuyer ma tête sur l'oreiller conjugal? j'ai FCnoncé à obtenir une postérité légitime de la perle des femmes, et pourquoi? pour me voir trompé par une perfide qui descend jusqu'à des valelsl

Seigneur, —

ANTOINE

Tu n'as jamais été qu'une impudique. Hais, quand nous nous endurcissons dans le vice, les dieux, malheureux que nous sommes, nous frappent d'aveuglement; ils éteignent dans la turpitude les lumières de notre raison, nous font adorer nos erreurs, el rient de nous voir courir à notre honte.

CLÉOPATRE

En suis-je donc venue à ce point d'humiliation ?

ANTOINE

Je t'ai trouvée comme un morceau refroidi sur l'assiette de César expiré; que dis-je? tu n'étais plus que les restes de Cneïus Pompée , sans compter toutes les heures libertines qu'a dérobées ton impudicité et que la renommée n'a point enregistrées: car, j'en ai la conviction, tu ne sais pas ce que c'est que la continence; c'est tout au plus si tu peux le deviner par conjecture.

CLÉOPATRE

Où en voulez-vous venir?

ANTOINE

Permettre à un drôle qui accepte un salaire et vous dit. Dieu vous le rende 1 de toucher familièrement la main qui joue avec la mienne, ce sceau royal, ce garant de la foi des grands cœurs 1

Oh I que ne suis-je dans les montagnes de

Basant ma voix y dominerait les mugissemeus de tous les animaux à cornes 1 Je n'ai pour cela que de trop eruels motifs ; et si je mettais de la modération à le proclamer, je ressemblerais au condamné qui, la hart au cou, remercierait le bourreau de son adresse expédilive.

Plusieurs SERVITEURS ramènent THYRÉUS.

ANTOINE, continuant.

L'a-t-on fustigé?

PREIIIER SEKVITEOR.

Comme il faut, seigneur.

ANTOINE

A-t-il crié? a-t-il demandé pardon?

PBSUIER SERVITEtlR.

Il a demandé grâce.

ANTOINE, n Thyréus.

Si ton père vit encore, il regrettera de n'avoir pas eu une fille au lieu de toi; et toi, tu ne te réjouiras guère de suivre César dans son triomphe, en songeant que pour lui tu as éié fouetté : à l'avenir, que la blanche main d'une dame te donne la fièvre; tremble, rieu qu'en la voyant. Retourne

ANTOINE ET CLÉOPATRE

vers César; dis-lui comment on t'a traité; n'oublie pas de lui dire à quel point il m'a mis en colère, car il affectel'orguell et le dédain, eten voyant que je suis il oublie ce que je fus; il m'irrite, ce qui n'est pas difficile en ce moment où mon heureuse étoile, qui guidait naguères ma destinée, s'est détachée de son orbite et s'est plongée dans l'abime de l'enfer. S'il est mécontent de ce que j'ai dit et de ce que j'ai fait, dis lui qu'il a en sa puissance Uipparque, mon affranchi, et que, par mesure de représailles, il peut le fustiger, le pendre ou le mettre à la torture comme U lui plaira : propose-lui cet expédient. Retire-toi avec ta flagellation ; va-t'en.

Thyréos sort.

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