‹ Œuvres dramatiques. Traduction nouv. par Benjamin Laroche. Précédée d'une introduction sur le génie de ShakespeareChapitre 511 sur 633 · CI.E0PATKB · texte numérisé non relu

CI.E0PATKB

Avez-vous fini!

ANTOINE

Ahl l'astre de mes nuits est maintenant éclipsé; et ce présage suffirait à lui seul pour annoncer la chute d'Antoine,

CLÉOPATRE

Il faut qoe j'attende qu'il ail terminé.

ANTOIME.

Quoi! pour flatter César, tu ne rougis pas d'échanger d'amoureux regards avec un de ses valets T

CLÉOPATRE

Ne pas me connaître encore?

ANTOINE

Me montrer delà froideur, à moi?

CLÉOPATRE

Ah 1 si tels sont mes senttmens pour toi, que de mon cœur glacé le ciel fasse pleuvoir une grêle homicide et empoisonnée; — que le premier grêlon tombe sur ma tête, et qu'en se dissolvant, il fasse dissoudre ma vie; que le second frappe Césarion ' et ainsi de suite, jusqu'à ce que toute ma postérité, ainsi que tous mes braves Égyptiens , nagent sans vie, privés de sépulture, dans les flots de cette grêle fondue, dévorés par les insectes du Nil.

ANTOINE

Je suis satisfait. César compte s'établir dans Alexandrie ; c'est là que je l'attends pour le combattre. Notre armée de terre s'est courageusement maintenue-, notre flotte dispersée s'est ralliée et préseule encore sur les mers un appareil mena-

• Le C^ qu'elle avait eu de Jules César. (JVo(e du traducteur.)

çant. Qu'avais-je donc fait de mon courage?

Écoute, Clêopàtre; si je reviens encore du champ de bataille pour déposer un baiser sur les lèvres je reviendrai couvert de sang. Mon glaive et moi nous allons nous conquérir une place dans l'histoire. J'espère encore en lui.

CLÉOPATRE

Je reconnais mon vaillant héros.

ANTOINE

Mes forces, mon courage, ma vie vont être triplés, et je vais combattre à outrance. Quand mes heures coulaient heureuses et prospères, avec moi les vaincus rachetaient leur vie par une plaisanterie; mais mainlenanl je vais serrer les dents, et j'enverrai aux enfers tout ce qui s'opposera à mon passage. — Viens, donnons encore une nuit i la joie I Qu'on appelle autour de moi tous nos capitaines attristés; qu'on remplisse nos coupes, et qu'une fois encore la cloche de minuit nous trouve à table,

C'est aujourd'hui mon jour de naissance: je m'attendais à le passer tristement ; mais puisque tu es redevenu Antoine, je veux être encore Cléopâtre.

ANTOINE

Nous sortirons triompbans de cette épreuve.

CLÉOPATKE.

Qu'on appelle auprès de mon Antoine tous ses braves officiers,

ANTOINE

Faites; je veux leur parler, et ce soir, je veux que le vin déborde par leurs cicatrices. Viens, ma reine; il me re:,te encore de la sève. La première fois que je combatirai, je rendrai la mort amoureuse de moi ; car je veux que mon glaive rivalise avec sa faux homicide.

Antoine, Cléûpatre et leur Suite sorieul.

ÊNOBARBUS.

Le voilà résolu à présenter à la foudre unfrout intrépide. Être furieux, c'est porter la peur jusqu'à la démence, et dans cet état la colombe est capable d'attaquer l^autruche à coups de bec. Je vois que notre général n'a repris du cœur qu'aux dépens de sa tête: quand le courage empiète sur la raison, il ronge le glaive avec lequel il combat. Je vais chercher les moyens de le quitter

TIN DU TtOlSIÈme ACTE.

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